Marie-Christine Bernard et Marilyn Verge ont publié «Chez nous» en juin, «un livre d’art où la poésie se tisse entre les images et les mots sous les yeux de la personne qui tourne les pages».

Fièvre littéraire en Gaspésie

CARLETON-SUR-MER — L’année 2017 a été fertile pour les auteurs de la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie, alors qu’ils ont lancé au moins huit ouvrages. Les fêtes du 250e anniversaire de Carleton-sur-Mer ont alimenté cette fièvre littéraire puisque quatre ouvrages sont nés de l’événement.

Ces décomptes excluent la publication en octobre du roman La bête creuse, de Christophe Bernard, roman mettant l’accent sur l’humour, l’imaginaire et le langage coloré de la Baie-des-Chaleurs. Cet ouvrage bénéficie déjà d’une large couverture.

L’historien Pascal Alain a parti le bal lors de l’hiver en lançant Carleton-sur-Mer, Un regard sur le passé, un ouvrage basé sur des photos noir et blanc couvrant 100 ans. L’intérêt a été tel que M. Alain a déjà commandé deux réimpressions, dont une deux semaines suivant le lancement.

«J’ai effectué une cueillette de photographies, cognant de porte en porte. À la fin de ma tournée, j’avais numérisé près de 1200 photos. J’ai placé les photos dans un entonnoir pour en retenir 190 en bout de piste», explique l’historien ayant déjà vendu 2000 copies de son volume.

La photographie, en couleurs cette fois, joue aussi un rôle prépondérant dans le livre Chez nous, une idée de la photographe Marilyn Verge et de la romancière Marie-Christine Bernard, une cousine de Christophe.

Carleton-sur-Mer intime

«Marilyn et moi connaissions le travail l’une de l’autre et avions depuis longtemps envie de travailler ensemble. Pour faire ce livre, nous avons décidé de nous inspirer, chacune de son côté, de notre Carleton-sur-Mer intime. Moi, mes souvenirs et mes balades intérieures, elle ses balades sur le territoire, au gré des lumières et des saisons. Nous ne voulions pas de photos qui illustrent des textes ni de textes qui commentent des photos. Nous voulions un livre d’art où la poésie se tisse entre les images et les mots sous les yeux de la personne qui tourne les pages», explique Marie-Christine Bernard.

L’auteur Sylvain Rivière s’est aussi servi de photos pour Le tour de mon jardin, mais les mots dominent, parce qu’il a donné la parole à 35 femmes et hommes de Carleton et de Saint-Omer. Ces gens font valoir des épisodes de leur vie à travers un récit coloré.

Un anniversaire aussi important que les 250 ans d’une ville ne serait pas complet sans un ouvrage à fort caractère généalogique, et c’est dans ce courant que Lorraine et Jean-Claude Leblanc ont publié le 12 novembre Les Acadiens de Tracadièche, d’un sombre exil sans retour».

Mise en valeur de l'histoire

Le même jour, Michel Goudreau, un passionné d’histoire de Pointe-à-la-Croix, lançait Familles rebelles de La Petite-Rochelle, le fruit d’une recherche colossale débutée en 1997 afin d’en savoir plus sur cette Petite Rochelle, une communauté fondée en 1758 par des Acadiens fuyant la déportation survenue trois ans plus tôt.

«La Petite-Rochelle était située à l’est de Pointe-à-la-Croix. Elle a été détruite par les Anglais en 1760 lors de la Bataille de la Ristigouche, mais des gens sont restés à l’hiver suivant, jusqu’en 1761, dans des conditions extrêmes. Ils sont ensuite partis dans toutes les directions, pour fonder Bonaventure, pour s’éparpiller des deux côtés de la baie des Chaleurs, alors que d’autres sont allés en Louisiane, aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon, et même en France», note M. Goudreau.

Il a récemment remporté le «prix du patrimoine gaspésien 2017», pour près de 40 ans de travail de recherche et de mise en valeur de l’histoire. Il a notamment fondé la Société historique Machault. Une partie des recettes de son livre iront à des fouilles archéologiques visant à trouver d’autres vestiges de La Petite-Rochelle.

Toujours à Pointe-à- la-Croix, deux autres ouvrages ont été publiés cette année, dont Les paysages sous nos paupières, un travail collectif dirigé par Alvina Lévesque, du Cercle littéraire de La Petite-Rochelle. La romancière Jocelyne Mallet-Parent a de plus lancé un deuxième roman en autant d’années, Basculer dans l’enfer, qui porte sur le cauchemar de trois mères suivant une tragédie.

D’autre part, l’auteur Steeve Landry convie les lecteurs à une visite, lieu par lieu, de sa Baie-des-Chaleurs, avec le concours de la photographe Magali Deslauriers. L’ouvrage s’intitule simplement Baie-des-Chaleurs, Gaspésie. Il est agrémenté de quelques recettes et de portraits d’artistes du territoire.