Dans son nouveau roman, John Le Carré a décidé de renouer avec George Smiley, héros qui était à l'écart depuis 27 ans.

Le Carré retrouve son héros Smiley

John Le Carré, maître britannique de la littérature d'espionnage, retrouve son vieux complice George Smiley dans un nouveau roman, A Legacy of Spies, où son héros gris de la Guerre froide réapparaît après 27 ans de purgatoire pour une faire une déclaration d'amour à l'Europe.
L'ouvrage, sorti jeudi en librairie, revient sur l'opération menée dans L'Espion qui venait du froid, premier grand rôle de Smiley, contre les services est-allemands de la Stasi au début des années 1960. Une opération marquée par la mort d'un agent et d'une femme qu'il tentait de faire passer à l'Ouest.
Dans ce nouvel opus, son ancien adjoint, Peter Guillam, est sorti de sa retraite pour rendre des comptes, les enfants des victimes ayant lancé une action en justice contre les services secrets pour obtenir réparations et excuses. Derrière Guillam, c'est Smiley qui est visé, dont les actes sont réexaminés par une nouvelle génération.
Pour l'occasion, John Le Carré a fait une rare apparition publique jeudi soir pour animer au centre culturel Southbank de Londres une «Soirée avec Smiley», son proche, presque ami, voire son double.
«On ne peut pas créer une personne sans y mettre quelque chose de soi», a-t-il déclaré devant une audience comble. 
«Smiley sera toujours un peu plus âgé et plus sage que moi», a souligné l'auteur qui aura 86 ans en octobre.
«Conduire l'Europe hors des ténèbres»
C'est un Smiley profondément europhile qui sort du bois. Interrogé par Peter Guillam pour savoir si tout leur travail a été pour l'Angleterre, George répond : «Si j'ai eu une mission [...] c'était pour l'Europe. Si j'ai eu un idéal, c'était de conduire l'Europe hors des ténèbres vers un nouvel âge de raison.»
Tous deux ont été ou sont espions. Le Carré, de son vrai nom David Cornwell, a travaillé pour les services de renseignements britanniques de 1950 à 1964, puis il s'est consacré à l'écriture à plein temps après le succès de L'Espion qui venait du froid.
John et George partagent aussi certains traits de caractère. «Nous avons tous les deux du mal à nous souvenir des moments heureux. Ce n'est pas quelque chose qui me vient naturellement, je dois y travailler», a expliqué l'auteur au Times.
La discrétion, enfin : inutile de chercher Le Carré dans la rubrique mondaine. Et rien de flamboyant non plus chez Smiley, l'anti-James Bond. Passe-muraille, de plus en plus taciturne avec l'âge, il reflète certainement de plus près la vie de l'espion moyen que son virevoltant collègue à gadgets 007, pourtant lui aussi britannique. Une grisaille reflétée dans les diverses adaptations de cet anti-héros, qui a eu six fois les honneurs du cinéma ou de la télévision, la dernière en 2010, avec Tinker Tailor Soldier Spy (La Taupe, 1974), où Gary Oldman incarnait Smiley traquant un traitre au sein des services britanniques.