Histoires de Noël

Un chocolat chaud, un sapin illuminé, enfin un peu de temps pour lire : Le Soleil vous offre des suggestions de lecture dans l'ambiance des Fêtes et une rencontre avec Hélène Vachon, qui livre chez Alto une histoire de Noël délicieusement déjantée.
Au lieu de déprimer, Hélène Vachon a choisi de poser un «geste d'optimisme» en se lançant dans l'écriture d'un bouquin où l'humour l'emporte sur le drame.
Le livre qui vous veut du bien
Avec Santa, Hélène Vachon offre un joyeux contre-pied à la morosité ambiante : une d'histoire déjantée, où le père Noël est une femme de 71 ans, la Fée des étoiles, un jeune homosexuel, et où toute une faune de personnages marginaux entre en collision. «C'est vraiment le choc des épidermes de gens qui ne sont pas pareils, mais qui ont quelque chose à s'offrir», résume l'auteure de Québec. 
De l'humour pour faire du bien à l'âme, mais aussi aux ventres des moins nantis. Antoine Tanguay, des Éditions Alto, a eu l'idée d'offrir 5 $ par livre vendu aux Banques alimentaires du Québec. Hélène Vachon a embarqué à pieds joints dans l'idée, de même que l'imprimeur, Marquis. «C'est extraordinaire de vivre ça, pour un auteur, que son livre serve à nourrir des gens. Que demander de plus?» lance-t-elle, tout sourire. 
Encore cette semaine, les regards étaient tournés vers Alep et sa guerre sanglante, qui fait des milliers de victimes civiles. Une situation qui fait rager Hélène Vachon. «Quand on vieillit, on dirait que tout nous touche encore plus. La Syrie, Alep, je ne suis plus capable de regarder ça. Ça n'a pas de bon sens. C'était comme ça quand je suis née, c'est encore comme ça, et probablement que quand je vais mourir, ça va être encore pire. On se dit :merde! J'ai un découragement profond pour le genre humain», lance l'auteure qui vit sur l'île d'Orléans. «Je ne comprends pas qu'avec une planète si belle, on soit si peu doués pour en jouir», souffle-t-elle.
Au lieu de déprimer, elle a choisi de poser un «geste d'optimisme» en se lançant dans l'écriture d'un bouquin où l'humour l'emporte sur le drame. «J'ai trouvé ça difficile d'écrire quelque chose de rigolo. Quand on écrit quelque chose de plus grave, on finit toujours par rejoindre quelqu'un par l'émotion. Ça, c'était plus difficile, parce que si les gens ne sourient pas, c'est foutu, quoi! Ça passe ou ça casse», mesure Hélène Vachon.
L'histoire
Au coeur de son histoire, elle a placé Marthe Winthrop, une travailleuse sociale à la retraite de 71 ans, vaguement misanthrope. Un ami enquêteur lui demande son aide pour tenter de coincer un voleur de téléphones cellulaires qui sévit dans un centre commercial. 
Sans le vouloir, en commençant à fourrer son nez dans la vie de cet endroit malfamé, elle se fait engager comme... père Noël. Et voilà que la Fée des étoiles, qui l'accompagne, est en fait Adrien, un jeune homosexuel, accro aux fajitas et aux téléromans savon mexicains. 
Cette amitié insolite fera dévier l'existence de «Santa» Winthrop, pour le pire... et pour le meilleur. Au passage, Hélène Vachon dresse un portrait truculent d'une faune bigarrée, rugueuse, mais aussi profondément touchante. «Je suis une grande lectrice, et ce que j'aime dans un livre, ce sont les personnages. L'être humain a quelque chose de fascinant. La multiplicité, la diversité des gens me touche beaucoup», explique-t-elle. 
Souvenir d'enfance
Née dans le Vieux-Québec, rue des Remparts, Hélène Vachon a beaucoup fréquenté, à une certaine époque, le défunt Mail Saint-Roch. «À 14 ans, je trouvais ça le fun. La vie, ça ne se passait pas en haute-ville, ça se passait en bas. Je trouvais ça intéressant, parce qu'il y avait des gens de différents milieux. C'était certainement un milieu très dur aussi, mais à 14 ans, ce n'est pas ça qu'on voit. En écrivant Santa, en mettant les Galeries Barberon en scène, j'ai comme l'impression que c'est ce qui m'est revenu, ce souvenir d'enfance.»
Santa est du même coup le livre le plus personnel de l'auteure, qu'on a beaucoup connue en littérature jeunesse (notamment lauréate du Prix du Gouverneur général pour L'oiseau de passage), mais aussi avec Attraction terrestre et La manière Barrow. «J'avais vraiment envie de quelque chose de déjanté, de loufoque. Et j'ai mis un personnage de mon âge, parce que bon, on a l'âge qu'on a, et j'avais rarement mis une femme comme personnage principal», explique Hélène Vachon.
Et si on lui demande un souhait pour l'année 2017? «Je souhaiterais qu'on refasse les élections américaines et qu'Hillary gagne!» lance-t-elle en riant. «Je souhaiterais que l'ONU fasse sa job en Syrie», ajoute-t-elle plus sérieusement. «Je souhaite aussi la tolérance, la courtoisie. On ne peut pas aimer tout le monde, c'est impossible. Mais la courtoisie pour moi, c'est simplement la gentillesse élémentaire devant n'importe qui. Même devant ceux qu'on ne respecte pas», conclut l'écrivaine.
Plaidoyer pour la fiction
Hélène Vachon s'est illustrée en littérature à travers les années, mais aussi dans le monde du livre, puisqu'elle a été fonctionnaire au ministère de la Culture toute sa carrière, jusqu'à sa retraite à 59 ans. Quand on lui demande comment le livre se porte, en 2016, elle est partagée. 
«Il y a un très net recul de la fiction. Aujourd'hui, les gens veulent des histoires vraies. Il y a aussi l'autofiction... A-t-on besoin de toujours mettre notre vie en scène? Je trouve ça inquiétant que la fiction recule», lance Hélène Vachon. 
Par contre, même si elle entend souvent qu'il se publie beaucoup trop de livres au Québec, elle ne peut se résoudre à partager cette opinion. «Il y a une espèce d'effervescence de la culture. Je trouve ça réjouissant, mais ce que je trouve moins réjouissant, c'est qu'il y ait très peu de chroniques culturelles dans les médias, à l'image de ce que faisait Stéphane Bureau avec Contact
Ce qui l'inquiète encore plus, c'est «l'intérêt qui diminue à propos de la chose intellectuelle». «Ça fait peur aux gens, on dirait. Mais ce n'est pas hermétique, ça veut simplement dire qu'on réfléchit», plaide l'auteure.
Des lectures de Noël pour tous
Pour l'amoureux de polar
Les douze indices de Noël et autres récits, P.D. James (Éditions Fayard)
Publié à titre posthume, ce recueil de nouvelles de l'écrivaine britannique trempe le genre policier dans la sauce du temps des Fêtes. On y suit notamment différentes enquêtes du policier Adam Dalgliesh, dans un format qui rappelle les grands maîtres du genre. Des récits courts, qui se laissent déguster un à un entre les moments festifs.
Pour les jeunes
La dinde de Noël, Cédric Loth (Éditions Ras l'bol)
Cet album illustré n'a rien du côté magique souvent associé à Noël dans les albums pour enfants. En fait, le contenu s'adresse aux 7 ans et plus, et contient certains passages plus crus où la mort et la guerre sont directement évoquées. C'est donc pour lecteurs avertis - ou bien accompagnés. Or, c'est justement dans cette réinterprétation de la légende du père Noël, où on suit un petit garçon, Noël Claüs, fils d'un riche propriétaire d'usines d'armements au début du siècle, que le récit trouve son originalité. On est loin de l'enrobage sucré, et pourtant l'histoire a quelque chose de plus réel, de plus touchant, justement, parce qu'il n'est nulle part question de magie, mais bien d'un petit garçon abandonné et déçu par l'horreur de la Première Guerre mondiale qui décide d'en tirer quelque chose de positif.
Pour les tout-petits
Mon livre-son de Noël, collectif (Éditions Coup d'oeil)
Parce qu'il n'est jamais trop tôt pour initier les bambins aux livres, voici un petit coup de coeur de la maisonnée et de son petit occupant de 16 mois. Mon livre-son de Noël est un album court, cartonné, d'une dizaine de pages seulement. L'histoire est ultra-simple et traditionnelle, mais les petites pastilles cachées dans les illustrations, lorsque enfoncées, produisent des sons caractéristiques de Noël : le bruit du papier d'emballage, le crépitement du feu, les cris de joie des lutins, les grelots des rennes et bien sûr, le ho! ho! ho! caractéristique du gros bonhomme rouge. Une belle façon de solliciter l'attention des tout-petits et de les familiariser avec les livres.