Anne Peyrouse, écrivaine et chargée d’enseignement en création littéraire à l’Université Laval, et son chien Jackie.
Anne Peyrouse, écrivaine et chargée d’enseignement en création littéraire à l’Université Laval, et son chien Jackie.

Anne Peyrouse: une ode à la liberté d’écrire avec passion

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Le tout dernier recueil de nouvelles d’Anne Peyrouse est né d’un défi d’écriture : explorer le couple sans être cliché. Qu’ils soient amoureux, fraternels, professionnels, sportifs ou encore hospitaliers, les duos présentés par l’autrice se dévoilent sans filtre dans toute la «liberté du langage».

«Le pouvoir des lecteurs, c’est de fermer le livre ou de passer à un autre texte. Moi, mon rôle, c’est d’explorer les langages. C’est ce que je fais avec plaisir et c’est pour ça que, pour moi, écrire c’est génial. Il n’y a pas un langage, un matériau. La littérature, c’est ample», affirme Anne Peyrouse, écrivaine et chargée d’enseignement en création littéraire à l’Université Laval.

Assumée, parfois crue, sensible, lyrique ou en colère, la langue qu’utilise l’autrice dans encore temps de rebrousser chemin est vaste. Tant dans les couples qu’elle raconte que dans la forme que prennent ses histoires : tout est de l’ordre du défi, de l’expérimentation, explique-t-elle, comme un jeu d’adresse.

Le terrain où s’exerce Anne Peyrouse englobe tout le livre : la ponctuation, les notes de bas de page, le caps lock du clavier, l’oralité, l’espace, la page blanche. Chaque histoire est rédigée différemment.

«Je suis une amoureuse du texte, de cette liberté du langage. […] Les nouvelles sont des textes courts. Alors ça permet de relancer le langage à chaque fois. J’ai un plaisir jouissif à écrire de la nouvelle pour que chaque texte soit un voyage», insiste-t-elle.

Une liberté qui s’insuffle jusqu’aux personnages. Sans censure, Anne Peyrouse, aussi éditrice chez Hamac, présente des «êtres libres» qui parlent de peurs et de douleurs, mais aussi de voyages, de sensualité, de sexualité...

«Quand j’écris, je n’ai pas de censure. Je suis très respectueuse par rapport à mes personnages. Qu’ils soient gentils ou méchants. J’évite de les juger. Ils sortent comme ils sortent. Ce sont des êtres hypersensibles, peut-être à l’image de qui je suis», ajoute-t-elle en riant.

Assumée, parfois crue, sensible, lyrique ou en colère, la langue qu’utilise l’autrice dans <em>encore temps de rebrousser chemin </em>est vaste. Chaque histoire est rédigée différemment.

Alors que plusieurs auteurs québécois emboîtent le pas à une écriture éclatée dont la forme est tout aussi signifiante que le fond, peu de ces œuvres arrivent toutefois à rejoindre un large public. Pour Anne Peyrouse, le débat est vaste et comporte plusieurs niveaux :

«Au point de vue de la catégorisation [des œuvres], j’ai l’impression qu’on est pris dans l’institution qui ne suit pas le mouvement littéraire. Pour les institutions intellectuelles qui font rentrer la création, on doit toujours être rentable alors que ce n’est pas ça. On n’est pas rentable financièrement. On est rentable au point de vue de l’esprit, du cœur et des sentiments. J’ai l’impression que le gouvernement, la politique, le pouvoir ne suit pas ça. Et c’est triste.»

Sans jeter tout le blâme sur l’industrie et le gouvernement, l’écrivaine souligne que les artistes ont, eux aussi, leur part de responsabilité dans le problème. «On se rend compte aussi que dans tous ces spectacles littéraires, il y a souvent le même public. C’est génial qu’il revienne, mais on doit aussi aller chercher d’autres publics, ajoute-t-elle. Mais ça, c’est une organisation d’équipe. C’est nous qui devons aller chercher ces groupes. C’est un travail qui demande énormément d’énergie.»

La littérature, son amour le plus fidèle

Anne Peyrouse a dédié encore temps de rebrousser chemin à ses «amours littéraires». Peu importe la nouvelle, son histoire ou la forme qu’elle prend, l’autrice y glisse ses références littéraires comme un hommage aux écrivains avec qui elle flirte depuis toujours.

«Ce couple-là, c’est une relation que j’ai depuis mes dix ou onze ans. C’est la vie avec la littérature. Je l’ai glissée dans chaque texte. Juste comme une allusion à mes amours littéraires. Ça peut être une chanson de Barbara, mon lien avec l’écriture, un lien à Virginia Woolf», raconte l’écrivaine.

Anne Peyrouse, écrivaine et chargée d’enseignement en création littéraire à l’Université Laval, et son chien Jackie.

L’artiste conclut d’ailleurs son ouvrage avec un texte «décapant» et «peut-être un peu irrévérencieux» sur l’écriture et son art. Des propos qu’elle «assume totalement. Pour la défense de la création. Pour la défense de la littérature».