Le livre de la semaine: Le poids de la lumière

Alexander MacLeod, Le poids de la lumière, Marchand de feuilles
L'histoire: Récompensé du Prix littéraire de l'Atlantique ainsi que du Prix Giller et figurant sur la liste du Prix du Commonwealth, Le poids de la lumière est un recueil de sept nouvelles s'articulant autour du moment où tout bascule dans la vie des personnages dont on explore le quotidien, le temps de quelques pages.
L'auteur: Alexander MacLeod est le fils de l'écrivain Alistair MacLeod, et tout comme son père, il est enseignant dans un département d'anglais universitaire, à Saint Mary's, dans son cas. Né à Inverness, en Nouvelle-Écosse, il est en effet retourné dans sa province d'origine après avoir grandi à Windsor, Ontario, où il a terminé ses études universitaires.
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Banalités de la vie
CRITIQUE / La nouvelle est de ce genre qui relève malheureusement davantage de nos concitoyens anglophones du ROC, on ne se surprendra donc pas que Light Lifting soit paru en version originale anglaise il y a sept ans déjà en connaissant un succès immédiat from coast to coast. En lice dès sa publication pour plusieurs prix canadiens, on saluait dès lors la précision d'écriture de MacLeod, qui a confié en entrevue retravailler chaque phrase avec une minutie presque maladive.
Et des résultats magnifiques, ajoutera-t-on, en soulignant l'excellent travail de traduction du Marchand de feuilles.
Les sept nouvelles du recueil ont donc été écrites sur une période d'une quinzaine d'années, avec comme seul point commun la ville frontalière et industrielle de Windsor, Ontario. Cette ville est presque partout. Là où naissent les ambitions et l'amitié de deux jeunes coureurs de demi-fond, où les jeunes gens célèbrent la nuit en bravant la mort, où les nouveaux parents apprennent leur métier, où la mort, la vie, la peine, l'amitié, la solitude et le désespoir se promènent dans les rues de chaque quartier.
Une promenade qui se déroule avec rythme, avec des allers-retours dans le temps, des clins d'oeil tout simplement jouissifs, des arrêts sur image bâtis par cette précision d'écriture et cette capacité de MacLeod à mettre en scène ses histoires.
Avec ce premier recueil de nouvelles, Alexander MacLeod a fait le pari réussi de s'immiscer dans la banalité de gens ordinaires et de la vie, dans ces situations somme toute insignifiantes qui peuvent pourtant basculer à tout moment. Ou pas. Car le mystère de ce recueil est là aussi, dans ces chutes pas toujours dramatiques, dans ces fins de narration ouvertes, dans ces actions en suspens.
On espère donc que l'écriture de MacLeod n'en fera pas autant.  Sonia Bolduc, La Tribune ****
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Quand tout bascule
CRITIQUE / Qu'ont en commun le destin de deux amis membres d'un club de course, les tribulations d'un couple de jeunes parents, le quotidien d'un groupe d'ouvriers, les émois d'une jeune femme terrifiée devant l'une de ses peurs, le trajet d'un livreur de médicaments à vélo, la relation particulière d'une fratrie avec leur voisin et la vie d'un père après un grave accident de voiture?
La vie, tout simplement. La vie qui va, et la vie qui ne va plus. La vie qui laisse des cicatrices, parfois invisibles, mais tout aussi douloureuses.
L'auteur plonge son lecteur dans une tranche de vie de ses personnages dont le quotidien est soudainement bouleversé. Une fraction de seconde où tout bascule et qui transforme irrémédiablement la suite des choses.
Alexander MacLeod parvient à empreindre les scènes qu'il décrit d'un grand réalisme. Tel un observateur invisible, le lecteur assiste à ces scènes en apparence banales comme s'il en était lui-même partie prenante, allant même jusqu'à ressentir les émotions des personnages si justement décrites.
Car sans donner dans un style extravagant, MacLeod sait communiquer la surprise, la curiosité, la peine, l'empathie et le dégoût - à ce sujet, on se souviendra longtemps de sa description peu ragoûtante d'un immense coup de soleil... 
Outre cette force de mettre en situation ses personnages éphémères, qu'il humanise davantage en les dotant de souvenirs, MacLeod a le talent de nous laisser sur notre faim. À chaque nouvelle, l'auteur fait le coup au lecteur de l'abandonner au paroxysme du récit, laissant l'épilogue se bâtir par l'imaginaire de celui ou celle qui tient son ouvrage entre les mains. 
Les amateurs d'une longue intrigue d'une épopée ou d'un récit truffé d'action seront déçus; les fins observateurs de la nature humaine seront pour leur part comblés.  Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est  ****
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Extrait: la première page
C'était le lendemain du match où Mike Tyson a mordu Evander Holyfield à l'oreille. 
C'est le genre de chose dont on se souvient. Un moment historique, mais pas comme l'assassinat de Kennedy ou les avions qui percutent le World Trade Center ; pas de cette envergure. C'était quelque chose de plus trivial, plus comme l'histoire de Ben Johnson, à l'époque où il avait ses yeux d'un jaune épais, quand il a obtenu un résultat positif au test antidopage à Séoul, après avoir battu le record du monde au 100 mètres. Vous ne savez peut-être plus exactement où vous étiez ou ce que vous faisiez quand vous avez su pour Tyson ou Ben, mais je suis sûr que quand la nouvelle est sortie, ça vous est resté dans la tête. Quand Tyson a mordu Holyfield à l'oreille, ça a percé le bruit du quotidien. Tous les journaux et bulletins télévisés ont présenté exactement les mêmes images de Tyson, debout dans ses shorts noirs, avec du sang dans la bouche. On aurait dit qu'il fallait relier tout ce qui s'était passé ce jour-là à ce moment précis, à Mike et à ce qu'il avait fait. Il faut se rappeler que c'était avant que Tyson se fasse tatouer le visage, et ce nouveau match contre Holyfield était censé être son grand comeback, sa chance de reprendre le droit chemin et de rétablir sa légitimité.
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À venir
6 mai: Marie-Ève Cotton, Pivot (vlb)
13 mai: Thierry Frémaux, Sélection officielle (Grasset)
20 mai: Sévryna Lupien, Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie (Stanké)
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