Livres

La folie du 12 août pour le livre québécois

La cinquième édition du mouvement «Le 12 août, j’achète un livre québécois» est un succès sur toute la ligne. Les librairies ne sont pas loin de réaliser le même chiffre d’affaires que pendant les Fêtes.

Jointe par téléphone vers 16h30, la librairie indépendante Pantoute, sur la rue Saint-Joseph, s’attend à réaliser un chiffre d’affaires trois fois supérieur à la normale à la fermeture à 21h.

«C’est quasiment la même folie que pendant les Fêtes. On a beaucoup de monde. C’est une journée importante pour nous, mais aussi pour le livre québécois», a commenté le libraire Donald Servais.

Parti d’une simple invitation lancée par Patrice Cazeault et Amélie Dubé, deux auteurs souhaitant insuffler un peu de vie dans le marché du bouquin, le mouvement «Le 12 août, j’achète un livre québécois» est devenu «viral» dans le jargon virtuel, puis véritable tradition dans le monde réel, dont le secteur de l’édition ne pourrait plus se passer.

«La vente des livres québécois a explosé. Plus les gens lisent un livre québécois, plus ils ont envie d’en lire», a soutenu le libraire.

«Le 12 août, c’est une journée, mais on veut que ça ait un effet sur toute l’année. Il y a cinq ans on allait dans les librairies et on cherchait les livres québécois, là, à longueur d’année ils sont mis en valeur», a observé Patrice Cazeault.

Selon M. Cazeault, le mouvement ne s’est pas essoufflé comme bien d’autres initiatives éphémères dopées par les médias sociaux, parce qu’il s’est détaché du virtuel pour s’ancrer dans le réel.

«La page Facebook a de moins en moins de clics, alors que l’événement a de plus en plus de succès, c’est carrément devenu une tradition», a souligné celui qui gère encore la page de l’événement avec son amie Amélie.

Un mouvement lucratif

Gaspard, le système d’information sur les ventes de livres au Québec, a produit un rapport l’an dernier pour mesurer les retombées du «12 août».

Les conclusions sont spectaculaires, alors que les ventes totales de livres ont augmenté de 175 % par rapport à une journée normale de la période estivale.

En ce qui concerne les livres québécois en particulier, les ventes ont explosé de 398 %.  Avec La Presse canadienne

Livres

Soljenitsyne un peu oublié des jeunes Russes

MOSCOU — Alexandre Soljenitsyne, l’un des plus célèbres écrivains du XXe siècle et symbole de l’opposition au régime soviétique, semble quelque peu oublié par les jeunes Russes, 10 ans après sa mort.

«Soljenitsyne, c’est un dissident, quelqu’un qui s’est opposé au régime soviétique, et un grand écrivain», résume Sania Poliakovski, 23 ans, étudiant en relations internationales à Moscou... tout en reconnaissant n’avoir rien lu de l’auteur, mort le 3 août 2008.

«On nous en a parlé un peu au lycée, en cours de littérature et en cours d’histoire. Mais je n’en ai pas gardé beaucoup de souvenirs», reconnaît le jeune homme.

Laissant entendre, comme beaucoup d’autres jeunes de son âge, que les enseignants ne s’attardent guère sur l’œuvre de Soljenitsyne, Sania précise: «C’est ma mère qui m’a expliqué qu’il s’agit d’un des plus grands écrivains du XXe siècle.»

La différence d’intérêt entre les générations est flagrante. Sa mère, Elena, se souvient avec émotion d’avoir découvert un livre de Soljenitsyne caché dans la bibliothèque familiale à l’époque soviétique.

Fruit défendu

«J’étais adolescente et mes parents m’avaient bien expliqué qu’il ne fallait dire à personne que nous avions ce livre à la maison. Cela avait le goût du fruit défendu! Tout cela est une autre époque, que mon fils a du mal à imaginer», raconte-t-elle.

Sania est assez typique d’une jeune génération en Russie qui ne sait pas grand-chose de la période soviétique et ignore à peu près tout de Soljenitsyne, figure majeure de la dissidence en URSS, prix Nobel de littérature en 1970 pour ses romans, et écrivain à la renommée mondiale après la parution en 1973 de l’Archipel du goulag, oeuvre monumentale consacrée aux camps staliniens.

«Dans une classe de 30 étudiants, au maximum deux ou trois ont lu un livre de Soljenitsyne. La plupart ne savent rien de lui», regrette Alexandre Altounian, professeur à la faculté de journalisme de l’Université internationale de Moscou.

Des oeuvres de l’écrivain figurent bien au programme des lycées, mais chaque enseignant décide par lui-même du temps à y consacrer et, faute de temps, leur étude est souvent limitée au strict minimum, reconnaissent plusieurs professeurs du secondaire.

Quant aux enseignants qui insistent sur les oeuvres de Soljenitsyne, ils le font généralement pour des raisons morales et politiques.

«Besoin» de Soljenitsyne

«On a vraiment besoin de lire Soljénitsyne aujourd’hui, alors que se multiplient les tentatives de nier les répressions staliniennes, alors que certains affirment qu’il n’y a rien eu de terrible à l’époque», souligne Olga Maïevskaïa, professeure de langue et de littérature russe.

Mme Maïevskaïa consacre plusieurs leçons à des oeuvres littéraires de Soljenitsyne comme La maison de Matriona, et aussi à celles qui portent sur la thématique des camps et des répressions, comme Une journée d’Ivan Denissovitch et l’Archipel du goulag.

«Je cite à mes élèves les passages les plus forts de l’Archipel du goulag. Ce qui est invraisemblable, c’est qu’on ne leur parle pas de ça en cours d’histoire. C’est l’histoire de notre pays! Il faut qu’ils la connaissent, pour qu’elle ne se reproduise plus», s’indigne Mme Maïevskaïa.

Les efforts de cette professeure vont à contre-courant de la tendance dominante qui voit en Russie une réhabilitation rampante de Staline et de toute la période soviétique, parallèlement à une volonté de ne pas insister sur les répressions meurtrières de l’époque communiste, voire de les ignorer.

L’année dernière, un sondage de l’institut VTsIom sur les «idoles russes du XXe siècle», plaçait Alexandre Soljenitsyne en cinquième position, derrière l’acteur et chanteur Vladimir Vyssotski, le premier cosmonaute Iouri Gagarine, le maréchal Guéorgui Joukov, héros de la Deuxième Guerre mondiale et Staline.

L’année 2018, dixième anniversaire de sa mort et centième anniversaire de sa naissance, sera notamment marquée par l’organisation de plusieurs expositions et l’inauguration d’une statue de l’écrivain dans la rue qui porte son nom à Moscou.

Arts

L’inclusion culturelle à la façon Snoopy

WASHINGTON — Franklin, le premier personnage noir de «Peanuts», la célèbre bande dessinée racontant les aventures du chien Snoopy, fêtera mardi son 50e anniversaire, lui qui doit son existence à une institutrice de Los Angeles soucieuse de voir plus de diversité raciale dans les publications pour enfants.

Né le 31 juillet 1968, dans un fort contexte de tensions raciales, Franklin est le premier enfant noir à se joindre aux aventures de Charlie Brown, son chien Snoopy, rêveur et philosophe, et leurs amis.

Après l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968, les tensions raciales ne retombaient pas dans une Amérique marquée par le Mouvement des droits civiques.

«Depuis la mort de Martin Luther King, je me demande ce que je peux faire pour changer les conditions dans notre société qui ont conduit à cet assassinat», a écrit le 15 avril Harriet Glickman, une institutrice de Los Angeles, dans un courrier adressé au créateur de Snoopy, Charles Schulz.

La bande dessinée Peanuts, publiée tous les jours dans les journaux depuis 1950, était déjà très populaire à l’époque.

«Je pense que quelque chose peut être fait à travers les bandes dessinées» pour arriver à de meilleures relations interethniques, poursuivait-elle.

«Je pense qu’introduire des enfants noirs dans le groupe des personnages de Schulz pourrait avoir un certain impact.»

Sa lettre est maintenant affichée dans le Charles M. Schulz Museum en Californie.

Quelques jours plus tard, le dessinateur lui a répondu, en expliquant qu’il était bien conscient du problème mais que, n’étant pas noir lui-même, il avait peur de «traiter avec condescendance nos amis noirs».

«Je ne sais pas quelle est la solution», reconnaissait-il pour conclure sa réponse.

Harriet Glickman a alors suggéré de sonder plusieurs de ses amis noirs, tous parents et fans de Snoopy.

Livres

L'écrivain russe Vladimir Voïnovitch meurt à 86 ans

MOSCOU — L’écrivain russe Vladimir Voïnovitch, ancien dissident soviétique et auteur du roman «Les Aventures singulières du soldat Ivan Tchonkine», est mort à l’âge de 86 ans d’une crise cardiaque, ont annoncé samedi ses proches.

«Vladimir Nikolaïevitch [Voïnovitch] est mort», a dit à l’agence publique de presse TASS un membre de la famille de l’écrivain, dont les livres ont été traduits dans plusieurs langues.

Le ministre de la Culture, Vladimir Medinski, a salué un «écrivain au grand talent, auteur de paroles de chansons appréciées, un homme à la position citoyenne responsable et active».

«Son oeuvre a toujours été une vision aiguisée de la réalité, habilement véhiculée par un langage vivant et fascinant», a-t-il ajouté, cité par TASS, saluant la contribution de Vladimir Voïnovitch au «renforcement de la liberté d’expression, au développement des principes d’égalité, de compréhension mutuelle et d’harmonie sociale» en Russie.

Né en 1932 à Stalinabad, au Tadjikistan soviétique, Vladimir Voïnovitch s’est d’abord fait connaître en tant qu’auteur satirique, avec notamment Les Aventures singulières du soldat Ivan Tchonkine, un roman ayant circulé sous le manteau et publié à l’Ouest, qui expose les absurdités du totalitarisme.

Proche d’autres dissidents de l’époque, il est exclu de l’Union des écrivains soviétiques en 1974 puis contraint d’émigrer en Allemagne quelques années plus tard après avoir été déchu de sa nationalité.

Également auteur de textes de chansons, il retourne en Russie après la dissolution de l’Union soviétique et poursuit son travail d’écrivain, souvent critique des nouvelles autorités russes.

En 2002, il présente un pamphlet s’attaquant au «mythe» du génie du prix Nobel de littérature et ex-dissident soviétique Alexandre Soljenitsyne, mort en 2008.

Livres

Spirou: 80 ans et plusieurs dessinateurs plus tard

SAINT-MALO — Spirou, créé en 1938 par l’éditeur belge Jean Dupuis et le dessinateur français Rob-Vel, a pris ses quartiers d’été à Saint-Malo, dans le nord-ouest de la France, pour une exposition qui dévoile ses différentes transformations, d’un dessinateur à l’autre.

Car si à 80 ans Spirou n’a pas pris une ride, il a changé régulièrement de traits et l’illustre groom doit ses transformations physiques aux crayons de plusieurs dessinateurs.

«Grâce aux 150 pages exposées, on voit nettement les graphismes de la bande dessinée évoluer. Chaque dessinateur s’est approprié l’univers de Spirou», explique Gérard Cousseau, commissaire de l’exposition Chapeau bas Spirou, organisée par Quai des bulles, association du festival de bande dessinée du même nom.

Parmi les dessinateurs, l’un des plus importants est Rob-Vel, sans qui Spirou n’aurait jamais existé. Un espace lui est dédié dans un paquebot reconstitué.

«Dupuis voulait que Spirou soit un écolier, mais Rob-Vel trouvait que cela limitait les possibilités d’histoire. En prenant régulièrement les navettes entre New York et Le Havre, il voyait de jeunes mousses de sonnerie, les ancêtres des grooms. Cela l’a tout de suite inspiré pour dessiner Spirou», explique le commissaire.

Il était naturel pour les responsables de l’exposition de rendre hommage à celui qui a créé l’âme de Spirou... d’autant plus que Rob-Vel a passé les dernières années de sa vie à Saint-Malo et y est même enterré. Une statue en bronze à son effigie a été conçue spécialement pour l’événement et sera ensuite installée sur une place de la cité corsaire.

L’exposition n’oublie pas les autres dessinateurs majeurs de la bande dessinée, parmi lesquels Jijé, Franquin, Fournier, Nic, Janry, Munuera et Yohann, l’actuel dessinateur du groom.

Marsupilami et Palombie

Mais d’un dessinateur à l’autre, Spirou n’a pas toujours eu le même succès. «Avec l’exposition, tout le monde est capable de voir la différence entre un bon et un très grand dessinateur. Le lecteur est exigeant et attaché à l’apparence des personnages», explique M. Cousseau.

C’est sous Franquin que Spirou connaît son âge d’or. «Il a apporté le côté aventure aux bandes dessinées de Spirou. Il en a fait de véritables films en alternant les gros plans, les plans moyens, les vues du dessus et les contre-plongées. Franquin sait absolument tout dessiner là où d’autres dessinateurs s’arrachent les cheveux», assure le commissaire.

C’est aussi lui qui dans Spirou créa les personnages de Gaston Lagaffe, du Marsupilami, du comte de Champignac ou encore de Seccotine. «Spirou est le personnage principal, mais pas forcément le plus intéressant. Avec Franquin, les personnages secondaires prennent le dessus», estime M. Cousseau.

Le Marsupilami se cache d’ailleurs dans une reconstitution de la Palombie au sein de la chapelle Saint-Sauveur qui accueille l’exposition. «Franquin ne s’est pas contenté d’inventer des personnages fabuleux, il a aussi créé un pays», sourit le commissaire.

Le conte de Champignac a aussi son propre espace où il mène une drôle d’expérience pour agrandir le chapeau de Spirou. Placées au centre de la chapelle, 14 planches originales de Rob-Vel, Fournier, Yoann et Munuera se cachent en dessous de l’énorme couvre-chef rouge.

En parallèle de l’exposition, ouverte jusqu’au 14 octobre, plusieurs animations dont des cafés BD, des BD concerts, une chasse au trésor ou encore des ateliers pour les enfants sont organisés dans tout Saint-Malo.

Arts

Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

The Now Now, album pop-rock de Gorillaz ***1/2

Damon Albarn a pris une sage décision pour The Now Now, successeur du très bon, mais démesuré Humanz (2017): la concision. Moins d’invités (seulement Snoop Dogg et Jamie Principle sur la hip hop Hollywood et le guitariste George Benson sur Humility) et aucune chanson qui dépasse les cinq minutes. En fait, ce remarquable sixième effort ressemble de moins en moins au groupe «virtuel» totalement éclaté de Gorillaz (2001) et Demon Days (2005) et de plus en plus à la créature de l’ex-chanteur de Blur. Même sur le plan musical, The Now Now, avec ses accents mélancoliques post-new-wave, s’apparente beaucoup plus à la suite logique d’Everyday Robots (2014), seul album «solo» d’Albarn, qu’à un nouveau Gorillaz. Ce n’est donc pas une rupture, mais une continuité. Très down tempo avec une basse ronflante, des accents disco et une abondance de claviers, l’ensemble reflète les inquiétudes et le spleen très anglais de son parolier. The Now Now, comme son titre l’indique, se veut un disque très actuel, tout en assumant son héritage musical. Damon Albarn continue de nous fasciner.  Éric Moreault

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Livres

Le livre français «très dynamique» à l’international... à condition d’être traduit

PARIS — Près de 13 500 titres français ont été cédés à des éditeurs étrangers en 2017, générant une source de revenus importante pour les maisons d’édition, selon le rapport annuel du Syndicat national de l’édition (SNE) publié jeudi.

L’année 2017 a été morose pour le secteur de l’édition avec un chiffre d’affaires global en baisse de 1,61% à 2,79 milliards d’euros (4,29 milliards $) et des ventes en recul de 1,05% avec 430 millions d’exemplaires écoulés (contre plus de 434 millions en 2016), mais dans ce paysage un peu sombre, on relève l’«activité très dynamique à l’international», se réjouit le SNE dans son rapport.

Le nombre de contrats de cessions, de droits de traductions et de coédition a progressé de 9,4% par rapport à l’an passé.

Comme l’an passé, la Chine reste un eldorado pour les éditeurs français avec quelque 2400 titres cédés (ou coédités) à des éditeurs chinois. Le chinois reste aussi la principale langue de traduction des ouvrages français (16% du total) devant les langues italienne (9%), espagnole (9%), allemande (6%) et anglaise (6%).

Le produit des cessions de droits a rapporté près de 138 millions d’euros (212 millions $) aux éditeurs (en hausse de 4,37% par rapport à 2016). Par le revenu qu’elles génèrent, les cessions de droits «participent à l’équilibre financier des maisons d’édition», a souligné le syndicat professionnel des éditeurs.

Ce sont les titres de littérature jeunesse, de bande dessinée et de fiction qui ont le plus de succès. À elles seules, ces trois catégories représentent 72% des titres cédés à des éditeurs étrangers.

À l’inverse, le nombre de titres étrangers traduits en français s’élève à 12 340 contre 13 089 en 2016, soit une baisse de 5,7%.

L’anglais demeure la langue la plus largement traduite vers le français avec 7642 titres, soit 62% du total. Le japonais (13%), l’allemand (6%) et l’italien (5%) arrivent ensuite.

Mystère hongrois

À l’export, les livres en français ne font pas mauvaise figure, et pas seulement dans le monde francophone.

Le chiffre d’affaires généré par le livre français à l’export est stable à 667,1 millions d’euros (1,02 milliards $) par rapport à 2016 et participe à hauteur de 18,8% au chiffre d’affaires global de l’édition française.

La majorité (53,2%) des livres exportés en français l’ont été sans surprise vers la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et le Canada, notamment au Québec, mais les ventes ont progressé dans l’ensemble de l’UE, notamment en Pologne (+55%) et surtout en Hongrie (+222%) pour des raisons que le SNE ne parvient pas à expliquer.

Les exportations de livres en français vers le Maghreb accusent une baisse sensible sauf au Maroc, et sont stables en Afrique francophone subsaharienne.

Malgré la crise économique provoquée par l’afflux massif de réfugiés en provenance de Syrie, le Liban, îlot francophone au Proche-Orient, garde sa place de 11e marché des exportations de livres français avec des achats atteignant près de 10 millions d’euros (15,4 millions $), selon les statistiques des douanes.

Alors que les auteurs ont de plus en plus de mal à vivre de leur plume, le rapport du SNE note que les droits d’auteur ont progressé de 1,64% par rapport à 2016 et que leur montant s’élève à 476,2 millions d’euros (731,6 millions $).

Concernant la production éditoriale, le SNE a recensé la parution de 104 671 titres en 2017, dont 47 538 nouveautés. Mais si le nombre de titres a légèrement progressé par rapport à 2016, les éditeurs se sont montrés «extrêmement prudents» pour les tirages.

Qu’il s’agisse des réimpressions et plus encore des nouveautés, les éditeurs font désormais le choix d’imprimer moins d’exemplaires.

La production en nombre d’exemplaires est ainsi passée de 553 millions en 2016 à 552,8 millions en 2017. Le tirage moyen d’un livre est d’environ 5000 exemplaires seulement.

L’édition en format numérique continue de progresser avec un chiffre d’affaires de 201,7 millions d’euros (309,9 millions $) en progression de 9,8% par rapport à 2016.

Livres

Lucky Luke quitte le Far West pour Paris

PARIS — Lucky Luke, le cow-boy qui tire plus vite que son ombre, va pour la première fois quitter les grandes plaines de l’Ouest américain pour venir à Paris, a annoncé lundi son éditeur.

Intitulé Un cow-boy à Paris, le prochain album de Lucky Luke dont la sortie en librairie est prévue le 7 novembre, verra le célèbre cow-boy créé par Morris et Goscinny découvrir «la splendeur de la ville lumière et le mode de vie de ses autochtones, les Parisiens», indique Lucky Comics, filiale du français Dargaud, dans un communiqué.

Comme le précédent album, La terre promise, publié en novembre 2016, ce nouvel opus est signé par les Français Achdé pour les dessins et Jul (Silex and the city) au scénario.

«Je suis parti en me demandant quel grand événement s’était produit entre 1860 et 1886, les dates correspondant aux histoires des albums de Lucky Luke. Et là, j’ai découvert celle de la Statue de la liberté», explique Jul dans ce communiqué.

Avec Bartholdi

En fait, tout commence naturellement au Far-West. Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d’achever la future Statue de la liberté. Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français jusqu’à Paris.

«Tout est vrai sur le fond», soutient Jul. «Bartholdi a en effet écumé les États-Unis avec le bras de sa statue pour récolter de l’argent... Cela collait très bien à l’ADN de la série: des faits historiques avérés, un personnage un peu hurluberlu et ce voyage qui permet des rencontres improbables. Je me suis beaucoup amusé à le faire», ajoute le scénariste.

Jusqu’à présent, les lecteurs de la série étaient plutôt habitués à voir des Européens découvrir le Nouveau Monde. On se souvient notamment du prince russe dans Le Grand duc, de l’aristocrate anglais dans Le pied-tendre ou du psychanalyste viennois dans La guérison des Dalton.

Chaque album de Lucky Luke constitue un événement dans le monde de l’édition. La terre promise avait ainsi largement dépassé les 500 000 exemplaires.

Livres

Dominique Demers lance un nouveau plaidoyer pour la lecture dans les écoles

Au début du mois, les librairies indépendantes du Québec ont reçu un beau mandat : 20 000 exemplaires de l’album «L’été de la Petite Baleine», de Dominique Demers et Gabrielle Grimard, à écouler à 1 $ pièce. Le mot s’étant passé efficacement, les livres se sont tous envolés en une heure à peine. Un succès qui a d’abord réjoui l’auteure du livre, mais qui s’est vite transformé en boule dans la gorge, quand elle a constaté à quel point les enseignants se sont rués en magasin pour essayer de renflouer leurs bibliothèques de classe, et combien de parents ont été déçus de ne pouvoir profiter de l’offre.

«J’avais le motton. Ça me catastrophe, ça me désole. Il y a un besoin criant dans les familles, et c’est ce à quoi je voulais pallier, ajouter mon petit grain de sel. Mais il y a aussi des gros besoins dans les écoles. Les bibliothèques scolaires, au primaire du moins, et je l’écrivais déjà il y a 30 ans, sont des navires sans capitaines, qui reposent sur le bénévolat. C’est la foire. Ça ne s’est pas amélioré beaucoup», constate Dominique Demers. «Je comprends les enseignants, ça me crève le cœur qu’ils aient fait la file un samedi matin pour payer ça de leur poche», s’attriste celle qui milite depuis des années pour l’accès à la lecture pour les enfants. 

Ce projet de distribution est loin d’être un coup de pub, tient à préciser l’écrivaine. Il est né d’une urgence profonde d’agir, de faire bouger les choses. La campagne Lire pour emmieuter le monde se voulait d’abord une façon d’offrir un livre pour presque rien aux parents défavorisés. C’est Sylvie Payette, de la maison d’édition Dominique et Compagnie (qui n’est pas la sienne, rappelle toujours avec soin Dominique Demers), qui a proposé d’utiliser la série du Petit Gnouf pour ce faire. Le petit personnage et son amie Mirabelle ont comme mission d’emmieuter le monde, justement. 

Livres

L’homme au cœur du scandale Nobel accusé de deux viols

COPENHAGUE — Deux accusations de viol ont été déposées mardi contre l’homme qui se retrouve en plein cœur de la crise qui déchire l’Académie suédoise qui décerne chaque année le prix Nobel de littérature.

Jean-Claude Arnault, un personnage culturel important en Suède et le mari de la poète Katarina Frostenson, une membre de l’Académie, est accusé d’avoir violé deux fois la même femme en octobre et en décembre 2011.

Un viol aurait été commis avec violence et l’autre pendant que la victime dormait.

La procureure Christina Voigt a déclaré que les preuves contre M. Arnault sont «robustes et suffisantes pour justifier des accusations».

M. Arnault a systématiquement nié avoir quoi que ce soit à se reprocher, mais Mme Voigt affirme que sept témoins corroborent les accusations de la victime.

L’Académie avait déjà admis qu’un comportement inacceptable prenant la forme d’une intimité non désirée s’était produit dans ses rangs. Ses 18 membres avaient ensuite fait voir qu’ils étaient divisés sur la stratégie à adopter pour affronter le problème, au point où sept d’entre ont pris leurs distances de l’Académie.

L’Académie a annoncé au début du mois de mai que le prix Nobel de littérature ne serait pas octroyé cette année, pour la première fois depuis 1943.

L’automne dernier, un grand quotidien suédois, le Svenska Dagbladet, a publié les témoignages de 18 femmes qui accusaient M. Arnault d’inconduite sexuelle.

Tout récemment, le quotidien rapportait que M. Arnault s’est livré à des attouchements sur la princesse suédoise Victoria il y a 12 ans, quand il aurait laissé sa main glisser de sa nuque jusqu’à son postérieur. Un membre de l’entourage de la princesse a rapidement retiré la main, selon la publication qui cite trois sources non identifiées.

M. Arnault est aussi soupçonné d’avoir contrevenu à des règles centenaires en laissant couler les noms des lauréats du prix prestigieux, possiblement à sept reprises depuis 1996. On ne sait pas à qui les noms auraient été dévoilés.