Simon Boulerice

«Géolocaliser l'amour»: la fin heureuse de Simon Boulerice

Peut-on parler d’une date réussie lorsqu’on se retrouve à passer la soirée enfermé dans les toilettes d’un inconnu à lire du Vicky Gendreau? Comment dire à l’homme qui vient d’enlever son chandail qu’il a une faute d’orthographe tatouée sur le torse? Les applications de rencontres sont une source inépuisable d’histoires incongrues, que Simon Boulerice a décidé d’aborder avec humanité dans «Géolocaliser l’amour».

Le roman par poèmes paru en 2016 aux éditions De ta mère revit sous forme de lecture théâtrale à l’occasion du 10e festival Québec en toutes lettres. Simon Boulerice livrera ses mots sur scène, accompagné de l’auteur BD Richard Vallerand et de Millimetrik à l’ambiance musicale, dans une mise en lecture de Élodie Cuenot.

Titillé par le paradoxe qui veut que ceux qui utilisent Tinder et Gindr font aussi partie de ceux qui les décrient, l’infatigable auteur a pris la plume. «Je trouvais qu’autour de moi on diabolisait beaucoup les applications de rencontres. C’est comme un buffet à volonté qui alimente l’illusion qu’on peut toujours trouver mieux, qu’on peut trouver un match encore plus optimal. J’adhérais partiellement à ce sentiment-là, mais j’avais envie d’en parler de façon très humaine et j’ose croire, très nuancée», indique-t-il.

Simon Boulerice

À travers une succession de rencontres, l’auteur y fait la nomenclature des déceptions, des émois et des désarrois qui pavent la recherche de l’âme sœur (ou d’une histoire d’un soir) à l’ère des téléphones intelligents. «Toutes les rencontres fortuites ont quelque chose d’intéressant. La chimie opère ou n’opère pas. Ce sont des rencontres humaines, donc ça pétille, dans tous les sens. Il y a des rencontres fusionnelles éphémères, un passage qui flirte avec le viol, des moments où on éclate de rire.»

Le livre, tout comme la lecture, est divisée en deux parties : «Je me déplace», puis «Je reçois». «Je ne sais pas pour les hétéros, mais dans la culture homosexuelle, c’est une phrase courante lorsqu’on veut de la sexualité rapide», souligne Boulerice.

Son personnage pas si loin de lui se déplace beaucoup en métro. Le dessin de la couverture «couleur jus de raisin» de Géolocaliser l’amour superpose d’ailleurs un réseau sanguin et un réseau de transport, une allégorie avec laquelle pourra aussi s’amuser le dessinateur pendant la lecture.

Simon Boulerice

«Le personnage s’écartèle et se perd complètement à travers ça dans la première partie. La deuxième portion porte une plus grande solitude. On est dans le microcosme, la maison, comment prendre soin de soi, se construire un nid et y introduire l’autre sans qu’il bouscule tout», explique l’auteur.

Sans vous gâcher la fin du récit, on peut vous dire que pour Simon Boulerice, les applications de rencontres ont été un accélérant. «Il y a plein de gens qui, comme moi, ne vont pas dans les bars. Je n’ai jamais bu d’alcool, je suis mal à l’aise dans la cruise et dans la drague. Après la publication du livre, j’ai rencontré quelqu’un sur Tinder qui me comble complètement. Je n’aurais jamais connu mon chum autrement.»

Géolocaliser l’amour sera présenté jeudi à 20h à la chapelle du Musée de l’Amérique française. Info : www.quebecentouteslettres.com

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FIER, DANS LES CLASSES COMME À NEW YORK

Pendant le cours de Formation personnelle et sociale au secondaire, Simon Boulerice devait apprendre que la réponse à donner à la question «Comment devrions-nous agir devant une personne homosexuelle?» était «Avec respect et tolérance». Un mot qui l’a profondément heurté, lui donnant l’impression que sa vie ne serait que «tolérée». Vingt ans plus tard, lorsqu’il se rend dans les classes pour parler de son métier, il prend le parti de la transparence. «Maintenant, je peux dire que ce n’est plus l’homosexualité qui est décriée dans les classes, mais l’homophobie», observe l’auteur. À l’occasion des 50 ans de la décriminalisation de l’homosexualité, il a écrit un essai pour le magazine L’Actualité. Il s’est rendu à New York en juin, au Stonewall Inn, où a éclos l’activisme queer aux États-Unis après une énième descente policière. «Ma présence physique là-bas a déployé ma parole. Quand les lieux sont chargés, on se sent sollicités de partout, c’est comme si l’histoire nous parlait. C’était l’occasion de prendre la mesure du chemin parcouru», note-t-il.

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À LIRE, À VOIR

On a, comme toujours, plusieurs occasions de lire le prolifique Simon Boulerice. En vrac :

- Le texte de la pièce Ta maison brûle, une comédie un peu triste, présentée à Carleton cet été, vient de paraître aux éditions de ta mère. La mise en scène était signée par sa cousine Édith Patenaude, grâce à qui il a fait ses auditions en théâtre à Sainte-Thérèse. Une tournée serait dans les plans.

- La mitaine perdue, le premier tome d’une série baptisée Au beau débarras, paraîtra le 4 novembre. Boulerice y entraîne les jeunes lecteurs dans un centre d’objets perdus où récupération et créativité sont à l’honneur. Les dessins «pleins de tendresse et de délicatesse» sont de Lucie Crovatto.

- Les contes de grand-mère, des histoires originales tirées des épisodes de Passe-Partout, ont été édités chez Bayard. Boulerice est en train d’écrire des épisodes de la 3e saison, la première à ne pas s’appuyer les sur scénarios originaux de 77-78.

- Simon Boulerice sera l’invité de l’émission En direct de l’univers cette semaine. Et il a vraiment hâte : «C’est comme un mariage, on me dit qu’on reçoit vraiment une grosse dose d’amour. J’ai relu mon questionnaire, et en revoyant toutes les chansons que j'avais mis, c’est sûr que je vais brailler ma vie.»