Les autorités chinoises exercent un contrôle très serré sur le contenu Internet.

La prestigieuse maison d'édition de Cambridge censurée en Chine

La prestigieuse maison d'édition universitaire Cambridge University Press a reconnu vendredi avoir bloqué l'accès à plus de 300 articles publiés en ligne en Chine, une démarche qui secoue le monde académique.
«Nous confirmons que nous avons reçu instruction [des autorités chinoises] de bloquer l'accès à des articles publiés en Chine» sur le site Internet de la revue académique China Quarterly, a indiqué la Cambridge University Press (CUP) dans un communiqué publié sur Twitter.
«Nous nous sommes conformés à cette requête pour permettre que d'autres matériels académiques et pédagogiques que nous publions restent accessibles aux chercheurs et éducateurs sur ce marché», a-t-elle ajouté.
La maison d'édition, dont le premier ouvrage publié remonte à 1584, a précisé qu'elle agirait à nouveau de la sorte si le refus de censurer des articles individuels menaçait «un accès plus large à ses contenus».
Le rédacteur en chef de China Quarterly, Tim Pringle, a précisé dans un communiqué distinct que plus de 300 articles et critiques avaient été censurés.
«Cette restriction à la liberté académique n'est pas un cas isolé, mais l'extension de politiques qui ont rétréci l'espace disponible pour l'engagement public et le débat à travers la société chinoise», a-t-il écrit.
tentative de réécrire l'histoire
La CUP s'est dite «troublée par l'augmentation récente de demandes de cette nature» et a prévu d'aborder la question avec des responsables chinois lors de la foire du livre fin août à Pékin.
Cet aveu de censure de la part de la prestigieuse maison d'édition a suscité l'émoi dans le milieu académique, qui y voit une tentative de limiter la liberté académique et de réécrire l'histoire.
Christopher Balding, professeur d'économie à l'Université de Shenzhen, a lancé sur le site Change.org une pétition qui appelle la Cambridge University Press à refuser la demande de censure.
La liste des publications censurées, publiée vendredi sur le site Internet de la revue, inclut de nombreux articles sur le mouvement démocratique chinois et les manifestations de la place Tiananmen en 1989.
«Attacher son nom et sa réputation à une histoire censurée, c'est être complice dans sa création», a déploré sur Twitter Greg Distelhorst, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Internet est très contrôlé en Chine, où le gouvernement communiste bloque des réseaux sociaux étrangers comme Facebook et Twitter et censure tous les contenus jugés politiquement sensibles.