Une photographie de John Berger, assis dans son salon en janvier 2016, a été publiée par la famille, mardi.

Décès de l'écrivain et intellectuel engagé John Berger

L'écrivain britannique John Berger, qui fit sensation en partageant avec les Black Panthers la dotation du Man Booker Prize qu'il reçut en 1972, est mort à l'âge de 90 ans près de Paris, a annoncé mardi son fils à l'AFP.
«Il est mort à midi trente à Antony», a déclaré Jacob Berger, joint par téléphone.
«Il est mort à la maison entouré par les siens de manière très sereine», a ajouté le cinéaste, précisant que son père avait été hospitalisé quelques jours avant pour une insuffisance rénale.
M. Berger résidait depuis quelques années à Antony (Hauts-de-Seine), après avoir longtemps vécu à Quincy, un village de Haute-Savoie, selon les Éditions de l'Olivier, sa maison d'édition française.
Né à Londres en novembre 1926, M. Berger enseigne le dessin de 1948 à 1955, avant de devenir, à partir de 1952, un critique d'art reconnu, indique sa maison d'édition.
Touche à tout
Cet artiste prolifique, auteur de nombreux livres et pièces de théâtre, mais aussi poète, peintre et scénariste, publie en 1958 son premier roman Un Peintre de notre temps.
En 1972, il est lauréat du Man Booker Prize, le plus prestigieux des prix littéraires de langue anglaise, pour son roman G., l'histoire du fils bâtard d'une aristocrate anglaise et d'un négociant italien.
Il fait alors sensation en offrant la moitié de la dotation de ce prix au mouvement des Black Panthers, fidèle à ses convictions d'intellectuel engagé, pourfendeur du libéralisme et défenseur des «sous-classes».
«Il n'y a pas un texte de John qui ne soit pas imprégné d'un regard politique», a souligné Jacob Berger. «C'était un ami du sous-commandant Marcos, c'était un ami du peuple palestinien (...) qui avait une position politique extrêmement forte sans être un communiste borné et dogmatique», a-t-il ajouté.
M. Berger, a poursuivi son fils, s'était d'ailleurs installé en France pour fuir l'Angleterre «extrêmement anti-communiste» des «années 50 et du début des années 60».
En France, «il y avait un équilibre qui tendait beaucoup plus vers le soutien sinon à l'Union soviétique en tout cas à l'idéal communiste et marxiste».
Écrivain «visionnaire», écrit le quotidien britannique The Guardian, Berger avait «contribué à transformer la manière dont toute une génération regardait et percevait l'art».
«John Berger a changé la manière dont nous voyons le monde», a abondé sur Twitter le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn.
«C'était un défenseur du socialisme, et d'une vie plus douce et généreuse pour tout un chacun».