Paul-Émile Borduas, «Les pylônes de la porte», 1949, huile sur toile, 86,5 x 148 cm. Collection du Musée national des beaux-arts du Québec, Achat (1987.07).

L’amour secret de Borduas mis en lecture

Une correspondance tenue secrète pendant plus de 50 ans révèle que Paul-Émile Borduas aurait vécu, à la fin de sa vie, une histoire d’amour passionnée et impossible. Ses échanges épistolaires avec Rachel Laforest ont été rassemblés dans le livre «Aller jusqu’au bout des mots» par le professeur d’histoire de l’art Gilles Lapointe et font l’objet d’une mise en lecture, qui sera présentée le 14 mai par le Club des collectionneurs.

«La correspondance nous permet de découvrir un Borduas extrêmement lyrique, amoureux, ce qu’on ne voit pas toujours quand on pense à l’auteur du Refus Global, expose M. Lapointe. C’est très beau, très émouvant. Borduas pliait parfois les lettres pour faire apparaître un mot en particulier, ces délicatesses touchaient beaucoup Rachel.»

L’expert a plongé dans les lettres de Borduas à l’invitation de l’éditeur Pierre Filion, chez Leméac, qui s’était lui-même vu confier les précieux papiers par Pascal Laforest, le fils de ladite Rachel. La boîte de Pandore contenant les lettres et une autobiographie écrite dans les années 80 n’a été ouverte qu’après la mort de la dame, il y a quelques années. 

«Ils se sont connus à la fin des années 40, parce que son mari, Frantz Laforest, était proche des Automatistes. Ils allaient voir régulièrement Borduas, ils lui ont même acheté un tableau, Les pylônes de la porte, qui est dans la collection du MNBAQ aujourd’hui», indique M. Lapointe, ajoutant que ce tableau, comportant deux masses isolées, représentait un peu leur histoire d’amour.

Les Laforest se séparent peu de temps après leur mariage et madame élève seule son fils, tout en habitant dans le sous-sol de ses parents. Son père, juge, avait vu son premier mariage d’un très mauvais œil, ne pouvait envisager qu’elle s’amourache de nouveau d’un artiste, raconte l’historien de l’art. Borduas est lui aussi séparé de sa femme, avec qui il a eu trois enfants, et s’exile à New York, puis à Paris. 

Rachel Laforest et Borduas se croisent en 1954, à Montréal, à l’occasion d’une exposition des Automatistes et entretiendront une correspondance soutenue. «Ils vont se revoir, ils auront des rendez-vous secrets à Montréal, elle ira à son atelier de New York. Borduas veut l’épouser, veut la faire venir à Paris, la jeune femme est déchirée, et c’est ce qui est beau dans les lettres, ils voudraient vivre cet amour, mais plein d’obstacles se mettent sur leur chemin», souligne M. Lapointe. Lorsque Borduas meurt subitement en 1960, «Rachel Laforest est forcée de vivre le deuil de son grand amour en secret».

Les lettres permettent également de bien saisir la situation des femmes au Québec dans les années 50, un aspect qui sera mis en lumière avec l’historienne Rose Marie Arbour après la mise en lecture des lettres, où les comédiens Pascale Bussières et Jean-François Casabonne prêteront leur voix aux deux amants. 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Paul-Émile Borduas, Aller jusqu’au bout des mots

Qui: Le Club des collectionneurs 

Quand: Lundi 14 mai 19h (portes à 18h)

Où: auditorium du pavillon Pierre-Lassonde du Musée des beaux-arts du Québec

Info: Marc Bellemare 418 681-122, André Bécot 418 559-6816 et www.clubdescollectionneursenartsvisuelsdequebec.com