Bernard Gilbert est l e directeur de la Maison de la littérature, poste qu'il quittera bientôt puisqu'il a été nommé à la tête du théâtre Le Diamant.

Dans la bibliothèque de Bernard Gilbert

Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es... Cet été, Au fil de pages vous amène dans les bibliothèques de personnalités de différents horizons, question de connaître leurs coups de coeur et, qui sait, de vous inspirer dans vos prochaines lectures! Cette semaine, Bernard Gilbert.
Quand on se demande ce qu'il y a dans la bibliothèque de Bernard Gilbert, on s'attend à ce que le choix soit grand, parce que son bureau est carrément... une bibliothèque! L'homme est directeur de la Maison de la littérature - plus pour si longtemps, d'ailleurs, puisqu'il a été nommé ce printemps à la tête du théâtre Le Diamant, dont la construction se poursuit à quelques rues de là, à la place D'Youville. 
Partout où il passe, Bernard Gilbert semble être voué à bâtir des projets et faire naître des nouveaux joueurs dans l'offre culturelle de la capitale. Durant sa carrière, il a participé à l'implantation officielle du théâtre Périscope dans la synagogue Beth Israël Ohev Sholom. Il a aussi contribué à fonder le Carrefour de théâtre, qu'il a dirigé pendant 10 ans. Après avoir piloté la naissance de la Maison de la littérature, il quittera les rayons de l'ancien temple Wesley en janvier pour rejoindre l'équipe de Robert Lepage, avec qui il a travaillé durant une dizaine d'années comme producteur de ses spectacles d'opéra. 
«C'est comme si j'avais deux familles culturelles : la littérature et le théâtre. Mais c'est  vraiment de la littérature que je viens», note M. Gilbert, qui lisait, enfant, des Bob Morane, du Agatha Christie, du Jules Vernes, «vraiment du roman d'aventures jeunesse typique des adolescents». 
Le déclic est venu au Cégep, dans un cours de littérature où il a été introduit à la poésie. Depuis, Bernard Gilbert n'a cessé de vouloir approfondir l'art des mots. Écrivain à ses heures (son dernier roman, Pygmalion tatoué, est paru chez Druide à l'automne 2016), journaliste culturel à ses débuts, et surtout, grand lecteur, le gestionnaire a eu bien du mal à choisir trois suggestions de livres à la demande du Soleil
Intarissable sur le sujet, il butine d'un style à l'autre : poésie, littérature autochtone, polar noir... «J'ai une tendance très lourde vers le roman. Et depuis que je revenu à la Maison, je suis revenu à la poésie aussi. J'ai découvert toute une nouvelle génération de jeunes poètes plus engagés, moins dans l'image pure». 
En ce moment, sur sa table de chevet, il y a 4321, de Paul Auster. «Je dévore cette brique en anglais. Ce roman fait cohabiter quatre versions d'un même personnage. On vit avec lui toute la deuxième moitié du XXe siècle américain.»
Des gros noms aussi
Grand lecteur de littérature québécoise, Bernard Gilbert a aussi dans son palmarès des dernières années plusieurs gros noms internationaux, comme Salman Rushdie et son «onirisme fou», ou encore Margaret Atwood, cette «grande, grande dame de la littérature», et particulièrement sa trilogie MaddAddam, «absolument extraordinaire». «Un de mes favoris aussi, qui est moins connu, est David Mitchell, que Alto traduit ici. Ils viennent de traduire L'âme des horloges. Ce type a une imagination fulgurante!», raconte-t-il à propos de cette découverte amenée par le fils de sa conjointe. 
Lecteur boulimique, Bernard Gilbert? «Je ne suis pas boulimique, mais je ne réussis jamais à lire tout ce que je voudrais lire», résume le directeur. «La littérature est probablement la seule discipline impossible à embrasser du regard, même avec toute une vie.» Comme quoi on peut sortir l'homme de la bibliothèque, mais l'amour des livres, lui, n'est pas prêt de s'éteindre!
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Les trois suggestions de Bernard Gilbert
Volkswagen Blues, de Jacques Poulin
«Cette année, le Festival Québec en toutes lettres a pour thème Écrire Québec, alors on se concentre sur la littérature écrite à Québec ou sur Québec. On a deux grandes figures qui vont être mises de l'avant, Jacques Poulin et Pierre Morency, puisque c'est le 50e anniversaire de leurs premières parutions en 2017. Un incontournable pour moi est Volkswagen Blues, que j'ai lu à l'époque où il est paru. Jacques Poulin, pour moi, est vraiment un auteur qui incarne la deuxième moitié du XXe siècle et le début du XXIe, une écriture très fine, très personnelle, très juste, avec ses tics magnifiques.»
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Les luttes fécondes, de Catherine Dorion
«Je lis beaucoup tout ce que fait Nouveau Projet. Et ça me permet d'être chauvin, il y a beaucoup d'auteurs de Québec qui publient là! Les luttes fécondes, de Catherine Dorion, est paru tout récemment dans la collection Documents. Catherine Dorion est un personnage remarquable, pour son engagement, son écriture, ses positions publiques. Les luttes fécondes est un essai très engagé qui nous ramène à la grande époque du féminisme littéraire. C'est vraiment un récit sur comment la vie privée est politique. Il y a une très belle énergie dans son récit.»
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Une vraie bonne petite Métisse, de Marilyn Dumont
«Je suis de ceux qui croient qu'il est possible de mieux vivre avec les Premières nations. C'est à la fois mon engagement personnel et ici, avec la Maison de la littérature, d'aller vers la littérature des Premières nations. Dans ce sens, j'ai adoré lire Marilyn Dumont, qui vient de l'Ouest. C'est une poète métisse de l'Alberta. Ce petit livre, Une vraie bonne petite Métisse, est une série de poèmes très simples. On ne se casse pas la tête, ce sont des choses très senties, très personnelles. On comprend toute la souffrance et en même temps la fierté et la difficulté d'être une femme autochtone au Canada. Il a été traduit par Sylvie Nicolas, auteure et traductrice de Québec, et publié aux Éditions Hannenorak, de Wendake. C'est une des rares maisons d'édition autochtone francophone qui existe au Canada.»