L’auteure Dominique Demers était récemment de passage à la Librairie Pantoute pour faire la lecture aux petits dans le cadre de la Journée des librairies indépendantes.

Dominique Demers lance un nouveau plaidoyer pour la lecture dans les écoles

Au début du mois, les librairies indépendantes du Québec ont reçu un beau mandat : 20 000 exemplaires de l’album «L’été de la Petite Baleine», de Dominique Demers et Gabrielle Grimard, à écouler à 1 $ pièce. Le mot s’étant passé efficacement, les livres se sont tous envolés en une heure à peine. Un succès qui a d’abord réjoui l’auteure du livre, mais qui s’est vite transformé en boule dans la gorge, quand elle a constaté à quel point les enseignants se sont rués en magasin pour essayer de renflouer leurs bibliothèques de classe, et combien de parents ont été déçus de ne pouvoir profiter de l’offre.

«J’avais le motton. Ça me catastrophe, ça me désole. Il y a un besoin criant dans les familles, et c’est ce à quoi je voulais pallier, ajouter mon petit grain de sel. Mais il y a aussi des gros besoins dans les écoles. Les bibliothèques scolaires, au primaire du moins, et je l’écrivais déjà il y a 30 ans, sont des navires sans capitaines, qui reposent sur le bénévolat. C’est la foire. Ça ne s’est pas amélioré beaucoup», constate Dominique Demers. «Je comprends les enseignants, ça me crève le cœur qu’ils aient fait la file un samedi matin pour payer ça de leur poche», s’attriste celle qui milite depuis des années pour l’accès à la lecture pour les enfants. 

Ce projet de distribution est loin d’être un coup de pub, tient à préciser l’écrivaine. Il est né d’une urgence profonde d’agir, de faire bouger les choses. La campagne Lire pour emmieuter le monde se voulait d’abord une façon d’offrir un livre pour presque rien aux parents défavorisés. C’est Sylvie Payette, de la maison d’édition Dominique et Compagnie (qui n’est pas la sienne, rappelle toujours avec soin Dominique Demers), qui a proposé d’utiliser la série du Petit Gnouf pour ce faire. Le petit personnage et son amie Mirabelle ont comme mission d’emmieuter le monde, justement. 


« Les bibliothèques scolaires, au primaire du moins, [...] sont des navires sans capitaines, qui reposent sur le bénévolat. C’est la foire »
Dominique Demers, auteure

Avec l’aide de nombreux partenaires, 20 000 copies souples de l’album ont été produites et distribuées pour être vendues à 1 $ dans les librairies indépendantes. L’album cartonné vient aussi en duo dans les librairies, avec une copie souple destinée à être donnée par l’acheteur à une autre famille. Le but? Favoriser la lecture partagée entre un parent et un enfant. Dix minutes par jour suffisent pour changer le monde, suggère Dominique Demers. 

Et elle le croit dur comme fer. Le succès d’initiatives comme celle à laquelle elle a participé, c’est bien, dit-elle. Mais pour militer depuis longtemps dans le domaine, elle sent que l’urgence est grandissante. Elle en veut, surtout, aux gouvernements et aux ministères concernés de ne pas en faire une priorité. 

«C’est un enjeu majeur et on est en train de passer à côté. On passe à côté de l’essentiel», dit-elle en citant entre autres le projet de Lab-École. «Je n’ai rien contre l’activité physique, je m’entraîne cinq fois semaines, je mange bien et j’y crois, j’ai écrit des livres qui encouragent les enfants à bien s’alimenter. Mais la première chose à faire c’est de rendre les livres accessibles dans les maisons et les écoles, et ce n’est pas ce qui est fait en ce moment», martèle-t-elle.

Idées au Lab-École

Elle a elle-même offert des idées au Lab-École, qui ont été reçues gentiment, mais sur lesquelles elle n’a pas eu de retour. «Je sais qu’ils ont été inondés de propositions, nuance-t-elle. Ce n’est pas tant à eux que je fais un reproche, mais au gouvernement. C’est au ministère d’avoir des priorités».

Quand on lui demande si elle pense que l’enseignement de la lecture est pris pour acquis dans les écoles, elle acquiesce. «Mais les enseignants n’ont pas de formation obligatoire en littérature jeunesse, ils ont très peu de formation continue, et surtout, ils n’ont pas de livres. Souvent, ils les achètent eux-mêmes. Et la bibliothèque scolaire, il n’y a personne pour s’en occuper. Ça n’a aucun sens». 

Ne pas mettre d’argent dans les livres au primaire, c’est comme ne pas fournir de chaises et de pupitre aux élèves, va-t-elle jusqu’à comparer. «Il n’y a rien qui garantit mieux la réussite scolaire, selon toutes les statistiques, que les habiletés en lecture. En plus de ça, quand on aime lire, on est plus libres, on est plus puissants», note-t-elle. «On sait comment apprendre à lire à tous les enfants, mais pour ne pas créer des analphabètes fonctionnels, il faut aussi leur donner le goût de lire, qu’ils vivent la magie. Et ça, ça se vit avant, pendant et après l’école. C’est pour ça qu’il faut que ça commence dans les familles. Il faut que les enfants comprennent que les livres, c’est magique», répète encore Dominique Demers.