Le biologiste Jean Lemire a caressé le rêve de changer le monde au moyen de ses expéditions. Il y a longtemps cru, acceptant de payer le prix fort pour mener à bien ses projets.

Jean Lemire: faire renaître l'espoir

En 25 ans de navigation et d'observations scientifiques autour du monde à bord du Sedna IV, Jean Lemire en a fait rêver plus d'un qui, grâce à ses documentaires, photos et conférences, a pu s'approcher au plus près des baleines, phoques et ours polaires du Grand Nord, entre autres, mais aussi - et surtout - s'éveiller à l'urgence de sauver la planète. Le biologiste a lui aussi caressé le rêve de changer le monde par le biais de ses expéditions. Il y a longtemps cru, acceptant de payer le prix fort (financier comme personnel) pour mener à bien ses projets.
PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE - Montreal --- livre jean lemire  --- -8 NOVEMBRE 2016 -PAU #849650
Par ce livre, Jean Lemire (nous) replonge donc dans ses périples, à la fois fascinants et dérangeants, de sa Mission Arctique (en 2002) à son émission 1000 jours pour la planète (de 2012 à 2015). C'est l'occasion de (re)voir quelques-unes de ses plus saisissantes photos (la partie de hockey sur un morceau de glace lors de l'hivernage de son équipe en Antarctique; deux gamines et leur château de sable érigé dans une mare de sang de cachalot ou de requin marteau, sur l'île de Lembata, en Indonésie).
C'est aussi la chance de (re)lire ses foisonnants comptes rendus des hauts et des bas de toutes les missions auxquelles son nom a été associé depuis le début des années 2000, faisant autant état de la solitude et du souvent difficile retour sur la terre ferme, que de l'euphorie à nager en compagnie des baleines et de la valorisation ressentie à documenter et conscientiser les gens à la fragilité des écosystèmes, par exemple.
Constat d'échec
Finalement, l'homme arrive toutefois à un bouleversant constat d'échec : malgré toutes ses tentatives pour mobiliser les décideurs et la population, pour témoigner de l'impact réel, concret, des changements climatiques, il avoue que «jamais» il ne reprendrait ainsi la mer. Il y a quelque chose de profondément troublant à lire cette conclusion de celui qui regrette de «n'être qu'un pourvoyeur de rêves et d'illusions» devant «un océan d'indifférence et d'insouciance». «Si la perte de racines fragilise l'être devant la tempête, la capitulation de ses propres rêves souffle la lueur qui enflammait pourtant toutes les passions», écrit-il.
Il ne reste plus qu'à espérer que ce cri du coeur, que Jean Lemire pousse ici dans un élan de sincérité aussi viscéral que légitime, soit entendu par la nouvelle génération. Car c'est ce qu'il souhaite, malgré tout, en publiant ce livre : que «l'espoir renaisse enfin dans le coeur et les âmes de ceux et celles qui y croient encore». Et ce, au nom de la justice climatique que l'homme de sciences et de coeur a tant voulu faire rimer avec justice sociale pour la suite du monde.