Le livre de la semaine: Le Tsar de Peshawar

Mario Bolduc, Le Tsar de Peshawar, Libre Expression
L'histoire: Le Tsar de Peshawar raconte l'histoire de Richard Rocheleau et de sa famille, installés dans la ville pakistanaise de Peshawar, non loin de l'Afghanistan, à la fin des années 70. Importateur de tapis tissé, Rocheleau met vite de côté ses principes pour brasser des affaires avec tout le monde. Les rebelles afghans. Les Soviétiques. Plus tard, les talibans et un certain Oussama ben Laden. Autant de liaisons dangereuses qui vont hanter l'importateur et sa famille, après leur retour à Montréal.
Mario Bolduc
L'auteur: Le Tsar de Peshawar est le quatrième roman de Mario Bolduc. Les trois premiers, Cachemire, Tsiganes et La Nuit des albinos mettaient en scène le personnage de Max O'Brien. Mario Bolduc est aussi scénariste pour la télévision et le cinéma, ayant notamment collaboré à des films comme Le dernier tunnel et La maison du pêcheur.
. . . . . . . . . .
Rencontre avec l'Histoire
CRITIQUE / On ne s'ennuie pas une seconde dans Le Tsar de Peshawar où Mario Bolduc nous amène sur la piste de Richard Rocheleau, un importateur de tapis qui travaille au Pakistan et en Afghanistan en 1979. Cette époque dans cette région du monde, c'est l'invasion russe en Afghanistan, un conflit qui jettera les bases de la fondation d'Al-Qaida et autres groupes djihadistes qui font encore des ravages aujourd'hui.
Époque trouble, complexe, avec ses conflits religieux, violents. Véritable panier de crabes dans lequel navigue pour le meilleur et pour le pire cet homme d'affaires québécois installé avec sa famille.
Or, Richard Rocheleau est bien plus qu'aux premières loges des tensions dans la région: il s'y retrouve directement impliqué, ce que l'auteur nous dévoile tout au long de ce thriller de 380 pages dans lequel il multiplie habilement les sauts et les retours dans le temps jusqu'à Saint-Pétersbourg en 2006, où Rocheleau est honoré pour sa carrière.
Sa fille Nadia, la narratrice, en apprendra alors beaucoup sur la vie de ses parents. On ne s'ennuie pas? En fait, on a envie de dire qu'on ne s'ennuie pas assez!
La plume de Mario Bolduc est alerte et a le mérite de nous amener au coeur d'un conflit en donnant des clés de compréhension à l'actualité internationale d'aujourd'hui. Mais le destin des personnages, on ne peut plus étonnant, frôle malheureusement l'invraisemblance au point où les multiplications de hasards m'ont souvent faire dire en cours de lecture que «trop, c'est comme pas assez».
Ne gâchons pas de surprises. Mais ces surprises, elles sont souvent trop nombreuses dans ce livre qui, malgré son rythme haletant, aurait gagné à être épuré et moins tiré par les cheveux.  Valérie Gaudreau, Le Soleil  ***
. . . . . . . . . .
Ma jeunesse avec ben Laden
CRITIQUE / Un lecteur prévenu en vaut deux. Pour apprécier le dernier thriller géopolitique de Mario Bolduc, il faut pouvoir accepter plusieurs invraisemblances. À commencer par le rôle qu'il fait jouer à la famille d'un importateur de tapis, Richard Rocheleau, dans une suite abracadabrante d'événements historiques, répartis sur plusieurs décennies. La guerre en Afghanistan? La chute de l'Union soviétique? Les attentats du 11 septembre 2001? Les Rocheleau ne sont jamais loin. À côté d'eux, James Bond passerait pour un paisible retraité, gérant un club de danse sociale, dans une banlieue éloignée.
Oui, il s'en passe des choses dans la vie des Rocheleau. Le père n'a pas volé son surnom de «tsar de Peshawar». Au faîte de sa gloire, il joue sur tous les tableaux. Il mange à tous les râteliers. En plus, il attire les confidences comme le paratonnerre attire la foudre. Les Russes. Les Américains. Les rebelles afghans. Le monde entier vient s'épancher dans le salon de sa maison de Peshawar, au Pakistan. Faut-il ajouter que Monsieur livre en secret des missiles Stinger en Afghanistan, comme d'autres livrent des petits fours? Ou qu'il croise Oussama ben Laden aussi souvent que vous croisez le facteur?
Petit à petit, on se laisse pourtant entraîner dans cette aventure aussi ébouriffée que la tignasse d'un moudjahidine afghan, par un jour d'ouragan. Malgré quelques clichés, on veut voir la fin de ce récit haletant. On suit à la trace les Rocheleau de Peshawar à Saint-Pétersbourg, en passant par Kaboul, New York et Montréal. Contre toute attente, Mario Bolduc parvient à relier les différentes intrigues. À refermer les nombreuses portes qu'il a entrouvertes. Quitte à forcer la note sur les rebondissements, qui se révèlent plus nombreux que dans une salle de trampolines.
À la fin, la lecture du Tsar de Peshawar se termine avec des sentiments partagés. Sur le coup, on se sent un peu étourdi. Comme si on venait d'ingurgiter une trop grande quantité de crème fouettée. Mais au fond, il y a une petite voix qui chuchote qu'on en aurait pris quelques cuillerées de plus.  Jean-Simon Gagné, Le Soleil  ***
. . . . . . . . . .
Extrait: la première page
Juillet 1979
La salle à manger de notre maison de Park Road: boiseries patinées par les ans, mobilier boiteux abandonné par les anciens occupants, des officiers britanniques de l'époque du Raj, peut-être; devant les fenêtres, de lourdes tentures de style salon mortuaire; au mur, des reproductions de tableaux que Joan trouve kitch, alors que Richard les adore. Une porte, au fond, donne dans la cuisine où s'agitent domestiques et autres petites mains. Ma mère a fait poser un verrou, puis un deuxième, elle se méfie du personnel, elle veut dormir tranquille la nuit. C'est ce qu'on lui a suggéré à l'American Club. Il faut se barricader, my dear. Ce soir, une fois les employés réfugiés derrière la porte qui nous sépare du tiers-monde, Richard se penche sous la table, comme s'il voulait récupérer sa serviette ou renouer ses lacets. Il me fait un clin d'oeil malicieux.
- Regarde, Nadia.
Il déplace discrètement le talon de sa chaussure. À mi-chemin de ma crème caramel, ma cuiller à la main, je l'observe du haut de mes sept ans. Joan fulmine:
- Tu es complètement ridicule, Richard.
Lors de son premier voyage à Kaboul, au printemps, effrayé des voleurs qui écument les routes - en particulier autour de la passe de Khyber -, Richard a demandé à un cordonnier du bazar de Jehangir Pura de lui ménager, sous le talon de l'une de ses chaussures, un petit espace où il pourrait dissimuler des billets de banque.
. . . . . . . . . .
À venir
22 avril: Marie-Renée Lavoie, Autopsie d'une femme plate (XYZ)
29 avril: Alexander MacLeod, Le poids de la lumière (Marchand de feuilles)
6 mai: Marie-Ève Cotton, Pivot (VLB)
Écrivez-nous
Le Club de lecture se veut un lieu d'échange sur la littérature. Chaque semaine, deux journalistes du Groupe Capitales Médias partagent leur appréciation d'un livre. Et nous voulons aussi votre avis! Vous avez lu le bouquin dont nous parlons et voulez donner vos commentaires? Envoyez-nous un texte d'environ 80 mots (500 caractères) avec votre nom et votre lieu de résidence à clubdelecture@gcmedias.ca