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L'écrivaine Diane Bergeron
L'écrivaine Diane Bergeron

Diane Bergeron explore un monde «zéro contact»

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Remplacez «nanotechnologies» par «coronavirus» et vous pourrez presque croire que Terre-Nano : L’île des larmes grises porte sur la pandémie de COVID-19. Diane Bergeron se penche pourtant sur ce livre depuis 2012… bien avant qu’apparaisse le SRAS-CoV-2 dans notre actualité.

Terre-Nano est officiellement une série de romans de science-fiction pour jeunes adultes. Mais Diane Bergeron préfère dire qu’elle fait de la «fiction scientifique». Avec son tout nouveau projet, l’écrivaine, qui possède un doctorat en biologie moléculaire, offre aux adolescents de quatorze ans et plus un roman d’anticipation qui s’intéresse aux limites de la science.

Après quelques recherches, Diane Bergeron a eu envie de conjuguer un monde «sans contact» à l’univers des nanotechnologies. L’autrice a ainsi imaginé de possibles dangers qui pourraient être liés au développement de cette branche scientifique.

«L’anticipation, c’est montrer comment les décisions qu’on prend aujourd’hui peuvent affecter le futur. […] J’ai eu envie de parler des nanotechnologies parce qu’on commence à les utiliser un peu partout et, quand j’ai commencé à écrire le livre, il n’y avait pas beaucoup de réglementations qui les encadraient», explique-t-elle, en entrevue au Soleil.

Dans l’ouvrage de 401 pages, qui se déroule en 2067, Terre-Neuve devient Terre-Nano, un endroit de quarantaine où les «contaminés aux nanos» sont forcés de vivre pour ne pas infecter les «purs» établis sur le continent.

Dans l’ouvrage de 401 pages, qui se déroule en 2067, Terre-Neuve devient Terre-Nano, un endroit de quarantaine où les «contaminés aux nanos» sont forcés de vivre pour ne pas infecter les «purs» établis sur le continent. L’île des larmes grises imagine donc un traitement médical miraculeux, à base de nano robots, qui devient promptement un problème de santé publique pour le Canada. Les petits «guérisseurs» implantés d’une «intelligence artificielle avec apprentissage profond» ont rapidement appris à se répliquer et à se transmettre d’humain à humain, créant ainsi une accumulation de particules dans le corps, puis un décès prématuré de la personne infectée.

«Est-ce qu’il y a du danger pour les gens qui fabriquent, sans protection, les objets contenant des nanos? Est-ce que cette technologie pourrait s’insérer dans notre ADN étant donné la structure qu’elle peut prendre? Comment le gouvernement réagit face à tout ça?» lance Diane Bergeron, qui affirme être habitée par de multiples interrogations éthiques.

L’écrivaine, à qui l’on doit aussi la série Biocrimes, aime faire réfléchir les jeunes et les adultes aux enjeux scientifiques. «Qu’est-ce qu’on peut faire ou ne pas faire avec une découverte?» questionne celle qui s’intéresse également, dans Terre-Nano, aux impacts sociologiques, anthropologiques ou encore économiques de la science.

Ouvrir des horizons

Diane Bergeron ne s’arrête toutefois pas aux politiciens ni aux scientifiques et va bien au-delà de sa prémisse qui rappelle nos quotidiens depuis mars 2020.

Dès les premières pages de son roman, l’autrice aborde les changements climatiques, le racisme et plusieurs autres enjeux d’actualité. Elle met notamment en scène des personnages issus de la diversité, dont certains sont des Mi’gmaq vivant sur l’île de Terre-Neuve.


« J’ai eu envie de parler des nanotechnologies parce qu’on commence à les utiliser un peu partout et, quand j’ai commencé à écrire le livre, il n’y avait pas beaucoup de réglementations qui les encadraient »
L'autrice Diane Bergeron

Celle qui enseigne aussi l’écriture jeunesse à l’Université Laval souligne qu’il était important de «faire énormément de recherches» sur la philosophie et la culture de ses personnages afin de bien l’intégrer à son ouvrage de fiction. Pour s’assurer de s’éloigner des stéréotypes sur les peuples autochtones, l’autrice a également demandé à sa maison d’édition de «surveiller» plus particulièrement les passages concernés.

«Il faut que les jeunes connaissent ce genre d’enjeux là. […] C’est notre rôle, en littérature jeunesse, de leur apprendre des choses. On doit parler de racisme, pourquoi il y a du racisme et leur indiquer les gestes qu’il ne faut pas reproduire», affirme-t-elle.