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Douze auteurs s’interrogent sur le deuil et l’étiquette funéraire

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Parce que les vivants qui y passent ne savent souvent pas comment s’habiller ni se tenir, ce qu’il est permis de dire ou de faire, Catherine Côté et Audrey Boutin ont eu envie de réunir douze auteurs autour du salon funéraire. Condoléances rassemblent ainsi les réflexions de David Goudreault, Megan Bédard, Patrick Senécal, Cassie Bérard, Fanie Demeule et plusieurs autres sur la façon dont on célèbre la mort.

À qui s’adressent les funérailles? Faut-il encore s’habiller en noir? Quels sont les codes à suivre? Peut-on outrepasser les derniers souhaits du défunt? Doit-on faire la fête, pleurer discrètement ou à chaudes larmes? Pourquoi est-ce aussi cher?

«On voulait inviter les gens à une sorte de réflexion… il y a la mort, mais qu’est-ce qu’il y a autour? On n’en parle jamais», explique d’entrée de jeu Audrey Boutin, écrivaine et codirectrice de Condoléances.

Thanatologues et salons funéraires sont donc bien présents dans le recueil qui aborde directement l’industrie en plus d’offrir un éventail de réactions face à celle-ci.

Les cinq auteurs et sept autrices glissent doucement leur public dans l’intimité de défunts et de leur famille qui traversent cette grande épreuve inévitable. Vieillesse, aide médicale à mourir, rassemblement et buffet froid, maladie ou encore l’au-delà, les artistes plongent dans divers univers pour illustrer la mort et les traces qu’elle laisse dans le quotidien de ceux qui restent.

Les histoires parfois déchirantes et tristes sont toutefois loin d’être «morbides» ou «sombres», tiennent à préciser les codirectrices qui souhaitaient, avec ce projet littéraire, souligner la beauté, le côté humain et l’aspect universel derrière ce dernier au revoir.

«On voulait vraiment créer un recueil touchant, qui traite de la mort sans tomber dans le glauque ou le gothique.»

Avec les dizaines de décès qui s’accumulent quotidiennement au Québec, depuis le début de la pandémie, on peut toutefois se demander l’intérêt de publier un livre sur la mort et la cérémonie qui l’entoure.

Audrey Boutin, écrivaine et codirectrice de <em>Condoléances</em>

«On n’a vraiment pas fait exprès», lance Audrey, désolée.

Pour les deux codirectrices, même si la pandémie a remis la mort au centre de nos vies, le rôle du livre demeure le même : «aider à voir cette épreuve d’une manière plus positive».

«Moi je pense que ça va servir. […] Quand j’ai parlé du projet autour de moi, à des gens qui sont en train de vivre un deuil, on m’a dit : “Ça tombe à point. J’ai hâte de pouvoir lire d’autres histoires de deuil.” Je pense qu’il y a la possibilité de s’identifier à ces histoires, de créer une sorte de communauté. On n’en parle pas de ces choses-là et pourtant tout le monde les vit», raconte Catherine, tout en soulignant que leur idée et les premières versions des textes sont nées bien avant l’éclosion de COVID-19 au pays.

Catherine Côté codirectrice de <em>Condoléances.</em>

«Douze histoires de deuil»

De grandes questions sur l’héritage, la mémoire ou encore sur ce qu’il y a après la mort, se glissent aussi entre les lignes des douze récits.

Pour Catherine Côté et Audrey Boutin, Condoléances participe à leur volonté de «détabouiser» ce genre d’enjeux, de «déconstruire les préjugés» qui y sont associés et de défaire ce «sentiment d’inadéquation» qui survient lors de funérailles.

«Le deuil, c’est une expérience commune. […] Personne n’a l’impression de faire son deuil comme il faut, mais plus on en parle, moins on a l’impression d’être anormal.»

Les deux autrices estiment que la sérénité, la résilience et le positivisme de Condoléances permettront au public «d’accueillir autrement» le deuil, pour mieux célébrer la vie de l’être cher qui nous a quittés.