À la rencontre des auteurs

Chaque année, le Salon international du livre de Québec attire les foules. Et ce n'est pas pour rien. Il est le lieu idéal pour rencontrer ses auteurs préférés... si on est prêts à attendre patiemment en file dans quelques cas. Du 5 au 9 avril, plus de 1150 auteurs seront présents, dont les invités de marque Amélie Nothomb, Larry Tremblay, Serge Bouchard, Alex A. et Rose-Line Brasset. Le Soleil a discuté avec le président d'honneur, Grégoire Delacourt.
Grégoire Delacourt sera le président d'honneur du Salon du livre de Québec et participera à une table ronde sur l'amour dans tous ses états littéraires, en compagnie d'Amélie Nothomb et Marie Laberge, le 8 avril.
Grégoire Delacourt: la maturité du désir
Grégoire Delacourt n'est pas un écrivain de métier, c'est lui-même qui le dit. «Je suis bien avec les mots, je vis avec eux tous les jours», nuance-t-il cependant. Tellement que le publicitaire a décidé, au début de la cinquantaine, «d'essayer de faire un livre». 
Son premier roman, L'écrivain de la famille, a fonctionné tout de suite. «Du coup, j'ai continué», poursuit le Français, rejoint au bout du fil à Paris. Le voilà président d'honneur du prochain Salon international du livre de Québec, qui se tiendra la semaine prochaine, du 5 au 9 avril. «Ça reste un plaisir, pas un métier», insiste-t-il cependant. 
Un plaisir qui l'occupe maintenant passablement plus que son métier de publicitaire, en partie à cause d'une crise vécue par l'industrie de la réclame depuis 2010, surtout à cause du grand succès de chacune de ses publications, depuis La liste de mes envies - l'histoire d'une mercière qui gagne le gros lot, adaptée au cinéma et au théâtre, en France et au Québec -, La première chose qu'on regarde - qui lui a valu des démêlés en justice avec l'actrice Scarlett Johansson -, On ne voyait que le bonheur et Les quatre saisons de l'été
L'auteur a maintenu un rythme de production assez rapide d'un livre par année. Son petit dernier, paru en janvier en France et tout récemment ici, lui a pris un peu plus de temps, de son propre aveu. C'est que Danser au bord de l'abîme est une proposition costaude en émotion. Il y emprunte la voix d'une femme. «Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d'un homme dans une brasserie. Aussitôt, elle sait.» Ce quatrième de couverture assez succinct ouvre la porte sur une histoire de désir, qui porte en lui le potentiel de bouleverser la vie d'une famille ordinaire. 
«C'est un livre qui touche à cette intimité de se dire "Est-ce que dans le peu de temps que j'ai à vivre, je suis au bon endroit, avec les bonnes personnes, pour être le plus heureux possible?"», résume son auteur.
Une question qu'il portait en lui. Cette histoire, celle d'Emma, n'est pas la sienne. Sauf qu'il y a 17 ans, ça lui est arrivé, «ce coup de foudre absolu qui arrive dans votre vie, alors que vous n'en avez absolument pas besoin.» «C'est ça qui est magique, c'est un coup de foudre qui arrive quand on n'a pas froid, on n'a pas faim, on n'est pas en désamour», explique Grégoire Delacourt. «C'est quelque chose qui marque, puisque du coup, ça a changé le destin de plein de gens. Moi, j'ai décidé d'y aller, alors que certains n'y vont pas, et 17 ans après, je suis toujours profondément heureux à chaque instant du choix que j'ai fait de la personne avec qui je vis aujourd'hui.» Et ce, même si cela a été difficile au début, notamment pour ses enfants. 
Reste que ça ne l'intéressait pas de raconter sa propre histoire. «Je trouvais plus judicieux, plus créatif et plus agréable pour moi de le faire du point de vue féminin», justifie-t-il. Un travail qui lui a donné plus de fil à retordre que dans La liste de mes envies, à cause de la plongée dans l'intimité, la sensualité et la sexualité. «Ce sont des mots de femmes, il fallait que je les trouve, que je les décèle, que je les précise», explique le cinquantenaire. 
Un exercice réussi, s'il se fie aux nombreux commentaires de lectrices reçus jusqu'à présent. «Je n'ai pas de recette. Je crois que c'est un amour sincère, profond et amical des femmes, qui me donne envie de m'en approcher pour leur dire que je les comprends. [...] Et en réussissant à être Emma dans le livre, c'est aussi une formidable déclaration d'amour aux femmes en général et à la liberté à laquelle chacune a droit, dans un monde, une période où je pense qu'on leur enlève beaucoup de liberté», dénonce l'auteur. 
«Un chagrin dans le coeur des femmes»
Guerres de religion, pornographie omniprésente, retour d'une certaine rectitude morale catholique dans la société française... Grégoire Delacourt en a long à dire sur les écueils que rencontrent les femmes aujourd'hui. 
Comme dans ses romans précédents, l'écrivain et grand lecteur amalgame habilement une autre oeuvre littéraire qui rejoint le sens de la sienne. Cette fois, c'est La chèvre de M. Séguin, d'Alphonse Daudet. Un conte souvent utilisé comme une leçon contre la désobéissance, mais que M. Delacourt interprète plutôt comme une ode à la liberté des femmes, celle qu'on «peut perdre puisque le loup peut vous manger, mais surtout celle qu'ont les femmes de disposer de leurs désirs, de leurs envies». 
Un sujet extrêmement sensible, constate l'auteur, après trois mois de promotion où il a enfin pu avoir l'écho de ses lecteurs sur son oeuvre la plus poétique à ce jour. «Je suis content parce que le livre marche bien, l'accueil est très bon, mais au-delà d'être bon, c'est un livre qui remue énormément les lectrices, et je m'aperçois qu'il y a encore un grand chagrin dans le coeur des femmes, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas apaisées. Ce livre éveille justement des choses qu'elles n'ont pas osé faire, ou qu'elles regrettent de ne pas avoir faites, et qu'elles feront peut-être», énumère le Parisien. 
«Six femmes m'ont écrit avoir quitté leur mari après avoir lu le livre, ce qui m'embête un peu, je ne veux pas que les maris viennent me casser la figure, même si je crois que c'est la fin d'une réflexion qu'elles avaient commencée avant le livre, bien évidemment», raconte Grégoire Delacourt. Il a eu aussi beaucoup de témoignages de femmes «pas vraiment heureuses», qui ont rencontré le même genre de situation qu'Emma, mais qui n'ont pas osé suivre leur coeur. Comme cette femme qui lui a révélé, à 60 ans, attendre que le dernier de ses six enfants quitte le nid pour aller rejoindre l'homme qu'elle aime depuis 15 ans et qui l'attend. 
Certaines lectrices aussi, «une sur 200», nuance l'auteur, sont tout à fait en désaccord avec le choix d'Emma de quitter sa famille pour rejoindre un quasi-inconnu (on ne vous révèle rien ici, ce n'est qu'une prémisse d'un roman à trois volets). 
Chose certaine, le sujet est loin de laisser indifférent, même les hommes, constate Grégoire Delacourt. Ils sont toutefois plus touchés par la partie du livre qui traite de la relation entre Emma et son mari, autour de la maladie. «C'est là où tout d'un coup, ils prennent conscience que l'amour conjugal peut prendre des formes complètement spectaculaires et amples, et ça les touche beaucoup de se dire que finalement, l'amour bouge dans un couple, et il peut y avoir quelque chose d'autre, ça peut servir à quelque chose d'inattendu, qui n'est plus un amour de couple, mais un amour de la vie, un amour à deux», analyse l'écrivain. 
Grégoire Delacourt n'en démord pas, encore plus depuis le décès de son père, il y a deux ans : «Il faut accepter la mort, que les choses ont une fin, et s'arranger pour profiter au maximum de la chance qu'on a d'être vivant, et d'avoir une vie qui fait que quand vient le temps de partir, on a fait le plein de la vie, on a été heureux, on ne regrette pas. C'est ça que je veux raconter.»
Un salon à taille humaine
Grégoire Delacourt venait à peine de boucler sa présence au Salon du livre de Paris que déjà il préparait sa valise pour traverser l'Atlantique afin de venir présider celui de Québec. «C'est un moment incroyable de la vie, ce cadeau qui m'est fait, je trouve ça très touchant, et très encourageant», s'enthousiasme-t-il. 
L'auteur français n'en est pas à sa première visite au Québec. Il était du Salon du livre de Montréal, entre autres, en 2012. S'il adore rencontrer ses lecteurs, peu importe le pays, il aime que nos salons du livre d'ici soient à «taille plus humaine». «Je ne sais pas comment vous dire, j'ai trouvé ça moins people, moins show-off», précise-t-il. Il donne en exemple le souvenir de cet échange tout simple avec Maka Kotto, le ministre de la Culture de l'époque, venu «sans photographe ni garde du corps». On était loin, dit-il, de l'idolâtrie et de la posture «sacrée» de l'écrivain en France. «J'ai fait de vraies belles rencontres avec des gens», raconte-t-il.
Il s'émeut d'ailleurs de recevoir des messages comme celui d'une lectrice qui lui a promis de rouler 300 km pour venir le voir au Salon du livre de Québec. «C'est extraordinaire, pour moi, c'est super émouvant. Voilà une dame qui ne me connaît pratiquement pas qui va venir parce qu'elle aime mes livres, elle veut qu'on en parle. Je lui ai dit "Faites attention, si c'est glissant, ne prenez pas de risques"», glisse l'auteur, amusé, profitant des premiers rayons du printemps sur Paris, mais bien au fait de la nouvelle bordée de neige tombée sur Québec en début de semaine.
Lectures québécoises
Celui qui tient un blogue littéraire (www.gregoire-delacourt.com) lit présentement quelques titres de littérature québécoise. Au moment de s'entretenir avec Le Soleil, Grégoire Delacourt venait justement de rencontrer Anaïs Barbeau-Lavalette, dont il terminait le roman La femme qui fuit. «Figurez-vous qu'elle était en train de lire mon livre, qu'elle aime beaucoup. Le hasard fait bien les choses», s'amuse l'auteur. Il s'attaquera ensuite à Ceux qui restent, de Marie Laberge, avec qui il participera à une table ronde sur l'amour dans tous ses états littéraires, en compagnie d'Amélie Nothomb, le 8 avril. Sur sa pile trônait aussi Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin.
«On n'a pas le temps de tout connaître, mais votre littérature, elle est très belle, parce qu'elle a cette dimension poétique incroyable», poursuit Grégoire Delacourt. «À cause de l'air, de l'immensité des terres, de la neige, du climat qui change, [...] le monde n'est pas le même, les bruits ne sont pas les mêmes, le rapport à l'autre, rien n'est pareil. Du coup, il y a un exotisme formidable, mais dans ma langue. Ce sont des mots que je connais qui racontent autre chose.» 
Les invités d'honneur sous la loupe
Le Salon international du livre de Québec (SILQ) approche à grands pas. Plus de 1150 auteurs seront de la partie - dont certains de vos préférés, à n'en pas douter. En guise de mise en bouche, Le Soleil vous a préparé un portrait des cinq invités d'honneur.
1. Rose-Line Brasset, invitée d'honneur du 5 avril
Qui est-elle? Originaire d'Alma, maintenant résidente de Stoneham, Rose-Line Brasset a derrière la plume près de 20 ans de métier comme journaliste, recherchiste et auteure (elle a notamment signé une chronique dans nos pages en 2007 et 2008). 
Qu'a-t-elle écrit? On la connaît pour la série Juliette, lancée il y a trois ans, dont les tomes se sont déjà vendus à plus de 250 000 exemplaires, au Québec et en Europe. Juliette, un personnage inspiré de sa fille, voyage à travers le monde et raconte ses aventures dans un carnet de voyage. L'auteure, elle-même globe-trotter, agrémente ses livres de mini-guides touristiques et de lexiques. Après Amsterdam, Barcelone, La Havane, New York, Paris et Québec, Juliette découvre Rome dans le tout dernier tome paru en début d'année. 
2. Alex A., invité d'honneur du 6 avril
Qui est-il? La jeune sensation du monde de la bande dessinée québécoise, Alex A. fait mouche auprès des jeunes avec ses dessins colorés et près du dessin animé. Il dessine depuis qu'il est tout jeune et vit à Montréal, avec son chien Ours. 
Qu'a-t-il écrit? La série de l'Agent Jean, publiée depuis 2011, a rapidement conquis le coeur des jeunes. On y suit un agent secret, qui est aussi un cerf, un peu niais, mais très altruiste. Il réalise des missions extravagantes, inspirées de James Bond, avec des acolytes tous aussi colorés que lui. Alex A. vient aussi de lancer une nouvelle série, L'Univers est un Ninja. Ses livres sont populaires en Europe, mais aussi au Canada anglais, où ils ont été traduits. 
3. Serge Bouchard, invité d'honneur du 7 avril
Qui est-il? Anthropologue notoire qui s'est beaucoup intéressé aux peuples autochtones, Serge Bouchard est aussi un homme de lettres et de radio. Chez lui, tous ces univers s'entremêlent et se nourrissent. Il a notamment reçu le prix Gérard-Morisset en 2015 pour l'ensemble de sa carrière. On peut présentement l'entendre à l'émission C'est fou, les samedis soirs, sur les ondes d'Ici Radio-Canada Première. 
Son plus récent livre: Les yeux tristes de mon camion, paru à l'automne 2016, est un de ces livres inclassables dont seul Serge Bouchard a le secret. On y retrouve une trentaine de courts essais qui nous révèlent la beauté secrète des choses que nos yeux ne voient plus dans ce monde où tout va trop vite.
4. Amélie Nothomb, invitée d'honneur du 8 avril
Qui est-elle? Prolifique auteure originaire de la Belgique, Amélie Nothomb a grandi aux quatre coins du monde, suivant les déplacements de son père diplomate. Elle gardera du Japon, le pays de son enfance, une influence marquée dans sa littérature. Depuis Hygiène de l'assassin, paru en 1992, elle publie un roman par an, sans exception. Son roman Stupeur et tremblements, notamment, a été adapté au cinéma. 
Son plus récent livre: Riquet à la houppe, un court roman inspiré de la trame du conte du même nom de Charles Perreault. Une réflexion sur l'amour, la laideur, la beauté et l'intelligence, dans le style à la fois excentrique et envoûtant de l'auteure. 
5. Larry Tremblay, invité d'honneur du 9 avril
Qui est-il? Originaire de Chicoutimi, Larry Tremblay partage sa vie d'écrivain entre le théâtre et la littérature. En plus d'une trentaine de pièces (The Dragonfly of ChicoutimiAbraham Lincoln va au théâtreL'enfant matière), il a publié six romans, dont le plus connu est sans doute L'orangeraie, fable sur la guerre et ses ravages vus à travers le destin de deux jumeaux. 
Ses plus récents livres: L'impureté et Même pas vrai sont tous deux sortis l'automne dernier. Le premier, un roman-piège sur l'imposture, le deuxième, un charmant roman graphique jeunesse, où le petit Marco raconte sa vie avec un micro imaginaire. Deux de ses pièces étaient à l'affiche en même temps dans des théâtres montréalais.