Occupée, Kim Thúy a attendu six heures avant de lire le courriel qui lui annonçait qu’elle était finaliste pour le «New Academy Prize in Literature».

Kim Thúy parmi les quatre finalistes de «l’autre Nobel» de littérature

L’écrivaine québécoise Kim Thúy figure parmi les quatre finalistes du «New Academy Prize in Literature», qui vise à offrir un prix littéraire international pour combler le vide laissé par la décision de l’Académie suédoise de ne pas faire de lauréat en 2018.

À la suite d’une controverse au sein de l’académie qui décerne le prix Nobel de littérature, l’institution a annoncé qu’elle ne remettrait pas de prix cette année. En réaction, une «nouvelle académie suédoise» temporaire a été créée.

Une liste de candidats a été rédigée à partir des choix des bibliothécaires de Suède. Puis, la liste de 47 écrivains a été soumise au vote populaire. Le public a donc élu les quatre finalistes parmi lesquels le jury de la nouvelle académie va choisir le lauréat.

Les quatre finalistes sont Maryse Condé, Neil Gaiman, Haruki Murakami et Kim Thúy. Ils ont été informés par courriel, mardi en fin de journée, mais Kim Thúy ne l’a réellement réalisé qu’en plein milieu de la nuit.

«J’ai ouvert le courriel, mais je n’ai pas eu le temps de le lire. J’ai dû m’occuper de mon fils, faire la cuisine. Ensuite, je devais aller au théâtre et me concentrer sur la pièce. Au retour, c’était le bain et le dodo pour les enfants. J’ai vraiment saisi le sens du courriel et de ce prix-là que vers 1h du matin. C’était pas mal plus tard, six heures plus tard!» raconte-t-elle en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Il ne s’agit peut-être pas du véritable prix Nobel, mais «cette action citoyenne» a profondément touché Kim Thúy. «On n’est pas juste resté pantois devant la décision de l’institution, on a agi. Pour cette raison-là, ça représente beaucoup plus qu’un prix de littérature, c’est un mouvement de citoyens.»

Bien qu’honorée de cette nomination, l’écrivaine d’origine vietnamienne n’a pas l’intention de libérer son horaire pour le 9 décembre prochain, date de remise du prix. Elle dit évaluer ses chances à «moins que zéro» face à des «vétérans de l’écriture». Elle est d’ailleurs la plus jeune des quatre finalistes.

«Ils ne sont pas à côté de moi. Je les vois comme icônes culturelles, des vétérans de l’écriture, alors que je ne suis qu’au tout début de cette aventure. Ils sont des milliers de kilomètres devant moi», estime celle qui se réjouit de ne pas voir le bout du chemin à parcourir.

Devant des vedettes mondiales

Voir son nom apparaître sur la liste originale des 47 auteurs choisis par les bibliothécaires de Suède représentait déjà une surprise pour la principale intéressée. «Peut-être qu’ils cherchaient un endroit inusité? Peut-être qu’en Suède, le Québec sonne comme un endroit exotique?» s’interroge-t-elle.

Pour la deuxième étape de la sélection, c’est le public qui devait s’exprimer en votant pour les auteurs finalistes. Là encore, l’auteure de Ru, Vi et mãn ne comprend pas comment elle a pu devancer des vedettes mondiales comme Margaret Atwood et J.K. Rowling.

«D’abord, je suis peut-être la seule écrivaine du groupe qui a fait des annonces sur Facebook. Puis, j’ai une grosse famille vietnamienne et ils ont dû voter pour moi! Je ne minimise pas le travail des gens qui ont voté parce que c’était quand même assez compliqué. C’était un engagement», poursuit-elle en remerciant à répétitions ses lecteurs du Québec.

C’est d’ailleurs ainsi qu’elle a réussi à extérioriser son bonheur après avoir saisi l’ampleur de cette nomination, en disant merci. «J’ai écrit des centaines de fois merci sur du papier, comme un enfant qui est puni à l’école!» On peut d’ailleurs voir le résultat en photo sur sa page Facebook.

Kim Thúy a écrit merci à ses lecteurs en récitant son poème fétiche d’Ersnt Jandl qui apparaît en épigraphe de son roman mãn: «tes bras tiennent ce que je suis / quand je suis allongé contre toi et / que tes bras me tiennent».

Le nom du lauréat sera dévoilé le 12 octobre.