Fabienne Thibeault a campé Marie-Jeanne, la serveuse automate, dans la première version de Starmania présentée à Paris en 1979.

Fabienne Thibeault : La magie de «Starmania»

Quarante ans après la création de «Starmania», l’interprète originale de Marie-Jeanne, Fabienne Thibeault, convie les lecteurs dans les coulisses de l’opéra-rock signé Michel Berger et Luc Plamondon. Et si l’on en croit les souvenirs de la première serveuse automate, la mise sur pied du spectacle a à bien des égards presque tenu du miracle...

Le 10 avril 1979, Starmania a pris l’affiche du Palais des congrès de Paris pour 33 représentations. L’album qui a immortalisé les chansons avait vu le jour l’année précédente, l’heure était venue pour la troupe mi-québécoise (Fabienne Thibeault, Claude Dubois, Diane Dufresne et Nanette Workman), mi-française (dont France Gall et Daniel Balavoine) de monter sur les planches.

Un metteur en scène américain qui ne parle pas un mot de français et qui refuse de diriger celle qui doit camper Marie-Jeanne, un concepteur de costumes au travail si bâclé que la plupart des interprètes se sont habillés eux-mêmes — Diane Dufresne a semble-t-il scellé son sort en un seul mot : «tabarnak» —, une distribution où l’harmonie n’est pas toujours au rendez-vous… Les semaines qui ont précédé la première ont été pour le moins mouvementées, selon le récit qu’en fait Fabienne Thibeault dans Mon Starmania.

«J’ai voulu garder le côté humain. Rappelons-nous qu’à cette époque, il n’y avait pas d’industrie ni d’école de la comédie musicale. Tout le monde faisait un peu comme il pouvait. Et n’oublions jamais que ç’a été fait en peu de temps», note en entrevue Fabienne Thibeault, jointe à sa résidence parisienne.

«Starmania se réinvente tout le temps selon celui qui le met en scène, ajoute-t-elle. Le premier, c’était le premier. Est-ce qu’on appellerait ça de l’improvisation? J’appellerais peut-être ça une sorte de magie qui fait que tout ce monde-là ensemble, malgré tout, a créé ça.»

Selon l’auteure-compositrice-interprète, le fait que chaque membre de la distribution a été choisi personnellement par le tandem Berger-Plamondon et non au fil d’un «processus de casting» a contribué à forger la personnalité du spectacle.

«Les chanteurs n’allaient pas faire une job de pro de comédie musicale, explique Fabienne Thibeault. Diane Dufresne, quand elle sortait de son trou dans la scène pour chanter Les adieux d’un sex-symbole, ce n’était pas une pro de la comédie musicale. C’était Diane Dufresne. On n’était pas en train d’acter. Tout le monde “était”. Daniel Balavoine, c’était Daniel Balavoine.»

L’année précédente, l’enregistrement de l’album avait aussi été ponctué de hasards et de petits prodiges imprévus. Fabienne Thibeault relate notamment que Les uns contre les autres, l’une des pièces phares de l’opéra-rock, a bien failli ne pas voir le jour parce que personne ne voulait la chanter. Alors qu’elle somnolait sur un divan du studio, le dernier jour de l’enregistrement, elle a été tirée de son sommeil et s’est portée volontaire. Quant à la participation de Claude Dubois, il l’a improvisée alors qu’il passait par là pour proposer à ses collègues de sortir en boîte de nuit. «Ç’a été quelque chose de magique, confie la chanteuse. Franchement, j’ai bien fait de le proposer! C’est la preuve que tout ne se planifie pas.»

Récit personnel 

Avec Mon Starmania, où elle mêle son récit à quelques témoignages qu’elle a recueillis, Fabienne Thibeault a voulu ajouter un grain de sel plus personnel à une histoire qu’elle sait déjà bien documentée.

«Starmania, c’est quelque chose d’assez protéiforme, indique-t-elle. Je voulais rapporter mes souvenirs, mais sans aller sur le terrain journalistique ou historique. Beaucoup de choses ont été écrites sur Starmania, sur Luc [Plamondon], sur Michel [Berger], sur Daniel [Balavoine], sur France [Gall]… Beaucoup de livres ont raconté toute l’histoire, même jusqu’à aujourd’hui. J’ai voulu puiser dans mes souvenirs et aussi dans ceux de personnes que j’ai rencontrées, mais à condition que ça résonne en moi.»

L’auteure n’a surtout pas souhaité mettre des lunettes roses pour revisiter l’aventure. Elle raconte entre autres les tensions provoquées au sein de la troupe par France Gall, qui était la conjointe de Michel Berger et avec qui elle-même ne s’entendait visiblement pas.

«On n’avait pas d’atomes crochus, confirme Fabienne Thibeault. J’ajouterais : “et alors?” Est-ce qu’on est obligé d’avoir des atomes crochus avec tout le monde? France a été très importante. Les gens qui nous font vivre, peut-être pas des conflits, mais des questions, ils nous apportent beaucoup, finalement. France, elle m’a beaucoup apporté. Elle m’a fait connaître une partie du mental du pays. Comme j’aime la France, j’ai essayé de l’intégrer dans quelque chose. On ne se connaissait pas, à l’époque, les Français et les Québécois. Je raconte certaines choses, mais quand même avec de la tendresse. Quand tu te rends jusqu’où s’est rendue France Gall : respect.»

Fabienne Thibeault sera présente au Salon du livre de Québec le samedi 13 avril de 14h30 à 16h30 et le dimanche 14 avril de 12h à 14h.