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Livres

Barbara Cassin est devenue immortelle

PARIS — «Ni globish ni nationalisme», a affirmé jeudi à Paris devant ses pairs la philosophe et philologue Barbara Cassin, en devenant la neuvième femme à être officiellement accueillie à l’Académie française depuis sa création en 1635.

«Nous voulons contribuer à fabriquer une Europe résistante, qui refuse de s’en tenir à cette non-langue de pure communication qu’est le global english, dont les principales œuvres sont les dossiers de demandes de subvention, ces “soumissions” que classeront des “experts à haut niveau”», a insisté la nouvelle académicienne dans le discours d’éloge à son prédécesseur, le musicologue et musicien Philippe Beaussant.

«Nous refusons que nos langues, celles que nous parlons, le français, l’anglais lui-même [celui de Shakespeare, d’Emily Dickinson ou de Churchill], deviennent de simples dialectes, à parler chez soi», a poursuivi l’auteure de «l’éloge de la traduction».

«Nous nous opposons tout aussi fermement à la hiérarchie des langues et à leur prétention auto-proclamée à un génie supérieur», a souligné la philosophe, qui a choisi pour devise, gravée sur son épée high-tech, une phrase empruntée à Jacques Derrida : «Plus d’une langue».

«La singularité d’une langue, la force de son génie, la richesse de ses œuvres ne conduisent pas à la fermeture sur soi de cette langue ni du peuple qui la parle. Ce serait là faire le lit du pire des nationalismes. Il faut soutenir avec Umberto Eco que: “La langue de l’Europe — et peut-être la langue du monde —, c’est la traduction”», a insisté la philosophe qui aura 72 ans dans quelques jours.

Passionnée par la diversité des langues, Barbara Cassin a salué «l’importance, pour la France et pour le français, des langues parlées en France, toutes».

Elle a critiqué le gouvernement, qui avait décidé d’augmenter les droits d’inscription à l’université des étudiants étrangers. «À cause de la hausse différentielle des droits d’inscription» des étudiants étrangers «vont, bon gré mal gré, parler anglais en Chine», a-t-elle déploré, avant de se réjouir de la récente décision du Conseil constitutionnel qui a retoqué cette décision.

Arts et spectacles

La femme de personne: reine de sa destinée

Anne-Marie Desbiens s’est illustrée, l’an dernier, avec la parution de son premier roman d’époque, La jeune fille du rang, vendu à plus de 6000 exemplaires. Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour retrouver sa plume, cette fois sous le titre de La femme de personne. Sans être une suite au premier, ce nouvel ouvrage met cette fois en lumière Thérèse, la fougueuse cousine de Françoise, son héroïne de La jeune fille du rang.

« Ce roman est en effet dérivé d’un personnage secondaire de mon premier livre. Les deux peuvent se lire indépendamment, mais c’est le même univers, laisse entendre l’écrivaine. Mon éditrice m’a suggéré de reprendre le personnage de Thérèse pour en faire ma nouvelle héroïne. On l’aime tellement. Elle a deux ans de plus que Françoise, elle est très ambitieuse, elle a 35 ans, elle adore travailler, même si elle est mariée avec un enfant. Sa devise pourrait être “la fin justifie les moyens” ».

Livres

Margaret Atwood remporte son deuxième prix Booker pour «Les Testaments»

LONDRES — La célèbre écrivaine canadienne Margaret Atwood a remporté le deuxième prix Booker de sa carrière, mais cette fois-ci, elle doit le partager avec sa collègue britannique Bernardine Evaristo.

Dans une décision inhabituelle, le jury a choisi de faire une entorse au règlement pour décerner le prix 2019 aux deux autrices lors de la cérémonie présentée lundi soir à Londres.

Margaret Atwood est récompensée pour «Les Testaments», qui constitue la suite très attendue de son succès international «La Servante écarlate». Elle devient la quatrième double lauréate du prix.

De son côté, Bernardine Evaristo remporte le prix pour Girl, Woman, Other, qui n'a pas encore de traduction française. Elle devient également la toute première femme noire à obtenir le prix depuis sa création en 1969.

Lors de la cérémonie, Margaret Atwood s'est dite étonnée d'obtenir à nouveau cette reconnaissance alors qu'elle se considère «trop âgée», ajoutant qu'elle n'a pas besoin de toute cette attention.

«Ç'aurait été plutôt embarrassant pour moi, une bonne Canadienne, parce qu'on ne fait pas dans la célébrité. On trouve cela de mauvais goût», a-t-elle déclaré en se réjouissant de partager le triomphe avec Bernardine Evaristo.

À son tour, la co-lauréate a qualifié Mme Atwood de «légende».

Le prix Booker est considéré comme l'un des plus prestigieux de la littérature de langue anglaise et est assorti d'une bourse de 50 000 livres, soit environ 83 500 $. Les co-lauréates vont devoir se partager le prix.

Dans le communiqué de presse publié par l'organisation, on confirme que le jury a dérogé aux règles du concours. Depuis 1993, les règles précises qu'un seul lauréat peut être nommé. Toutefois, le prix a déjà été décerné à des co-lauréats en 1974 (Nadine Gordimer et Stanley Middleton) et en 1992 (Michael Ondaatje et Barry Unsworth).

En 2000, Margaret Atwood avait mis la main sur son premier prix Booker pour son roman «Le Tueur aveugle». Elle a été mise en nomination six fois.

Dans l'industrie du livre, «Les Testaments» est pressenti pour être l'un des meilleurs vendeurs de l'année, en raison notamment de l'immense popularité de la série télévisée inspirée du premier volet «La Servante écarlate», publié en 1985.

Un juge du prix Booker a qualifié le roman de Mme Atwood de «beau et sauvage», soulignant que son message est livré «avec conviction et puissance».

«On aime son observation de la complicité, de la résilience et de la résistance. On aime la langue, la puissance de sa manière de raconter. On aime l'ambition.»

Au sujet du huitième livre de fiction de Mme Evaristo, Girl, Woman, Other, le jury a dit avoir été charmé par la manière dont le roman donne la parole à des gens «qui ne peuvent pas toujours s'exprimer» et qui «rend visible l'invisible».

Le président du jury Peter Florence a soutenu que ce n'est pas par incapacité de nommer un gagnant que le comité a tranché pour deux co-lauréates, mais tout simplement parce qu'il «y avait deux romans que l'on voulait désespérément voit gagner».

Livres

Scandale Nobel: décès de l’ex-secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise Sara Danius

STOCKHOLM — L’essayiste Sara Danius, première femme devenue secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, qui décerne le prix Nobel de Littérature, et qui se trouvait à la tête de l’institution quand y éclaté un scandale d’agressions sexuelles, est décédée samedi des suites du cancer.

Sara Danius, qui en 2014 avait annoncé souffrir d’un cancer du sein, «est décédée (...) à 57 ans», a annoncé à l’AFP l’académie.

Sa mort survient deux jours seulement après l’attribution par le comité Nobel de l’Académie suédoise du prix de littérature 2018, à la Polonaise Olga Tokarczuk, et le prix 2019 à l’Autrichien Peter Handke.

Professeure de littérature à l’université de Stockholm, Sara Danius était entrée à l’Académie en 2013 et en était devenue deux ans plus tard la secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste depuis la création de la «Svenska Akademien» en 1786.

Fonction prestigieuse qui a fait de cette intellectuelle passionnée de mode la voix et le visage de l’académie lors de l’annonce du Nobel de littérature devant les caméras du monde entier entre 2015 et 2017.

Elle a ainsi présidé au sacre de la Bélarusse Svetlana Alexievitch, mais surtout à celui du chanteur américain Bob Dylan, un choix assumé par Sara Danius mais qui avait suscité de vives réactions dans le monde des lettres.

En octobre 2017, l’académie avait attribué le prix Nobel à l’écrivain britannique Kazuo Ishiguro, perçu comme l’expression d’un retour à l’orthodoxie pour un cénacle chahuté tant en ses murs qu’à l’extérieur.

Mais quelques semaines plus tard, en plein mouvement  #MeToo, 18 femmes accusaient de harcèlement et d’agressions, dans une tribune publiée par le quotidien de référence Dagens Nyheter, une personnalité influente de la scène culturelle suédoise.

Marié à une académicienne, Jean-Claude Arnault, un Français septuagénaire, recevait également de généreux subsides de l’académie, se vantait d’en être le «19e membre» et, selon des témoins, soufflait le nom des futurs lauréats du Nobel à ses amis.

Le scandale avait mis au jour le fonctionnement opaque de l’académie, les rivalités entre ses membres, la dénonciation par les soutiens de Sara Danius des forces du «patriarcat» à l’oeuvre en son sein, et la culture du silence qui protégeait le Français.

L’Académie suédoise a depuis connu une hémorragie de membres. Mme Danius avait elle-même abandonné ses prérogatives de secrétaire perpétuelle en avril 2018 tout en conservant son fauteuil.

Privée du quorum de membres siégeant prévu dans ses statuts pour désigner un lauréat, elle avait dû reporter l’annonce du Nobel 2018 d’un an, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis les postes vacants ont été pourvus, les statuts de l’académie réformés.

En février 2019, Sara Danius avait annoncé qu’elle rendait définitivement son fauteuil à l’académie.

Livres

Nobel à Handke: indignation dans les Balkans

BELGRADE — L’attribution du Nobel de littérature à Peter Handke a beaucoup indigné dans les Balkans, mais ailleurs, des voix d’écrivains s’élèvent aussi pour s’offusquer de cette consécration offerte à un admirateur de Slobodan Milosevic.

Des artistes, comme son vieil ami le cinéaste allemand Wim Wenders, sont heureux de ce choix qui consacre un grand écrivain. Nobel 2004, Elfriede Jelinek estime que son compatriote «aurait dû l’avoir avant» elle, tandis que la Polonaise Olga Tokarczuk est «contente» d’avoir été honorée en même temps que Peter Handke qu’elle «apprécie particulièrement».

«Depuis plus de 50 ans, Handke le poète compose une littérature universelle. Cela est plus important que les chemins d’errance politique sur lesquels il s’est fourvoyé», écrit le quotidien autrichien Die Presse.

Mais d’autres auteurs de premier plan ont exprimé sur Twitter leur incompréhension, comme la romancière américaine Joyce Carol Oates, qui a pu être citée comme lauréate potentielle: «Qu’est-ce que c’est que cette sympathie pour les massacreurs plutôt que pour les victimes? D’ordinaire, les écrivains se rangent instinctivement du côté des opprimés et des démunis».

«Appétit pour le scandale» 

«J’ai écrit il y a vingt ans sur les idioties de Handke», écrit le Britannique Salman Rushdie. Tout comme Susan Sontag, très mobilisée dans la défense de Sarajevo pendant son siège par les forces serbes (1992-95), Salman Rushdie avait vigoureusement critiqué l’Autrichien à la parution de son «Justice pour la Serbie» en 1996. «J’imagine que l’appétit du comité Nobel pour le scandale n’avait pas été rassasié», a ironisé le Britannique Hari Kunzru.

Enfant de Sarajevo qu’il avait quittée juste avant la guerre, le romancier américain d’origine bosnienne Aleksandar Hemon ne cache pas sa colère: «Peter Handke est un négationniste du génocide. Il n’a jamais cessé de soutenir Milosevic. Quelle honte!»

Homme fort de Belgrade pendant cette décennie de sang dans l’ex-Yougoslavie, chantre de la Grande Serbie, Milosevic a été renversé par des manifestations monstres à Belgrade en 2000, et est mort en détention en 2006 alors qu’il attendait son jugement pour génocide, crimes de guerre et contre l’humanité.

Il devait notamment répondre de sa responsabilité dans le siège imposé par les forces serbes à Sarajevo (1992-95, 11.000 morts) et le massacre de 8000 hommes et adolescents bosniaques à Srebrenica en juillet 1995, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale.

Peter Handke s’était rendu aux obsèques de Milosevic, à Pozarevac dans le nord de la Serbie. Il s’était aussi opposé aux bombardements occidentaux sur la Serbie en 1999, qui avaient forcé Belgrade à retirer ses troupes du Kosovo où elles affrontaient une guérilla indépendantiste kosovare albanaise.

«Fin novembre, lorsqu’il neigera» 

Dans un éditorial virulent, le quotidien britannique The Times a dénoncé le «choix pervers» du comité Nobel et dénoncé «une insulte aux victimes de génocide».

Dans les Balkans, la polémique s’est poursuivie vendredi. Lancée au Kosovo, une pétition réclamant le retrait du Prix Nobel avait recueilli près de 30 000 signatures vendredi après-midi. «Tout écrivain qui pense que son “génie” le place en dehors des catégories du Bien et du Mal ne peut prétendre se désigner comme être humain», a dénoncé l’écrivain bosnien Faruk Sehic pour qui Handke est un «apologiste du Mal».

En Serbie, le sacre de Handke a été accueilli dans l’indifférence du plus grand nombre. Le quotidien proche du pouvoir Vecernje Novosti offre toutefois sa Une à l’écrivain autrichien qui a accordé plusieurs entretiens aux médias serbes, dont celui à Radio Belgrade où il annonce sa venue «fin novembre, lorsqu’il neigera».

Les guerres dans l’ex-Yougoslavie, en Bosnie (1992-95), en Croatie (1991-95) et au Kosovo (1998-99), ont fait plus de 130.000 morts et des millions de réfugiés.

Livres

Les auteurs Olga Tokarczuk et Peter Handke nobélisés

STOCKHOLM — Le prix Nobel de littérature a été décerné jeudi à deux écrivains européens : la Polonaise Olga Tokarczuk, saluée pour son «imagination narrative», pour l’édition 2018 reportée d’un an, et, pour 2019, l’Autrichien Peter Handke, qualifié d’«héritier de Goethe», mais dont les positions proserbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie avaient suscité de violentes polémiques.

Quinzième femme seulement à recevoir le Graal des écrivains depuis sa création en 1901, Olga Tokarczuk est récompensée pour «une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie», a déclaré le secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise, Mats Malm, à Stockholm.

«Héritier de Goethe» pour les académiciens suédois, Peter Handke est distingué pour une œuvre qui, «forte d’ingénuité linguistique, a exploré la périphérie et la singularité de l’expérience humaine».

L’écrivain, qui vit près de Paris, s’est dit «étonné» par cette récompense, une décision qu’il a qualifiée de «très courageuse», «après toutes les querelles» suscitées par son œuvre.

Auteur controversé, M. Handke avait au cours de sa carrière appelé à «supprimer» le Nobel de littérature, «une fausse canonisation» qui «n’apporte rien au lecteur».

Devant la presse jeudi, il s’est pourtant dit «ému» depuis qu’il a reçu l’appel de l’académicien Anders Olsson lui annonçant la nouvelle. «À cause des problèmes que j’ai eus il y a 20 ans, je n’aurais jamais pensé qu’ils me choisiraient», a-t-il dit.

Des voix se sont aussitôt élevées, en Bosnie et au Kosovo, pour dénoncer l’attribution du Nobel de littérature à celui qui y est vu comme un admirateur de l’ex-président serbe Slobodan Milosevic et un «négationniste» des crimes durant les guerres dans l’ex-Yougoslavie.

Les deux écrivains succèdent dans le palmarès du Nobel au romancier britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro, auteur des Vestiges du jour, consacré en 2017.

Olga Tokarczuk, 57 ans, est considérée comme la plus douée des romanciers de sa génération en Pologne.

Son œuvre, qui compte une douzaine d’opus traduits dans plus de 25 langues, va d’un conte philosophique, Les Enfants verts (2016), à un roman policier écologiste engagé et métaphysique Sur les ossements des morts (2010), en passant par un roman historique de 900 pages Les livres de Jakob (2014).

«C’est un honneur et une source de fierté», a réagi la femme de lettres, jointe par l’AFP par téléphone alors qu’elle voyageait en voiture à travers l’Allemagne, où elle doit rencontrer des lecteurs dans la soirée à Bielefeld.

Engagée politiquement à gauche, écologiste et végétarienne, l’écrivaine, la tête toujours couverte de dreadlocks, n’hésite pas à critiquer la politique de l’actuel gouvernement polonais, conservateur et nationaliste.

Elle «pense maintenant à la Pologne et aux Polonais, qui vivent des moments difficiles, qui ont devant eux des élections dimanche, décisives pour la forme que prendra la démocratie, voire carrément pour la survie de la démocratie».

Prolifique et polémique

Olga Tokarczuk a aussitôt félicité Peter Handke. «Je suis contente que Peter Handke, que j’apprécie particulièrement, ait reçu ce prix en même temps que moi», rapporte le quotidien polonais Gazeta Wyborcza. «C’est formidable que l’Académie suédoise ait apprécié la littérature d’Europe centrale. Je suis contente qu’on tienne encore le coup.»

Auteur lui aussi très engagé, Peter Handke, 76 ans, qui a publié plus de 80 ouvrages, est un des écrivains de langue allemande les plus lus et les plus joués dans le monde.

Il publie son premier roman, Les frelons, en 1966, avant d’accéder à la notoriété avec L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty, en 1970, adapté au cinéma par Wim Wenders, puis Le malheur indifférent (1972), bouleversant requiem dédié à sa mère.

Selon l’académie, Handke s’est dit très heureux et a assuré qu’il viendrait chercher son prix — 9 millions de couronnes (environ 1,2 million $), une médaille et un diplôme — le 10 décembre à Stockholm.

Handke est aussi un intellectuel en lutte contre les conventions, au prix de violentes polémiques, notamment en raison de ses prises de position proserbes. En 2006, il avait provoqué un tollé en se rendant aux funérailles de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, accusé de crimes contre l’humanité et de génocide.

«Handke n’est pas un écrivain politique», a justifié le président du comité Nobel de littérature, Anders Olsson.

«Un admirateur de Milosevic, doublé d’un négationniste, reçoit le prix Nobel de littérature», titrait de son côté le quotidien du Kosovo, Koha Ditore, alors qu’en Serbie des journaux saluaient l’attribution du prix à un «ami des Serbes».

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Le Nobel de littérature va sacrer deux lauréats pour retrouver son lustre

STOCKHOLM — Le temple des lettres détruit par une affaire d’agression sexuelle en plein cataclysme #MeToo, l’Académie suédoise avait dû réserver le Nobel de littérature 2018 : il y aura donc jeudi deux lauréats, dont au moins une lauréate à en croire les oracles.

Le scandale avait jeté une lumière noire sur les coulisses d’une institution rongée par les intrigues et les prébendes, ébranlant le récit national d’un pays luthérien édifié sur les valeurs de transparence, de probité et d’égalité.

Après l’intervention du roi, des démissions en chaîne, une réforme des statuts et de violentes invectives par journaux interposés, les gardiens du temps aspirent à ne plus désormais parler que de prose et de vers.

Comme chaque année depuis 1901, les salons bruissent d’une pléiade de noms, quand bien même l’académie garde secret jusqu’au dernier instant le vote de ses 18 membres.

Ils ne sont pas mieux informés que les preneurs aux livres, qui misent sur l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, le Kényan Ngugi Wa Thiong’o et la poétesse canadienne Anne Carson.

Plongée dans la tourmente depuis l’automne 2017, l’Académie suédoise («Svenska Akademien»), créée en 1786 sur le modèle de son aînée française, avait dû reporter d’un an l’annonce du Nobel 2018, pour la première fois depuis 70 ans.

L’institution était minée par les dissensions sur la manière de gérer les révélations d’agressions sexuelles d’un Français, Jean-Claude Arnault, personnalité influente de la scène culturelle suédoise.

Marié à une académicienne, Jean-Claude Arnault recevait de généreux subsides de l’académie, se vantait d’en être le «19e membre» et, selon des témoins, soufflait le nom des futurs lauréats du Nobel à ses amis.

Les académiciens se sont déchirés à l’occasion de cette crise, entraînant des démissions en cascade, dont celle de la secrétaire perpétuelle Sara Danius. Jean-Claude Arnault, lui, a été condamné à deux ans et demi de prison pour viol.

Les noms des lauréats du Nobel de littérature doivent être dévoilés jeudi à 9h.

Les critiques interrogés par l’AFP prédisent des choix consensuels, dont celui d’au moins une femme, peut-être la Chinoise Can Xue, la Russe Lioudmila Oulitskaïa, l’Américaine Joyce Carol Oates, ou encore la Polonaise Olga Tokarczuk.

Chez les hommes, sont avancés les noms du poète et romancier roumain Mircea Cartarescu, du Japonais Haruki Murakami, du Français Milan Kundera.  

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Le «Petit Spirou» orphelin avec la mort de Philippe Tome

BRUXELLES — Le scénariste belge de bande dessinée Philippe Tome, créateur avec son complice Janry du «Petit Spirou», est décédé samedi à 62 ans, ont annoncé Les Amis de Spirou et les éditions Dupuis.

«S’il y a un paradis pour les auteurs de Spirou, Rob-Vel, Jijé, Franquin et Nic viennent d’accueillir un nouveau. C’est avec une grande tristesse que nous venons d’apprendre la mort de Philippe Tome, survenue hier à l’âge de 62 ans», ont écrit dimanche sur leur page Facebook Les Amis de Spirou.

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Marie Laberge : la grande traversée de l'existence

Les auteurs sont des créatures fascinantes, dont la sensibilité capte le monde ambiant pour nous le restituer dans une nouvelle forme. «Presque tous mes romans se basent sur une sorte de question qui surgit, de l’actualité probablement, mais je ne sais pas toujours laquelle, je n’en garde pas la trace», opine Marie Laberge.

Son dernier roman, Traverser la nuit, est paru cette semaine. Il suit le destin d’Emmy, une femme à la vie difficile, abandonnée à la naissance dans un pensionnat dont elle découvrira plus tard qu’il appartenait au réseau des pensionnats autochtones. C’est à cet endroit qu’elle nouera une amitié fulgurante avec Maikaniss, une jeune innue arrachée à sa famille, dont le destin tragique rejoint, dans une étonnante synchronicité, celui des 2800 enfants autochtones décédés dans les pensionnats dont les noms ont été dévoilés cette semaine même par le Centre national pour la vérité et la réconciliation. 

Emmy n’est pas autochtone, elle est simplement dépossédée et déshéritée dès sa naissance d’une mère alcoolique et d’un père anonyme. Au moment de faire l’entrevue avec Marie Laberge, la longue liste d’enfants décédés dans les pensionnats n’avait pas encore été dévoilée. De toute façon, là comme pour le destin complet de ses personnages, Marie Laberge ne décide pas grand-chose : ce sont eux qui s’imposent. «Emmy aurait pu peut-être tomber dans une autre sorte d’orphelinat, mais c’est là qu’elle est tombée», explique-t-elle. 

Et c’est dans cette amitié, où Emmy protège Maikaniss, plus vieille mais plus frêle qu’elle, qu’est semé ce qui permettra au personnage de Traverser la nuit de survivre toutes ces années, sans trop le savoir. «Quand elle la prend dans ses bras parce qu’elle a froid, la petite, c’est elle-même qu’elle réchauffe et c’est dans ce geste-là que toutes les générosités de sa vie vont naître. Ça n’en prend pas tant que ça, de l’amour, pour le connaître et le cultiver», reprend Marie Laberge.

Ceux qu'on ne regarde jamais

Quand on rencontre Emmy Lee, en début de roman, c’est une femme de 50 ans, usée par une vie d’abus, où elle a survécu en s’entourant d’une imposante barricade émotionnelle. Elle quitte son conjoint sur un coup de tête, et s’enfuit à Joliette, où elle essaie de trouver une certaine quiétude. «Il y a des gens qu’on ne regarde jamais, dont on ne tient jamais compte. Des gens qui ne sont rien aux yeux des autres, raconte Marie Laberge. Le personnage d’Emmy m’a beaucoup étonnée. Elle a commencé à me hanter, je la voyais et je ne comprenais pas pourquoi elle était si déshéritée, comment elle pouvait avoir été autant privée de l’essentiel et ne jamais réclamer, ne jamais taper du pied, ne jamais chialer, dans une époque où tout le monde s’empresse de le faire.»

Au fil des pages, l’écrivaine tisse une délicate toile intimiste dans la mémoire d’Emmy, où s’impose d’abord le personnage de Jacky, une vieille femme opiniâtre au corps affaibli dont elle avait soin comme préposée aux bénéficiaires. Sans savoir pourquoi, Emmy s’attache à l’aînée révoltée et se met à noter dans un cahier différentes phrases lancées par Jacky et qu’elle veut méditer, comprendre. «Jacky, c’est une femme qui n’a plus de forces, mais qui intellectuellement est très solide. Et qui, dans ses émotions et dans son cœur, est très généreuse encore. Elle sait qu’elle s’en va, elle ne nie rien. C’est une femme d’une grande intégrité, d’une grande authenticité», raconte Marie Laberge. 

À travers cette relation s’infiltre aussi une certaine réflexion sur la vieillesse et le traitement réservé aux aînés. «Oui, j’ai des préoccupations par rapport à ça, mais ça ne vient pas du fait que je prends de l’âge. Ce n’est pas une angoisse privée, c’est une angoisse sociale et citoyenne, nuance Marie Laberge. J’ai toujours eu dans mes préoccupations personnelles de voir ce qu’on fait de nos enfants et de nos aînés. Pour moi, ce sont les deux franges fragiles de nos sociétés, et ça fait un portrait de qui nous sommes, de nos valeurs. Or, présentement, la façon dont on traite nos aînés, et l’espèce de rejet qu’on a de toute forme apparente d’âge, je trouve que c’est inquiétant», lance l’écrivaine. 

Le destin d’Emmy croisera aussi celui de Raymonde Pépin, qui loue des chambres dans sa grande maison, et qui aidera à sa façon toute particulière la cinquantenaire à se réapproprier sa vie. «Dans notre société, on pense que les gens ne changent jamais. Je pense que ça prend beaucoup de souffrance pour changer, mais ça arrive. Il y a des miracles et Emmy, pour moi, c’est un miracle pour l’espoir», affirme Marie Laberge.

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Patrick Senécal, président d’honneur du Salon du livre de Rimouski

RIMOUSKI — L’écrivain Patrick Senécal sera le président d’honneur du 54e Salon du livre de Rimouski, qui se tiendra du 7 au 10 novembre. L’événement littéraire accueillera aussi des invités d’honneur, dont Laure Waridel et Stanley Péan. Plusieurs activités seront placées sous les thèmes de l’écologie, de l’environnement et des changements climatiques.

À ce jour, 200 écrivains ont confirmé leur présence, dont Marie Laberge, Louise Portal et Larry Tremblay. La centaine de kiosques a déjà trouvé preneurs. «L’an passé, il y avait 300 auteurs, rappelle le directeur du Salon, Robin Doucet. C’est beaucoup! Si on a moins d’auteurs, ce ne sera pas nécessairement une mauvaise nouvelle!» Il précise aussi que le nombre d’activités a été diminué. «La programmation respire un peu plus que ce qu’on a présenté les autres années», fait savoir M. Doucet.

Patrick Senécal donnera des ateliers d’écriture à plus de 200 jeunes provenant d’écoles du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. L’auteur à succès participera également à une activité pré-salon hors des murs présentée le 6 novembre par Paraloeil de Rimouski, alors qu’il prendra part à une discussion avec le public après la projection du film d’horreur autrichien Good Night Mommy. 

«On est contents d’avoir un président comme Patrick Senécal parce que c’est quelqu’un qui aime échanger avec les gens, s’enthousiasme le directeur de l’événement. Il est très accessible. On lui a préparé un programme d’animation où on va le mettre en valeur et les gens vont pouvoir avoir des prétextes pour aller le rencontrer.»

Laure Waridel, dont le dernier livre intitulé L’urgence d’agir, pensées et pratiques pour la transition écologique sortira en librairie dans quelques jours, prononcera la conférence Choisir aujourd’hui ce que sera demain. Elle participera aussi à une table ronde portant sur le thème Agir pour le climat, une question de justice sociale entre les peuples?. Quant à Stanley Péan, il viendra présenter son 25e ouvrage. De préférence la nuit est un recueil qui raconte des anecdotes de jazzmen, surtout de Montréal. 

Conférences variées

Parmi les autres conférenciers, notons le comédien Martin Larocque qui parlera de parentalité et Gérard Bouchard, dont le propos portera sur l’avenir des nations à l’ère de la mondialisation. Par ailleurs, la journaliste retraitée de La Presse Michèle Ouimet présentera Partir pour raconter, où elle relatera 25 ans de reportages dans les zones chaudes de la planète.

Lors d’une conférence de presse tenue mercredi, les organisateurs ont dévoilé l’affiche du Salon du livre de Rimouski 2019, conçue par Sébastien Thibault de Matane. L’illustrateur travaille notamment avec le quotidien The Guardian de Londres et le magazine Time de New York.

Le jury du Prix littéraire Jovette-Bernier a aussi fait connaître sa lauréate 2019. Des sept œuvres proposées par six autrices, c’est Annie Landreville qui récolte le prix et une bourse de 1000 $ pour son dernier recueil de poésie intitulé Date de péremption, publié par les Éditions de la Grenouillère. «Je suis très heureuse que mon nom soit associé à Jovette Bernier, s’est exprimée la lauréate de Rimouski. Ce prix est une occasion de faire connaître la poésie, de la démocratiser. C’est la cinquième fois en 25 ans que le prix est remis pour un livre de poésie.»

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La «Anne Frank polonaise» revit par son journal

VARSOVIE — À peine un an après avoir été embrassée pour la première fois, la jeune Juive Renia Spiegel inscrit dans son journal intime une prière pour demander à Dieu de la laisser en vie.

C’était en juin 1942, elle allait avoir 18 ans. Les nazis allemands venaient d’exterminer tous les Juifs d’un quartier de sa ville de Przemysl, dans le sud de la Pologne. Certains Juifs ont été forcés de creuser leur propre tombe.

«Partout où je regarde, il y a du sang. Quels terribles pogroms. C’est la tuerie, l’assassinat», écrit-elle le 7 juin.

«Dieu tout-puissant, pour la énième fois je m’incline devant toi, aide-nous, sauve-nous! Ô Seigneur Dieu, permets-nous de vivre, je t’en supplie, je veux vivre!»

Un mois et demi plus tard, son petit ami, Zygmunt Schwarzer, Juif mais muni d’un permis de travail lui permettant de se déplacer dans la ville, la cache, avec ses parents à lui, dans le grenier d’une maison à l’extérieur du ghetto juif, au risque de leur vie. Mais un collaborateur les trahit.

Schwarzer, qui a 19 ans, décrit sa mort dans une note ajoutée au journal, qui glace le sang : «Trois tirs! Trois vies perdues! C’est arrivé hier soir à dix heures trente... Ma Renusia chérie, le dernier chapitre de ton journal est clos.»

Après la guerre, le document est récupéré par le jeune homme, avant d’être remis à la mère de l’adolescente assassinée. Puis il passera des décennies dans le coffre d’une banque. Aujourd’hui, près de 80 ans plus tard, il est publié dans le monde entier.

Le Journal de Renia a été mis en vente en anglais en septembre et sera bientôt réédité en polonais. Une quinzaine de traductions sont en préparation.

Renia Spiegel a été surnommée «Anne Frank polonaise», d’après l’adolescente néerlandaise victime de l’Holocauste et auteure du célèbre journal entamé quand elle avait 13 ans.

Renia commence son journal en 1939 à l’âge de 14 ans. Elle vit chez ses grands-parents : sa mère est à Varsovie pour promouvoir la carrière au cinéma de sa petite sœur Ariana, surnommée, elle, la Shirley Temple polonaise.

La jeune fille remplit quelque 660 pages de plusieurs cahiers cousus ensemble, racontant combien sa mère lui manque, rêvant au jeune Schwarzer aux yeux verts, composant des poèmes et insérant des passages donnant plus à réfléchir, sur l’occupation soviétique et nazie de sa ville.

À la fin de chaque entrée, le même appel à l’aide revient, adressé à sa mère et à Dieu.

Sa sœur Ariana, piégée depuis le début de la guerre à Przemysl où elle avait passé l’été 39 chez les grands-parents, a eu la vie sauve grâce au père de sa meilleure amie, qui l’a emmenée par le train à Varsovie.

«Ma vie a été sauvée par un bon chrétien. Risquant la peine de mort, il m’a conduit, comme son propre enfant, chez ma mère», dit à Varsovie la petite dame de 88 ans, qui habite New York.

À l’époque, elle est baptisée et prend le prénom d’Elizabeth. Un officier allemand, tombé amoureux de sa mère, les envoie toutes les deux dans un endroit sûr en Autriche. Après la guerre, elles émigrent aux États-Unis.

Schwarzer aussi a survécu. Envoyé à Auschwitz, il a été choisi pour être épargné par le médecin criminel de guerre Josef Mengele.

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Astérix sur une pièce de 2 euros

PARIS — À l’occasion des 60 ans d’Astérix marqués en octobre par la sortie d’un nouvel album, la Monnaie de Paris va mettre en circulation une pièce de 2 euros à l’effigie de l’irréductible gaulois.

Chaque année, la Monnaie de Paris émet des pièces de 2 euros commémoratives mettant à l’honneur des personnages historiques ou des oeuvres caritatives.

Le modèle Astérix a été frappé à 310 000 exemplaires seulement, le plus faible tirage pour une pièce commémorative française de 2 euros.

Le célèbre Gaulois est représenté de profil avec son célèbre casque ailé, entouré de lauriers. Le millésime 2019 et le 60e anniversaire des aventures d’Astérix sont inscrits en chiffres... romains.

Astérix a fait son apparition le 29 octobre 1959 dans le premier numéro de l’hebdomadaire Pilote. Depuis six décennies et 37 aventures (le 38e album, «La Fille de Vercingétorix», paraîtra le 24 octobre), la série est devenue un «lieu de mémoire» de l’identité française, s’ingéniant à parodier le mythe de «nos ancêtres les Gaulois».

Traduit dans 111 langues et dialectes, Astérix demeure la bande dessinée la plus traduite au monde. 380 millions d’albums ont été vendus depuis 1959.

Livres

Santiago H. Amigorena: écrire pour combattre le silence

NANCY — «Comment combattre le silence? On le combat avec l’écriture qui est une autre forme de silence», explique le discret écrivain franco-argentin Santiago H. Amigorena dont le roman «Le ghetto intérieur» est en lice pour les plus prestigieux prix français (Goncourt, Renaudot et Médicis).

Depuis une vingtaine d’années, l’écrivain et cinéaste a bâti une singulière entreprise littéraire qui raconte de façon décousue l’histoire de sa vie.

Puissant et déchirant, Le ghetto intérieur, son 10e livre, publié comme les neuf précédents chez P.O.L, participe de cette entreprise en racontant l’histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, juif polonais émigré en Argentine en 1928 avec l’espoir de tirer un trait sur l’antisémitisme gangrénant une partie de la société polonaise.

Gustawa, la mère de Vicente est restée à Varsovie. Quand les nazis envahissent la Pologne en 1940, Vicente pressent le pire.

Des lettres de Gustawa, toujours plus désespérées, lui parviennent du ghetto. Écrasé par la culpabilité, impuissant face à la tragédie qui s’abat sur sa famille, Vicente s’enfonce dans le silence, délaissant sa femme et ses enfants (dont la future mère de Santiago Amigorena), jusqu’à devenir le fantôme de sa propre vie.

«C’est l’histoire d’un Juif à Buenos Aires recevant des nouvelles de Varsovie et qui s’enfonce dans le silence en découvrant la Shoah et la réalité de ce qui se passe en Europe», résume de sa voix douce Santiago H. Amigorena rencontré par l’AFP à Nancy où il a reçu le convoité prix des libraires de cette ville.

«C’est l’histoire d’un personnage qui affronte une situation, doit trouver une solution et la trouve dans le silence qui est la pire solution», poursuit l’écrivain.

L’histoire de Vicente est vraie. Gustawa a bien écrit des lettres à son fils avant d’être assassinée à Treblinka. Mais l’écrivain revendique le choix d’avoir inscrit le mot «roman» sur son texte.

«De tous les livres que j’ai écrits, c’est le livre qui devrait le plus s’appeler roman», insiste-t-il

«C’est assez étrange, concède-t-il, car ce livre repose sur des lettres de mon arrière-grand-mère et la vie de mon grand-père».

Être «plus que vrai»

Mais, ajoute l’écrivain, «une aspiration pour moi dans l’écriture, ce n’est pas d’écrire exactement ce que serait la réalité historique, c’est d’être “plus que vrai”, que ce qui est écrit aille au-delà de la réalité».

Les lettres de Gustawa reproduites dans le livre ne sont pas exactement conformes aux lettres originales de son aïeule.

«Dans une des lettres, rappelle l’écrivain, elle dit que les nazis “tuant sans raison” les Juifs du ghetto ont “des regards tristes comme les nôtres”. Cette phrase n’est dans aucune de ses lettres. Mais, se justifie-t-il, c’est le rapport entre le passé et le présent qui apporte cette réalité-là. Le passé n’existe que parce qu’on est là aujourd’hui et qu’on en parle.»

«Je voulais écrire sur mon grand-père, sur le silence de mon grand-père», développe l’écrivain qui a beaucoup écrit sur son propre silence.

Ses premiers livres ont des titres explicites : Une enfance laconique, Une jeunesse aphone, Une adolescence taciturne...

«Ce que j’ai hérité de mon grand-père, c’est quelque chose que je dois travailler par l’écriture», soutient le romancier.

Le livre est également l’occasion de s’interroger sur la longue cécité des Alliés face à la destruction des Juifs d’Europe par les nazis.

«La manière dont n’a pas voulu savoir ce qui se passait en Europe n’est pas propre à la Shoah, répond l’écrivain. On n’a pas voulu savoir en Argentine qu’il y a eu des disparus pendant la dictature», dit l’écrivain, âgé de 57 ans, obligé de quitter son pays en 1973 avec ses parents pour fuir la violence politique.

Dans le livre, il écrit : «J’ai dû quitter mon pays, ma langue maternelle, et mes amis. Comme mon grand-père, j’ai trahi : je n’ai pas été là où j’aurais dû être».

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Parution d'un roman inédit (et inachevé) de Françoise Sagan

PARIS — Un roman inédit et resté inachevé de Françoise Sagan, «Les quatre coins du coeur» sort en librairie jeudi près de quinze ans après la mort de l'auteure de «Bonjour tristesse».

Publié chez Plon, Les quatre coins du cœur n'avait pas été annoncé dans le programme de l'éditeur qui entend profiter de ce «coup» éditorial avec un tirage exceptionnel de 70 000 exemplaires.

Le petit monde de l'édition avait bruissé ces derniers mois de rumeurs autour de la sortie d'un ouvrage inédit d'un auteur décédé. Quelques magazines avaient évoqué pour ce livre-mystère un tirage faramineux (et improbable) de 250 000 exemplaires

On retrouve dans le roman signé Françoise Sagan le style distancié et sarcastique qui fait le charme de son œuvre. Mais on reste aussi sur sa faim. Le roman garde un gout d'inachevé.

Les personnages et les décors apparaissent un peu surannés. Fils d'un riche industriel tourangeau ayant fait fortune dans les légumes, Ludovic Cresson est victime d'un terrible accident de voiture (on pense évidemment à celui qui a failli couter la vie à la romancière en avril 1957). Avant l'accident, son couple battait déjà de l'aile. Marie-Laure, son épouse «sophistiquée et sans culture» dédaigne cet homme diminué. La mère de Marie-Laure, Fanny (dont le mari Quentin est mort dans un accident d'avion) n'est pas insensible au charme de son gendre...

C'est Denis Westhoff, le fils de la romancière, qui signe la préface de l'ouvrage.

Il raconte avoir découvert le manuscrit de ce roman presque par «miracle» après la mort de sa mère en 2004 étant donné que tous les biens de la romancière avaient été «saisis, vendus, donnés ou acquis de manière douteuse». L'ouvrage, en deux volumes "dactylographiés, avait été tellement photocopié que le contour des lettres n'était plus tout à fait net», ajoute le fils de la romancière.

«Le texte m'avait confondu par son écriture violemment saganesques, son caractère parfois impudent, sa tonalité si baroque et le rocambolesque de certaines péripéties», met en avant Denis Westhoff qui reconnait aussi avoir retouché l'ouvrage.

Le manuscrit était «privé de certains mots, parfois même de passages entiers», se justifie-t-il pour expliquer ses interventions. Denis Westhoff indique avoir apporté «les corrections qui [lui] semblaient nécessaires en prenant soin de ne pas toucher au style, ni au ton du roman».

Le texte s'achève sur le début d'une grande soirée où l'on suppose que les masques pourraient tomber. Mais on ne le saura jamais.

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Snowden a écrit son livre avec l'aide d'un romancier

PARIS — Le lanceur d'alerte américain Edward Snowden a travaillé «pendant de longs mois» avec le romancier Joshua Cohen pour écrire son livre «Mémoires vives» qui vient de paraitre dans une vingtaine de pays, a-t-on appris jeudi auprès de l'éditeur français du romancier.

«Joshua Cohen, l'auteur de David King s'occupe de tout a travaillé pendant de longs mois dans le secret absolu avec Edward Snowden pour écrire son livre Mémoires vives», ont indiqué les éditions Grasset à l'AFP confirmant ainsi une information publiée par The New Republic.

Dans son dernier numéro, le bimensuel américain a révélé que l'ancien employé de l'agence américaine de renseignement NSA a écrit ses mémoires «avec l'aide d'un romancier». Selon le magazine, l'auteur de David King s'occupe de tout a voyagé en Russie «au cours des huit derniers mois pour aider Snowden à organiser et à améliorer son récit».

Au début de son livre, Edward Snowden remercie Joshua Cohen.

Il n'est pas rare que des personnalités fassent appel à des écrivains reconnus pour les aider à tenir leur plume. «Snowden et Cohen sont tous deux obsédés par la façon dont la technologie s'est transformée et a transformé la société», explique The New Republic.

Joshua Cohen, 39 ans, a publié onze livres depuis 2005 (dont trois traduits en français). D'origine ukrainienne et hongroise, pétri d'influences européennes (Joyce, Beckett, Kafka) et de littérature juive (Bellow, Agnon, Celan, Yoel Hoffmann), Joshua Cohen fait partie des meilleurs auteurs américains de la décennie selon le magazine littéraire américain Granta.

Dans un de ses livres (non traduit en français), Book of numbers, Joshua Cohen racontait l'histoire d'un écrivain nommé Joshua Cohen chargé d'écrire l'autobiographie d'un milliardaire des nouvelles technologies nommé... Joshua Cohen.

Son dernier roman publié en français, à l'occasion de la rentrée littéraire, David King s'occupe de tout s'intéresse à la crise des subprimes, la crise du logement, le recouvrement des dettes...

Publié en français au Seuil Mémoires vives raconte l'histoire d'Edward Snowden et les raisons qui l'ont poussé en 2013 à transmettre des dizaines de milliers de documents secrets à plusieurs médias, révélant au passage l'existence d'un système de surveillance mondiale des communications et d'internet opérée par la NSA.

Inculpé aux États-Unis pour espionnage et vols de secrets d'État, privé de passeport, Edward Snowden réside en Russie où son permis de séjour a été reconduit jusqu'en 2020.

Il a demandé la protection de plus de vingt pays, dont la France et l'Allemagne, refusée pour une raison ou une autre.

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JK Rowling donne 19 millions$US pour combattre la sclérose en plaques

LONDRES - La créatrice de Harry Potter, J.K. Rowling, a annoncé jeudi un don important pour combattre la sclérose en plaques, dans une clinique qui porte le nom de sa mère.

Le don de 18,8 millions $ US permettra de donner plus d’ampleur au centre de recherche associé à l’Université d’Édimbourg, en Écosse. La mère de l’écrivaine souffrait de sclérose en plaques et est morte à l’âge de 45 ans.

Mme Rowling y était allée d’une première contribution en 2010 pour fonder la clinique Anne Rowling à l’université.

L’auteure a dit être encouragée par les progrès réalisés et fière de voir que la clinique ne procède pas uniquement à des recherches importantes, mais offre aussi «une aide concrète et pratique sur le terrain aux gens atteints de sclérose en plaques».

Les livres Harry Potter ont connu un succès mondial.

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Un dixième Québec en toutes lettres bien rempli [VIDÉO]

Incursion dans la bibliothèque d’Alexandre Jardin, parcours multisensoriel, spectacle mêlant piano et science, journée familiale : la dixième présentation de Québec en toutes lettres fera la part belle à des activités surprenantes, pour «faire de Québec une ville de littérature à part entière», a souligné Dominique Lemieux, directeur du festival.

Depuis juillet, on savait déjà qu’un auteur chouchou des Québécois, Alexandre Jardin, serait de la partie pour cette nouvelle mouture, qui s’étendra du 17 au 27 octobre. Mardi, on a pu apprendre que le moment phare de sa présence sera un spectacle, samedi le 26 octobre à l’Impérial Bell. 

Dans la bibliothèque d’Alexandre Jardin proposera une mise en lecture et en musique de souvenirs littéraires et d’extraits de l’œuvre du coloré personnage, par Émilie Bibeau et Benoît McGinnis, entrecoupée d’un entretien entre l’auteur et Claudia Larochelle. L’animatrice, véritable passionnée de l’œuvre de Jardin, se promet déjà une belle rencontre. «C’est un être charismatique, je serai sous le charme comme vous tous, j’ai vraiment hâte de lui parler», a-t-elle lancé, en conférence de presse.

En plus de donner une classe de maîtres, Jardin participera à la série des Heures du thé, des rencontres d’auteurs. Marie Laberge et Dominique Fortier figurent aussi au programme. 

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«Les testaments»: Margaret Atwood révèle la suite de «La Servante écarlate» [VIDÉO]

LONDRES — L’écrivaine canadienne Margaret Atwood a présenté mardi à Londres «Les testaments», suite très attendue de «La Servante écarlate», une dystopie misogyne terrifiante qui s’est érigée en véritable manifeste féministe à l’ère du mouvement #MeToo.

«C’est le genre de choses qui s’échappent du livre pour entrer dans le monde réel. L’auteur a zéro contrôle dessus», a malicieusement commenté la romancière de 79 ans lors d’une conférence de presse, sans cacher ses opinions féministes.

Pour nombre de ses admirateurs, comme Melisa Kumas, Néerlandaise de 27 ans, son oeuvre est «un avertissement» sur les violences faites aux femmes.

Margaret Atwood «me pousse à devenir plus consciente de la politique qui m’entoure, à faire plus attention à l’actualité [...] pour m’assurer que le pire n’arrive pas», a confié la jeune femme à l’AFP lors du lancement du livre dans une librairie londonienne, tout de rouge vêtue pour rappeler l’uniforme des «Servantes écarlates».

Margaret Atwood aura mis près de 35 ans à imaginer cette suite, inspirée par les questions que lui posaient ses lecteurs. Des événements ont aussi alimenté sa réflexion.

«J’y pensais dans les années 90, puis le 11 septembre [2001] a changé» la société, dit-elle. «Vous ne vous souvenez peut-être pas, mais il était une fois [un monde] où il n’y avait pas de sécurité dans les aéroports... On est devenus plus craintifs», a relevé l’écrivaine, également influencée par la crise financière de 2008 ou la victoire du président américain Donald Trump en 2016.

Ce second tome, mis en vente mardi, s’annonce déjà comme un best-seller : il a été sélectionné pour le Booker Prize 2019, la plus prestigieuse récompense littéraire britannique, et son adaptation en série est déjà en cours.

Il devrait suivre la voie du premier tome, dont la série télé à succès diffusée en 2017 a relancé les ventes, avec huit millions de copies dans le monde pour l’édition anglaise. La traduction française des «Testaments» paraîtra le 10 octobre chez Robert Laffont.

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Boris Johnson qualifié de «porc ignorant», par l'auteur John Le Carré

LONDRES — Le maître britannique du roman d’espionnage John Le Carré a brossé dans son dernier ouvrage le portrait du premier ministre Boris Johnson en «porc ignorant» et qualifié le Brexit de «folie», d’après des extraits publiés samedi dans le quotidien The Guardian.

Se déroulant en 2018 et intitulée Agent Running in the Field, le roman raconte l’histoire de Nat, un agent de 47 ans du MI5, le service de renseignement britannique, en proie au doute quant à l’avenir de son pays et qui révèle à sa fille ses choix de carrière.

À cette époque, Boris Johnson est encore ministre des Affaires étrangères, un poste qu’il a finalement quitté en juillet 2018, en signe de protestation contre la stratégie de la première ministre Theresa May sur le Brexit, pour finalement prendre son fauteuil un an plus tard.

Décrivant une Grande-Bretagne en «chute libre», Nat fait l’inventaire des raisons qui l’amènent à douter de l’absence de pouvoir démocratique dans son pays.

«Un cabinet minoritaire de Tories (le parti conservateur) de dixième plan. Un porc ignorant en tant que ministre des Affaires étrangères que je suis censé servir. Le Labour (le parti travailliste) n’est pas mieux. De la pure folie ce Brexit», affirme Nat à sa fille.

Le roman sera disponible en Grande-Bretagne le 17 octobre, soit deux semaines avant la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne. Devenu premier ministre en juillet, Boris Johnson veut sortir de l’UE le 31 octobre, avec ou sans accord de divorce.

John Le Carré est un écrivain europhile de stature internationale. Il a notamment participé, au même titre que des dizaines d’autres romanciers, à un appel à soutenir l’Union européenne lors des élections européennes de mai dernier, remportées en Grande-Bretagne par le parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage.

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Le roman d’Amélie Nothomb s’installe en tête des ventes de livres

PARIS — En lice pour le Goncourt, «Soif», le dernier roman de la Belge Amélie Nothomb a pris la tête des ventes de livres (tous formats confondus) selon le classement GfK/Livres Hebdo à paraître vendredi dans l’hebdomadaire des professionnels du livre.

Publié par Albin Michel et bénéficiant d’un tirage de 180 000 exemplaires, le 28e opus de la romancière belge est l’unique roman de la rentrée à figurer dans le très sélectif Top 20 des meilleures ventes de livres.

Dans son roman, retenu mardi par le jury du prix Goncourt, Amélie Nothomb se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion.

Concernant le classement des meilleures ventes dans la seule catégorie roman en grand format, Amélie Nothomb est naturellement en tête (devant le Suédois David Lagercrantz qui signe le sixième opus de la saga Millénium).

On retrouve dans ce classement d’autres auteurs retenus par l’académie Goncourt comme Jean-Paul Dubois («Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon», L’Olivier, 3e) ou Karine Tuil («Les choses humaines», Gallimard, 5e).

Également en lice pour le Goncourt, «Rouge impératrice» (Grasset) de Léonara Miano fait son entrée dans ce classement à la 36e place.

Yann Moix occupe la 4e place du classement en catégorie roman pour «Orléans» (Grasset). L’animateur controversé a été écarté de la sélection du Goncourt pour «au moins trois raisons», selon le président du jury Bernard Pivot: une deuxième partie du texte moins bonne sur le plan littéraire, la «polémique familiale» sur les accusations de torture, et enfin, la crainte que le jury soit accusé sur les réseaux sociaux «de faire la promotion de l’antisémitisme».

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Margaret Atwood et Salman Rushdie sélectionnés pour le Booker Prize

LONDRES — Margaret Atwood et Salman Rushdie figurent parmi les écrivains sélectionnés pour le Booker Prize 2019, prestigieuse récompense littéraire britannique, selon la liste des six finalistes publiée mardi.

La romancière et poétesse canadienne est nominée pour «Les Testaments» («The Testaments»), la suite très attendue de «La Servante écarlate» («The Handmaid’s Tale»), qui doit sortir dans les prochains jours en Grande-Bretagne (en octobre en France).

Le président du jury, Peter Florence, a qualifié «Les Testaments» de «roman sauvage et magnifique qui nous parle aujourd’hui avec conviction et puissance». «Atwood a placé la barre exceptionnellement haut. Elle s’envole», a-t-il salué.

«La Servante écarlate», dystopie publiée en 1985, est devenue une série TV à succès en 2017 qui a relancé les ventes du roman, dont l’édition anglaise a atteint huit millions de copies dans le monde entier.

Souvent citée pour le prix Nobel de littérature, Margaret Atwood, 79 ans, a déjà remporté le Booker Prize en 2000 pour son roman historique «Le Tueur Aveugle».

Lauréat du Booker Prize lui aussi, en 1981 pour «Les Enfants de minuit», Salman Rushdie, 72 ans, est sélectionné pour «Quichotte», version moderne de l’épopée picaresque du héros de Cervantès transposée en Amérique.

Les autres finalistes

- Le Nigérian Chigozie Obioma pour «L’Orchestre des minorités» («An Orchestra of Minorities»). L’auteur avait déjà été nominé en 2015. À propos d’un éleveur de poulets dans une petite ville du Nigéria, il s’agit d’»un conte aux proportions odysséennes qui fait battre le coeur», selon la membre du jury Afua Hirsch.

- L’Anglo-Nigériane Bernardine Evaristo pour «Girl, Woman, Other» (non traduit en français), chronique de la vie de familles noires en Grande-Bretagne.

- L’Américaine Lucy Ellmann pour «Ducks, Newburyport», un roman-fleuve de 1.000 pages bâti autour du monologue d’une femme au foyer de l’Ohio.

- Elif Shafak, l’écrivaine la plus lue en Turquie, pour «10 Minutes 38 Seconds in This Strange World», sur les souvenirs d’une prostituée dans les bas-fonds d’Istanbul.

Le Booker Prize, qui consacre des oeuvres de fiction en anglais, sera attribué le 14 octobre.

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Ronan Farrow publie un livre sur l’affaire Harvey Weinstein

PARIS — Lauréat du Pulitzer pour son enquête sur l’affaire Harvey Weinstein, le journaliste américain Ronan Farrow publiera le 17 octobre un livre racontant comment le producteur déchu a tenté de faire taire ses victimes, a-t-on appris lundi auprès de son éditeur français.

Intitulé Les faire taire (Catch and Kill), le livre du fils de l’actrice Mia Farrow et du cinéaste Woody Allen «dévoile les systèmes implacables mis en place par les prédateurs pour faire taire leurs victimes», a précisé Calmann-Levy qui le publiera en français deux jours après sa sortie aux États-Unis.

Le livre (traduit de l’anglais par Perrine Chambon et Elsa Maggion) est sous-titré «Mensonges, espions et conspirations : comment les prédateurs sont protégés».

Journaliste au New Yorker, Ronan Farrow, 31 ans, a publié en octobre 2017 une longue enquête sur les agissements de l’ancien magnat de Hollywwod Harvey Weinstein. Le retentissement a énormément alimenté le mouvement #MeToo.

Le journaliste a reçu pour cette enquête (avec les journalistes du New York Times, Jodi Kantor et Megan Twohey, qui ont, les premières, publié une enquête sur Harvey Weinstein) le prix Pulitzer dans la catégorie «journalisme de service public». Le livre est publié aux États-Unis par Little, Brown and Company.

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Nouvelle controverse pour l’écrivain polémiste Yann Moix

PARIS — «Affabulateur», «antisémite», «négationniste» : l’écrivain français Yann Moix, habitué des polémiques et des propos très clivants, est une nouvelle fois plongé en pleine controverse.

«J’assume, j’endosse tout. Ce que j’ai fait à l’époque avec trois ou quatre cons, on était des types complètement paumés» : une nouvelle fois dans la tourmente, le romancier primé et habitué des plateaux de télévision a été contraint mercredi, dans le quotidien Libération, d’avouer qu’il avait été l’auteur dans sa jeunesse non seulement de caricatures antisémites, mais également de textes négationnistes.

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«Millénium — La fille qui doit mourir»: le sixième et ultime tome est sorti

STOCKHOLM — C’est la dernière séquence : «La fille qui doit mourir» met un point final à la série criminelle suédoise «Millénium» créée par Stieg Larsson et il en est fini de la sensationelle hackeuse Lisbeth Salander.

Cet ultime opus, publié simultanément fin août dans une trentaine de pays, clôt une série de six romans formant une passionnante critique sociale de la Suède contemporaine, des menaces du progrès technologique sur les libertés et des violences faites aux femmes.

Écoulée à quelque 100 millions d’exemplaires dans le monde, Millénium a été créée par Stieg Larsson, un journaliste d’investigation spécialiste des mouvements d’extrême droite, décédé d’une crise cardiaque en 2004 juste après avoir rendu les trois premiers manuscrits.

Larsson ne connaîtra ni l’immense succès de librairie de sa saga, ni ses adaptations au cinéma et en bande dessinée, ni la bataille juridique entre ses ayant-droits et sa compagne.

Après la publication des trois premiers tomes (Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (2005), La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (2006), La reine dans le palais des courants d’air (2007), un auteur à succès, David Lagercrantz, reprend la plume avec la bénédiction du frère et du père de Larsson.

Ce qui ne me tue pas (2015) et La fille qui rendait coup pour coup (2017) se vendront à 14 millions d’exemplaires.

Après ce sixième volet, «pour moi, c’est fini, assure David Lagercrantz, mais je suis convaincu que Lisbeth est immortelle et qu’elle va continuer à vivre d’une manière ou d’une autre à la télé, au cinéma ou dans d’autres livres».

Car Millénium, c’est d’abord Lisbeth Salander, hackeuse de génie, antihéroïne punk, enfant martyr des violences conjugales, écorchée asociale et bisexuelle qui rend une justice de l’ombre, expéditive, définitive.

Double masculin

Son double masculin est le journaliste d’investigation Mikael Blomkvist, animateur de la revue Millenium, auquel Stieg Larsson a prêté ses obsessions, son goût pour les archives et les nomenclatures, son aversion au matérialisme et à l’abus de pouvoir.

Dans La fille qui doit mourir, Lisbeth est à Moscou pour régler les dettes de famille sur fond de fake news, de «trolls», de manipulations génétiques et de persécution des homosexuels en Tchétchénie.

Sur son site, l’éditeur suédois Nordstedts l’assure : le tome 6 est «l’ultime volet de la série Millénium».

La compagne de Stieg Larsson, Eva Gabrielsson, s’était insurgée quand Lagercrantz, fils d’un intellectuel des beaux quartiers, avait repris la série imaginée par un journaliste militant d’origine provinciale très engagé à gauche et qui dédaignait les mondanités.

Exclue de sa succession car ils n’étaient pas mariés, elle n’avait pas eu gain de cause. David Lagercrantz, lui, n’a aucun regret.

«J’ai bien fait»

«Avec le recul, j’ai bien fait de continuer [l’œuvre de Stieg Larsson], cela a mis en lumière [ses] livres et [son] action politique», affirme le quinquagénaire qui compte utiliser sa tournée de promotion pour évoquer les «menaces contre la démocratie».

Larsson, qui écrivait pour le magazine antiraciste suédois Expo et vivait sous la menace constante des groupuscules néonazis, «avait compris avant tout le monde les dangers de l’extrême droite», souligne-t-il.

Biographe du footballeur Zlatan Ibrahimovic et du mathématicien Alan Turing, David Lagercrantz veut tourner la page Millénium.

«Trois livres, c’était juste ce qu’il me fallait. Si j’avais continué, cela aurait été plus par habitude, estime le romancier. C’est énorme et je suis heureux d’avoir pu approfondir le mythe», ajoute-t-il.

La fille qui doit mourir a fait l’objet d’un accueil critique mitigé.

«C’est une fin tout à fait acceptable [...] mais maintenant ça suffit», juge le quotidien suédois Svenska Dagbladet tandis que Le Monde estime que l’épilogue «boucle parfaitement ce qui doit l’être».

Livres

Quand Bob Dylan n’était que Bobby

NEW YORK — Du premier blues chanté en colonie de vacances à la tournée «Rolling Thunder Revue», l’ami d’enfance de Bob Dylan a tout vu. Il publie aujourd’hui ses mémoires, un ouvrage fourmillant d’anecdotes sur la légende vivante qui a gardé tout son mystère.

C’est en 1953 que Louie Kemp rencontre celui qui n’est encore que Bobby Zimmerman dans une colonie de vacances pour adolescents juifs, dans le nord du Wisconsin.

Bobby, qui a grandi dans la petite ville minière de Hibbing, dans le Minnesota voisin, n’a que 12 ans, mais il est déjà toujours affublé de sa guitare. «Il nous disait tout le temps qu’il allait être une star du rock», raconte Louie Kemp à l’AFP. «Il l’a tellement dit que je l’ai cru. (...) Il avait tout simplement un talent musical naturel, combiné à une volonté incroyable».

La suite appartient à l’histoire, bien sûr. Mais Louie Kemp, aujourd’hui âgé de 77 ans, a trouvé nécessaire de raconter sa vision personnelle du prix Nobel de Littérature dans cet ouvrage intitulé Dylan et moi: 50 ans d’aventures, avec l’accord de l’artiste.

«Ce serait égoïste de ma part d’emporter toutes ces anecdotes et ces aventures avec moi dans la tombe», dit-il. «Il m’a fait confiance parce qu’il savait que je n’avais pas d’arrières-pensées».

«Quand on devient célèbre, c’est difficile de se faire de nouveaux amis en qui on peut vraiment avoir confiance», ajoute-t-il. «Dans notre cas, les liens sont si anciens que ce n’était pas un souci».

Bobby Zimmerman, devenu Bob Dylan sur le campus de l’université du Minnesota, rejoint rapidement Greenwich Village, le quartier bohème de New York. C’est Joan Baez qui le fait connaître en l’invitant à jouer lors de ses concerts.

«La première chanson de lui que j’ai entendue, c’était Blowing in the Wind et je me suis dit : c’est lui qui a écrit ça? Comment il a fait?» se souvient M. Kemp. «Cela a épaté tout le monde, y compris moi».

«Les pieds sur terre»

«Et puis il a continué à en sortir, comme de l’eau qui sort du robinet», raconte-t-il. Bob Dylan, l’un des chanteurs-auteurs-compositeurs les plus influents de l’histoire de la musique, est aussi l’un des plus prolifiques avec plus de 350 chansons.

La vedette invite son ami Louie à produire sa célèbre tournée Rolling Thunder Revue de 1975-1976, au centre du dernier film de Martin Scorsese. Bob Dylan, qui voulait se rapprocher de son public, avait rassemblé un groupe d’artistes prestigieux pour donner des concerts dans des petites villes d’Amérique du Nord.

«Il n’a pas l’ego de la plupart des gens du spectacle», dit Louie Kemp de son vieil ami aujourd’hui âgé de 78 ans. «En ça, il n’a jamais changé. Il a toujours eu les pieds sur terre». «Il faut lui rendre justice : la célébrité ne l’a jamais changé».

Dans ses mémoires, Louie Kemp raconte plusieurs anecdotes amusantes comme lorsque l’acteur américain Marlon Brando s’est trouvé au bord du malaise après avoir mangé trop de raifort à son dîner de mariage, en 1983. Bob Dylan, qui était son témoin, a enchanté l’assistance avec un concert improvisé.

«Nos relations étaient celles de deux amis. Il se trouve que l’un d’eux est Bob Dylan», conclut-il. Mais «pour moi, il sera toujours Bobby Zimmerman».

Le Mag

La Librairie Morency ouverte dans Limoilou

La Librairie Morency a tourné une page importante de ses 26 ans d’existence en ouvrant ses portes sur la 3e Avenue dans Limoilou.

La bouquinerie a quitté le centre commercial Fleur de Lys pour s’installer dans un local trois fois plus petit (3000 pieds carrés). Que les lecteurs se rassurent, ils ne devraient pas trop y perdre au change dans ce déménagement qui a nécessité «neuf vans de 28 pieds». 

«Nous avons le même choix, juste en quantités plus petites», assure la propriétaire Élisabeth Morency, qui adore déjà son nouvel environnement. «Les gens ici sont tellement accueillants. La moitié des clients nous souhaite la bienvenue dans "leur" Limoilou. C’est un accueil extraordinaire, je n’ai jamais vu ça!» 

Adresse : 657, 3e Avenue à Québec (on attend toujours le permis pour afficher l’enseigne extérieure). 

Info : morency.leslibraires.ca ou @libmorency sur Facebook.

Livres

L’ultime essai de Toni Morrison publié en français en octobre

PARIS — L’ultime essai de l’écrivaine américaine Toni Morrison, «The Source of Self-Regard», paraîtra en français le 3 octobre sous le titre «La source de l’amour-propre», a-t-on appris mercredi auprès de son éditeur.

«Christian Bourgois Editeur publiera The Source of Self-Regard sous le titre La Source de l’amour-propre, traduit par Christine Laferrière. La sortie est prévue au 3 octobre 2019», a indiqué à l’AFP Clément Ribes, directeur éditorial de Christian Bourgois, la maison d’édition qui a fait connaître l’oeuvre de la romancière aux lecteurs francophones.

Publié en février aux États-Unis, l’ultime essai de l’écrivaine disparue dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 88 ans, aborde les sujets politiques et sociaux d’aujourd’hui (émancipation des femmes, place des minorités dans la société américaine, rôle de l’argent et des médias, racisme et xénophobie...) mais aussi la question de la création artistique et notamment littéraire.

La romancière couronnée par le Nobel de littérature évoque la figure de Martin Luther King et rend un hommage appuyé à l’écrivain et dramaturge James Baldwin (1924-1987), un des plus grands auteurs américains du XXe siècle et militant des droits civiques, contraint à l’exil en France à la fin des années 1940 pour fuir le racisme dans son pays.

Elle porte également dans cet essai un regard critique sur son oeuvre et sur celle d’autres artistes comme le peintre Romare Bearden (1911-1988), la documentariste et militante des droits civiques Toni Cade Bambara (1939-1995) ou encore le metteur en scène Peter Sellars.

Selon son éditeur américain, Penguin Random House, l’essai de Toni Morrison constitue «un ajout lumineux et essentiel à l’oeuvre» de l’écrivaine.

Livres

Des nouvelles inédites de Proust publiées en octobre

PARIS — Des nouvelles inédites de l’écrivain français Marcel Proust (1871-1922) seront publiées le 9 octobre sous le titre «Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites», a-t-on appris lundi auprès des éditions de Fallois.

Ces neuf textes, rédigés alors que Proust était âgé d’une vingtaine d’années, auraient dû figurer dans son premier livre, Les plaisirs et les jours (1896), mais avaient été finalement écartés par l’auteur.

Les nouvelles ont été mise au jour par le créateur des éditions de Fallois, Bernard de Fallois, décédé l’an dernier, grand spécialiste de l’oeuvre de Marcel Proust, déjà à l’origine de la découverte d’un roman composé entre 1895 et 1899 et resté inédit, Jean Santeuil (publié chez Gallimard en 1952), ainsi que du texte Contre Sainte-Beuve finalement publié en 1954.

«Avec ce recueil de nouvelles et de textes divers entièrement inédits nous remontons aux sources de la Recherche du temps perdu», la grande oeuvre de Marcel Proust, ont souligné les éditions de Fallois dans un communiqué.

«Ces textes, explique l’éditeur, portent la marque d’un travail approfondi [...] La plupart de ces courts récits obéissent aux lois du genre : mise en scène d’une situation, péripéties, chute finale [...] On y voit le jeune écrivain multiplier les expérimentations narratives suggérées parfois par ses lectures mais déjà résolument engagé dans le processus de création qui annonce par bien des signes l’œuvre future.»

«Ces pages inédites n’ont pas la perfection de la Recherche mais précisément elles nous aident à la mieux comprendre en nous révélant ce que fut son début», estiment les éditions de Fallois.

Pourquoi Proust n’avait-il pas retenu ces textes? «Sans doute considérait-il qu’en raison de leur audace, ils auraient pu heurter un milieu social où prévalait une forte morale traditionnelle», suggère notamment l’éditeur.

Le thème dominant de ces œuvres, précise l’éditeur, c’est l’analyse de «l’amour physique si injustement décrié». «La prise de conscience de l’homosexualité y est vécue sur le mode exclusivement tragique, comme une malédiction», ajoute l’éditeur.

Le volume (180 pages, plus 8 pages fac-similés) est complété par un ensemble de documents présentés par l’universitaire Luc Fraisse sur les sources de la Recherche.

Livres

Alexandre Jardin pour les 10 ans de Québec en toutes lettres

Pour marquer ses 10 ans, le Festival littéraire Québec en toutes lettres pourra compter sur la présence de l’auteur français Alexandre Jardin. Des invités des éditions précédentes seront aussi rassemblés pour «Cabaret souvenir», qui ouvrira le festival le 17 octobre.

L’auteur du Zèbre et des Coloriés, aussi cinéaste et pamphlétaire, participera à plusieurs événements de Québec en toutes lettres qui ne sont pas encore dévoilés. La programmation complète de cette édition anniversaire (du 17 au 27 octobre) sera connue le 11 septembre.

Après une Édition noire (2016), Écrire Québec (2017) et La splendeur du vertige (2018), la thématique de cette année sera Pour la suite du monde. Le pouvoir de la littérature pour préserver la beauté et intervenir sur l’avenir du monde y sera exploré.

Livres

Margaret Atwood sur la longue liste du prix Booker

LONDRES — Margaret Atwood, lauréate du Booker, est à nouveau en lice pour l'obtention du prix convoité pour une œuvre de fiction.

Margaret Atwood a gagné en 2000 pour Le tueur aveugle et est nommée cette fois pour The Testaments, une suite de La servante écarlate.