Barack Obama, accompagné de sa femme Michelle et de sa fille Malia, lors de son discours d'adieu à Chicago. Après ses huit années à la présidence, Barack Obama compte maintenant se consacrer à ses mémoires.

Barack Obama trouve refuge dans les livres

Grand admirateur d'Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis, Barack Obama, 44e, partage avec lui un goût prononcé pour la lecture. Elle fut, dit-il, un refuge salutaire durant ses deux mandats à la tête de la première puissance mondiale.
«À une époque où les événements s'enchaînent aussi rapidement et où une telle masse d'informations est transmise en permanence, deux choses ont été d'une valeur inestimable pour moi : la possibilité de ralentir [...], mais aussi de se mettre à la place de quelqu'un d'autre», explique-t-il dans un long entretien au New York Times, publié lundi.
Les livres «ont-ils fait de moi un meilleur président? Je ne peux le dire», souligne-t-il. «Mais ce que je sais, c'est qu'ils m'ont permis de maintenir une sorte d'équilibre au cours des huit années écoulées, car [la présidence] est un lieu où les choses vous arrivent en permanence en pleine figure et sans le moindre répit.»
Interrogé sur les livres vers lesquels il se tourne dans les moments difficiles - de la gestion de la crise financière qui avait mis l'économie au bord du précipice à la fusillade dans une école primaire de Newton, au Connecticut, dans laquelle 20 enfants de 6 et 7 ans furent froidement abattus -, le président rappelle combien l'exercice du pouvoir peut isoler.
«Parfois, cela m'a été très utile de faire un saut dans l'histoire à la rencontre de gens qui, de la même manière, se sont sentis isolés», explique-t-il, citant Abraham Lincoln bien sûr, mais aussi Martin Luther King Jr, Gandhi ou Nelson Mandela. «Churchill est un bon écrivain. Et j'ai adoré lire Teddy Roosevelt», ajoute-t-il.
Les biographies de ses prédécesseurs l'ont aussi aidé à résister à la tentation de penser que «tout ce qui arrive à un instant donné est absolument sans précédent, que ce soit désastreux ou formidable».
«C'est toujours une bonne chose de penser à [Franklin] Roosevelt essayant de se frayer un chemin à travers la Seconde Guerre mondiale», explique Barack Obama, qui lit environ une heure par jour, le soir.
Shakespeare et V.S. Naipaul
Dans son livre Dreams from my Father (Les rêves de mon père), il avait évoqué, comme lectures d'adolescence, James Baldwin, Richard Wright, W.E.B Du Bois ou encore Malcolm X pour l'apprentissage et la compréhension de ce que c'est d'«être un homme noir en Amérique».
Plus tard, il s'est tourné vers les philosophes, de Saint Augustin à Nietzsche en passant par Jean-Paul Sartre.
Quels sont ses auteurs de référence? Shakespeare, répond le président des États-Unis sans hésiter. «Comme la plupart des lycéens, lorsqu'on nous a dit de le lire, je me suis dit : "Qu'est-ce que c'est ennuyant". Puis j'ai suivi un cours absolument passionnant à l'université et je me suis plongé dedans.»
L'ancien professeur de droit, qui chaque année fait ses courses de Noël avec ses deux filles Malia et Sasha chez Politics and Prose, librairie indépendante de Washington, évoque aussi, entre autres, V.S. Naipaul, un écrivain dont il ne partage pas toujours la vision de la vie et du monde, mais dont les écrits sont des repères.
Après avoir, depuis huit ans, consacré l'essentiel dans son temps d'écriture à ses discours, Barack Obama entend désormais s'atteler à ses mémoires, en s'appuyant sur un journal qu'il a tenu à la Maison-Blanche.
Et continuer à lire et à donner envie de lire à d'autres.
«Il y a quelque chose de singulier dans le fait de s'astreindre au silence et de consacrer un moment soutenu à quelque chose qui est différent de la musique, de la télévision ou même du meilleur film qui soit.»