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Envers et contre tous, Handke reçoit le Nobel de littérature

STOCKHOLM — Peter Handke a reçu le prix Nobel de littérature mardi à Stockholm, où manifestants et personnalités ont dénoncé les positions pro-serbes et le révisionnisme de l’écrivain autrichien sur les guerres de l’ex-Yougoslavie dans les années 90.

En décidant en octobre de décerner le Nobel de littérature 2019 au romancier, l’Académie suédoise a suscité une vague d’indignation dans les Balkans et le monde en raison du soutien de l’intéressé à l’ex-homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic. Jusqu’au président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s’est dit révulsé par ce Nobel. «Remettre le prix Nobel de littérature pendant la Journée des droits de l’homme à un personnage qui nie le génocide en Bosnie-Herzégovine revient à récompenser des violations des droits de l’homme», a-t-il déclaré.

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Nobel de littérature: Peter Handke rattrapé par la polémique

STOCKHOLM — «J’aime la littérature, pas les opinions»: à Stockholm où il doit recevoir le prix Nobel, Peter Handke a été rattrapé par la polémique sur ses positions pro-Serbes pendant les guerres dans l’ex-Yougoslavie.

Lors de la traditionnelle conférence de presse des lauréats du prix de littérature avant les cérémonies du 10 décembre, l’écrivain autrichien s’est montré très agacé par la controverse, refusant de répondre sur le fond aux questions des médias.

«J’aime la littérature, pas les opinions», a-t-il dit à une journaliste qui lui demandait s’il avait changé d’opinion sur ce qui s’était passé dans les Balkans dans les années 1990. «J’abhorre les opinions», a-t-il insisté.

En anglais et dans une élocution heurtée, il a assuré avoir vainement tenté à plusieurs reprises de nouer un dialogue avec ses détracteurs et assuré vouloir faire un geste de «réconciliation».

«J’ai demandé à un ami en Bosnie-Herzégovine comment y parvenir, mais il m’a dit que pour le moment ce n’était pas possible. Je voulais rencontrer (...) deux mères seules ayant perdu leurs enfants à la guerre, une côté serbe, l’autre côté musulman, mais ce n’est pas possible», a-t-il déclaré.

Un journaliste du site d’investigation The Intercept lui a ensuite demandé pourquoi dans ses livres il ne prenait pas acte des travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qui a reconnu le génocide de Srebrenica pour lequel Ratko Mladic, chef militaire des Serbes de Bosnie, et Radovan Karadzic, son équivalent politique, ont été condamnés.

«Poursuivez vos questions, j’aime vos questions», a ironisé Peter Handke, avant de lire une lettre hostile qui lui a été récemment envoyée avec du papier hygiénique. «Je préfère une lettre anonyme avec du papier toilette à vos questions vides et ignorantes», a-t-il lancé, précisant qu’il avait également reçu de nombreux courriers de soutien.

La conférence de presse avait pourtant bien commencé, un choeur joyeux dans l’assistance ayant entonné un «Happy birthday» en l’honneur de l’écrivain nobélisé qui fêtait ses 77 ans ce vendredi.

En 1996, un an après la fin des conflits en Bosnie et en Croatie, Peter Handke avait publié un pamphlet, «Justice pour la Serbie», qui avait suscité la polémique.

L’auteur, qui réside près de Paris, avait condamné en 1999 les bombardements occidentaux sur la Serbie, menés pour forcer Slobodan Milosevic, homme fort de Belgrade durant toute cette période, à retirer ses troupes du Kosovo.

Et il s’était rendu en 2006 aux funérailles de Milosevic, décédé avant d’entendre son verdict pour crimes de guerre devant la justice internationale.

Tempête à l’Académie

Depuis l’annonce du prix début octobre, l’Académie suédoise qui décerne le Nobel est elle également au coeur de la tempête.

Vendredi, quelques heures avant la conférence de presse de Peter Handke, un éminent académicien, Peter Englund, a fait savoir qu’il n’assisterait pas à la cérémonie de remise du prix.

«Je ne participerai pas à la semaine Nobel cette année. Célébrer le prix Nobel de Peter Handke serait pure hypocrisie de ma part», a écrit Peter Englund, historien et écrivain, au quotidien Dagens Nyheter,

Secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise entre 2009 et 2015, Peter Englund a couvert les conflits des années 1990 dans les Balkans pour des journaux suédois.

Deux membres (non académiciens) du comité Nobel ont par ailleurs annoncé lundi leur démission.

Kristoffer Leandoer a indiqué qu’il n’avait pas «la patience» de suivre les réformes internes lancées par l’académie après le scandale d’agressions sexuelles qui l’a faite imploser en 2017.

Gun-Britt Sundström a pour sa part invoqué, entre autres motifs, l’attribution du Nobel à Peter Handke.

Alors qu’elle se dit «heureuse» d’avoir participé à la désignation de la poétesse polonaise Olga Tokarczuk pour le prix 2018, elle se dit en revanche opposée au sacre de l’écrivain autrichien pour l’édition 2019.

«Le choix du lauréat 2019 ne s’est pas limité à récompenser une oeuvre littéraire mais a également été interprété, tant au sein qu’en dehors de l’académie, comme une prise de position qui place la littérature au-dessus de la “politique ”», a-t-elle écrit au journal Dagens Nyheter.

«Cette idéologie n’est pas la mienne», a-t-elle ajouté.

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Jean-Jacques Pelletier, devin malgré lui

Un ami lui a déjà dit qu’il écrivait de la «science-fiction sur un horizon de deux ans». Jean-Jacques Pelletier a souvent l’air d’un devin, un peu malgré lui. C’est que l’auteur de polars, «drogué à l’actualité» de son propre aveu, a les antennes bien branchées sur la société qui l’entoure.

«C’est un de mes problèmes, confirme le principal intéressé, sourire en coin. Avant, j’écrivais des choses qui finissaient par se passer. Et là, on dirait que le monde est en train de me rattraper.» Quand il a commencé la rédaction de son nouveau roman, On tue..., il y a quatre ans, son sujet était déjà dans l’air du temps, mais aujourd’hui, on est pas mal dedans, admet-il. «D’une certaine façon, les artistes sont des détecteurs de bullshit, pense-t-il. Certaines choses les font réagir plus fortement. C’est normal que les choses les plus marquantes dans une société soient celles qui se retrouvent dans les œuvres des artistes.»

C’est que dans ce nouvel opus, publié aux Éditions Alire, l’inspecteur Henri Dufaux fait face à une série de crimes étranges, dont le tout premier est la découverte de plusieurs corps dans ce qui ressemble à première vue à un foyer clandestin pour personnes âgées. Les victimes, attachées par le cou, portent des marques de sévices et de maltraitance sévère. Puis, un équarrisseur est retrouvé pendu par les pieds, éviscéré comme un cochon, en plein milieu d’un entrepôt de boucherie. Pendant ce temps, le premier ministre reçoit des lettres privées l’intimant de promulguer des lois draconiennes en environnement. Apparaissent rapidement dans la mire de Dufaux différents suspects : le crime organisé, un tueur en série… et un groupe «de sauveurs autoproclamés de la planète, les Ultravéganes». Il doit cette fois naviguer avec une équipe décimée, à travers un dossier qui deviendra rapidement politique et délicat.

Vue plus large

Dans son dernier livre de la même série, Deux balles, un sourire, Jean-Jacques Pelletier s’attardait déjà au phénomène de l’écoterrorisme. Cette fois, la vue est plus large, précise-t-il, et réserve des surprises en bout de piste. «Je pense que des groupes écologistes violents, ça risque d’arriver, parce qu’à un moment donné, il y a des gens qui vont se tanner qu’il ne se passe rien», analyse l’écrivain. Est-ce que la fin justifie les moyens, pour certains? «Oui, c’est un des thèmes qui m’intéressait. Mais plus précisément, il y a une chose qui me dérange, et qu’on est en train de voir arriver de plus en plus : quand les gens perdent confiance dans les institutions, la tentation est grande de prendre la justice dans leurs mains», observe-t-il.

Ce qui l’a intéressé tout particulièrement dans la rédaction de On tue..., c’est l’effondrement des populations animales, qui est «autant, sinon plus inquiétant» que la crise climatique. «C’est complètement hallucinant, mais on n’en parle pas. Une des fonctions d’un roman, c’est de donner à voir un problème. Tu ne peux pas demander à un roman des réponses. Ce que tu peux lui demander, c’est d’attirer ton attention sur des choses ou des idées auxquelles tu n’aurais pas pensé, ou que tu as tendance à ne pas vouloir voir parce que ça te dérange», soutient Jean-Jacques Pelletier. 

L’auteur de la série Les Gestionnaires de l’apocalypse a l’habitude de camper ses thrillers dans des problématiques complexes. «Ça peut être cute, les tourments nombrilistes, mais je pense qu’il y a des choses plus importantes dans la société, autant comme citoyen que comme auteur. Tous nos choix et nos absences de choix ont des effets dans la réalité», affirme-t-il. 

Pour l’ancien professeur de philosophie au Cégep de Lévis-­Lauzon, cette vision va de pair avec sa conception de la littérature. «J’ai toujours pensé que la fiction, c’est l’appareil digestif symbolique de l’humanité, c’est ce qui sert à digérer ce qui nous reste sur l’estomac. C’est comme si ce qu’on n’est pas capable d’expliquer ou de supporter, on trouve une façon de l’exprimer, de le traiter, de commencer à l’appréhender à travers la fiction.»

La part des réseaux sociaux

Quand il a créé le personnage de l’inspecteur Henri Dufaux, dans le roman Bain de sang, publié en 2016, Jean-Jacques Pelletier avait d’abord envie de changer de style de rédaction. Alors que ses précédents romans étaient écrits pour la plupart au passé simple, avec un narrateur objectif, les aventures de Dufaux, elles, sont rédigées au présent et à la première personne. On accompagne donc pas à pas l’enquêteur, qui avait l’étrange habitude dans les deux premiers tomes de la série de parler avec sa femme décédée. Dans On tue..., cette voix a fait place à celle du critique intérieur, qui apporte une bonne dose d’humour à l’ensemble. «Dans la faible mesure où un personnage principal est parfois en partie un des représentants de l’auteur, c’est le fun d’avoir quelqu’un qui lui répond», note Jean-Jacques Pelletier, en ajoutant que ce «personnage» nous réservera des surprises dans le prochain roman de Dufaux. 

L’écrivain de Lévis nous a aussi habitués dans ses écrits à entrecouper sa narration par des extraits de médias, et plus récemment, d’interventions sur les médias sociaux. Une expérience qu’il renouvelle toujours, mais qui évolue aussi rapidement d’un ouvrage à l’autre. «Il y en a beaucoup moins qu’il y en a déjà eu, note-t-il. Dans le nouveau roman, il y a une place plus grande aux médias sociaux, mais une place moins grande aux médias traditionnels, réduits aux fils de presse qui roulent dans le bas de la télé.»

Signe des temps, ou simple outil littéraire? «Les médias sociaux ont joué jusqu’à présent le même rôle que le chœur dans la tragédie grecque, c’est l’espèce de peuple objectif, le monde qui regarde passer et qui commente. J’aimerais toutefois qu’ils tiennent un vrai rôle dans mon prochain roman», soutient-il, conscient que ce style particulier nécessite un équilibre et qu’il y a des limites au morcellement du récit.

C’est d’ailleurs grâce à une discipline bien particulière et rodée que Jean-Jacques Pelletier peut se permettre des récits fragmentés. En fait, il scénarise précisément ses romans avant même de les écrire. «Ce que j’aime, c’est monter des histoires. J’ai appris à construire des histoires dans mon enfance avec les BD, puis avec les séries télé et le cinéma», raconte celui qui a signé plusieurs essais et qui s’implique aussi dans la gestion de différents comités de retraite. 

«C’est ça qui est intéressant, de mettre en histoires : les enjeux sociaux», résume-t-il.  

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Margaret Atwood au Salon international du livre de Québec [VIDÉO]

La réputée romancière et poétesse canadienne Margaret Atwood donnera le coup d’envoi du prochain Salon international du livre de Québec (SILQ), le printemps prochain, en prenant part à une conversation publique animée par Marie Laberge.

En point de presse, mardi, le directeur général par intérim du Salon, Daniel Gélinas, n’a pas caché son enthousiasme à l'idée d’accueillir la «visite rare» de cette «icône de la littérature», auteure prolifique d’une cinquantaine d’oeuvres de fiction, de recueils de poésie et d’essais critiques.

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Pivot tourne la page de l’Académie Goncourt

PARIS — Bernard Pivot, qui a fait entrer la littérature dans le salon des téléspectateurs francophones avec l’émission «Apostrophes», quitte l’Académie Goncourt, qu’il présidait depuis cinq ans, a annoncé mardi l’assemblée du célèbre prix littéraire.

«Pour retrouver un libre et plein usage de son temps, à 84 ans, Bernard Pivot a décidé de se retirer de l’Académie Goncourt à partir du 31 décembre. Il en était membre depuis 15 ans, le président depuis cinq ans», a annoncé l’Académie dans un communiqué.

«Il en devient membre d’honneur», quelques semaines après avoir récompensé le romancier Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Sur Twitter, l’Académie Goncourt a mis en ligne une photo des académiciens fêtant le départ de leur président, qui leur avait fait part cet été de son souhait de se retirer.

Les festivités se sont déroulées chez Drouant, le restaurant dans le centre de Paris où est chaque année annoncé le lauréat du plus prestigieux prix littéraire du monde francophone. «Lettre d’Ed(mond) de Goncourt, grands crus, tableau : littérature et œnologie pour lui dire merci!» ont tweeté les académiciens.

Journaliste et animateur d’Apostrophes, l’émission littéraire la plus célèbre de la télévision française, Bernard Pivot est entré à l’Académie Goncourt en octobre 2004, succédant à André Stil. Il a été le premier non-écrivain à rejoindre la prestigieuse institution, dont il est devenu président en janvier 2014, à la suite d’Edmonde Charles-Roux.

Ses années comme président du jury Goncourt ont été marquées par la consécration de jeunes écrivains comme Leïla Slimani, avec Chanson douce, adapté depuis sur grand écran, et Nicolas Mathieu, récompensé en 2018 pour Leurs enfants après eux, roman sur la fracture sociale.

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Kundera retrouve la citoyenneté tchèque

PRAGUE — Le romancier Milan Kundera exilé à Paris en 1975 vient de retrouver la citoyenneté tchèque, après avoir entretenu des relations complexes avec son pays natal dont le régime communiste l’avait déchu de sa nationalité, alors tchécoslovaque, il y a 40 ans.

Milan Kundera, 90 ans, et sa femme Vera se sont vu remettre des documents à leur domicile par l’ambassadeur tchèque à Paris, Petr Drulak, le 28 novembre dernier, a déclaré mardi à l’AFP Zuzana Stichova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

«Il s’agit d’un geste symbolique très important, d’un retour symbolique du plus grand écrivain tchèque» dans son pays», a commenté le diplomate dans une déclaration au Figaro.

Écrivain tchèque le plus connu dans le monde, Kundera a été paradoxalement aussi pendant de longues années l’écrivain mondial le moins connu dans son pays en ce qui concerne ses ouvrages publiés en France.

Abandonnant sa langue natale pour écrire dans celle de son pays d’adoption, le romancier n’autorisait pas, dans un souci de perfectionnisme selon lui, la traduction en tchèque de ses ouvrages tels que La lenteur, L’identité, L’ignorance ou La Fête de l’insignifiance.

Se voir traduit par quelqu’un d’autre en sa propre langue serait une «perversité», affirmait l’écrivain, dont les livres ont été publiés dans une quarantaine de langues.

Interdit de publication

«Couper le pays natal du monde entier, c’est inhabituel», constatait il y a quelques années le critique pragois Jaromir Slomek.

«Perfectionniste, pédant, très bien. Mais maîtrisait-il suffisamment le chinois, le japonais ou le coréen pour pouvoir contrôler les traductions de ses ouvrages en ces langues?» s’interrogeait-il.

Comme pas mal de ses contemporains, Milan Kundera a fait un long parcours, jeune passionné des «lendemains qui chantent» promis par le communisme au moment du «coup de Prague» de 1948, mais contestataire du même régime totalitaire une vingtaine d’années plus tard.

Banni de la vie publique et interdit de publication après l’écrasement du Printemps de Prague de 1968 par les chars soviétiques, il opte pour l’exil en 1975.

La Tchécoslovaquie lui retire sa citoyenneté après la parution du Livre du rire et de l’oubli en 1979, où le président tchécoslovaque de l’époque, Gustav Husak, est qualifié de «président de l’oubli».

Milan Kundera obtient la nationalité française en 1981.

Incognito

Depuis la chute du communisme en 1989 en Tchécoslovaquie, suivie de la séparation en 1992 des Tchèques et des Slovaques en deux États distincts, le romancier revenait de temps en temps dans son pays, mais toujours incognito.

Des histoires rocambolesques et difficiles à confirmer circulaient à Prague sur tel ou tel vieil ami de Kundera qui le croisait... déguisé en moine ou portant une fausse barbe.

«Excusez-moi, je ne suis pas celui pour qui vous me prenez», aurait-il répondu à l’un de ses anciens amis qui l’abordait avec un «Salut Milan, comment vas-tu?».

En octobre 2007, il ne s’est pas déplacé pour recevoir le Prix national de littérature.

Et il a fallu plus de 20 ans pour que le best-seller de Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, soit officiellement publié en tchèque, en 2006, par la maison d’édition Atlantis.

Le roman La vie est ailleurs écrit à la fin des 60 n’a été pour la première fois publié en République tchèque qu’en 2016, pour occuper aussitôt la deuxième place dans l’enquête «Le meilleur livre de l’année».

Un an plus tard, Le livre du rire et de l’oubli de 1978 apparaît finalement dans les librairies tchèques, avec «beaucoup de changements, coupures et nouvelles idées, par lesquels cette période longue, mais généreuse lui a payé son attente», selon l’auteur.

Le romancier a entre autres coupé, sans explication, le passage sur le «président de l’oubli» Husak et un chanteur pop tchèque très connu taxé d’«idiot de la musique».

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Christiane Vadnais: mythifier Québec

Peu après que Québec ait reçu la désignation de ville de littérature UNESCO, la table des lettres s’est réunie pour réfléchir à une manière de souligner cette distinction. Leur premier geste est une publication, «Confluence», qui présente les éléments qui irriguent le cœur littéraire de la capitale.

Quinze auteurs y prennent la plume pour raconter ce qui fait que Québec est la seule ville canadienne à avoir obtenu cette désignation prestigieuse. «On a décidé de faire une publication racée, qui serait à la fois informative et agréable à consulter et à conserver. Où on apprendrait des anecdotes drôles et où il y aurait des textes inédits», indique Christiane Vadnais, présidente de la table des lettres du Conseil de la culture. 

Plusieurs constats ressortent de cette réflexion foisonnante, disponible gratuitement dans les bibliothèques. «Il y a d’abord une forte volonté de l’administration municipale de soutenir la vie littéraire, note Mme Vadnais. On a un milieu très vivace, avec 250 auteurs, 20 maisons d’édition, 20 librairies, mais d’autres points ressortent, comme le fait que Québec soit une ville de littérature numérique.»

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La fin d’une exception à la Loi sur le droit d’auteur réclamée

Le milieu littéraire se mobilise à l’occasion du Salon du livre de Montréal pour réclamer la révision d’une exception à la Loi canadienne sur le droit d’auteur qui le prive de certaines redevances.

La Société québécoise de gestion collective des droits de reproduction, mieux connue sous le nom de Copibec, signale qu’il en va d’une rémunération juste pour les auteurs et leurs maisons d’édition, dont certains revenus provenant du domaine de l’éducation ont dégringolé.

L’organisme sans but lucratif pointe du doigt une modification apportée il y a sept ans à l’«exception d’utilisation équitable», que les établissements d’enseignement postsecondaire interprètent de sorte à se permettre d’utiliser des œuvres sans autorisation et sans en payer les créateurs.

«Il s’agit par exemple de la reprise d’un chapitre de livre, d’un extrait de revue ou d’un article qui est remis aux étudiants, soit sous forme de photocopie, sur des supports numériques, qui est étudié sur un tableau interactif, mis dans des recueils de textes», illustre la directrice générale de Copibec, Frédérique Couette.

Depuis 2012, la redevance annuelle versée par les universités du Québec a été amputée de près de la moitié. Dans le cas des collèges, Copibec rapporte une chute de 20 %. Et la tendance à la baisse serait encore plus marquée ailleurs au Canada.

La romancière et nouvelliste Geneviève Blouin souligne que ces paiements, bien que modestes, font pourtant toute la différence pour les auteurs qui doivent souvent multiplier les petits contrats, livrer des conférences et animer des ateliers d’écriture pour gagner leur vie.

Selon les chiffres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, les auteurs tirent un revenu médian de moins de 3000 $ grâce à leurs droits chaque année.

«Ça me fait plaisir de voir mon matériel utilisé dans une école. C’est super! Mais il faut que je reçoive au moins les droits de photocopie parce que sinon, ce qui va arriver, c’est qu’un jour je ne pourrai tout simplement plus écrire», prévient Geneviève Blouin.

«Le petit chèque qui rentre de Copibec, ce n’est pas avec ça que je vais vivre toute l’année, mais cette semaine, c’est ça qui paie mon épicerie», expose-t-elle.

Précision demandée

Copibec en appelle donc à une révision de la loi pour un meilleur encadrement de ses diverses exceptions.

«Ce qu’on demande, c’est qu’à partir du moment où il y a une licence de gestion collective qui peut être obtenue à un coût raisonnable et dans un délai raisonnable, cette licence prenne le pas sur l’exception d’utilisation équitable», précise Frédérique Couette.

La société de gestion collective demande également à ce que la compensation prévue en cas de violation du droit d’auteur soit bonifiée afin de dissuader les établissements de tester les limites de la loi.

Mme Couette ne craint pas que ce resserrement limite l’accessibilité des textes, bien au contraire.

«Le fait de rémunérer les auteurs encourage la création, plaide-t-elle. C’est peut-être plus la culture de la gratuité à mon sens qui risque d’empiéter sur l’accessibilité, plus que le fait de payer raisonnablement les droits d’auteur — comme cela se doit, comme pour toute personne qui travaille!»

Plusieurs dizaines d’auteurs ont affiché leur soutien à la cause dans le cadre du Salon du livre de Montréal, dont Biz, Sylvie Payette, Simon Boulerice, Fanny Britt et Webster, entre autres.

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Handke défend son soutien controversé à la Serbie

BERLIN — L’écrivain autrichien Peter Handke, prix Nobel de littérature 2019 controversé, a défendu mercredi son engagement en faveur des Serbes au moment de la guerre en ex-Yougoslavie et assuré ne s’être «jamais incliné» devant Slobodan Milosevic.

«À aucun moment je ne me suis incliné (devant l’ancien homme fort de Belgrade). Ni intérieurement, ni extérieurement», assure l’Autrichien de 76 ans dans un entretien à Die Zeit, le premier dans lequel il revient sur ses engagements controversés depuis l’attribution du prestigieux prix Nobel en octobre.

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Marc Levy se lance dans la littérature pour enfants

PARIS — L’écrivain à succès Marc Levy, considéré comme l’auteur français le plus lu dans le monde, publie jeudi son premier roman à destination des enfants inspiré de son best-seller, «Le Voleur d’ombres», paru en 2010.

Intitulé Le Petit voleur d’ombres, le roman destiné aux enfants à partir de 8 ans, se déclinera en plusieurs épisodes.

Les deux premiers tomes, disponibles jeudi en attendant un troisième opus en 2020, bénéficient chacun d’un tirage de 25 000 exemplaires, a indiqué l’éditeur Robert Laffont. Les deux livres (80 pages) sont illustrés par Fred Bernard, l’une des plus belles plumes pour la jeunesse.

Le petit voleur d’ombres met en scène un garçon qui vient d’entrer en école secondaire. Non seulement il est le plus petit de la classe, mais il arrive dans une nouvelle école d’une petite ville où il ne connaît personne.

L’année s’annonce difficile, mais bientôt sa vie va devenir extraordinaire. Un phénomène étrange se produit quand il marche sur l’ombre des gens...

Il s’agit assurément de livres pour enfants, mais les adultes pourront les lire sans déplaisir. On retrouve dans les deux premiers tomes du Petit voleur d’ombres des thèmes que les lecteurs habituels de Marc Levy connaissent bien. 

L’absence du père

Comme dans Ghost in Love, son 20e roman publié en mai dernier, on décèle dans ce livre pour enfant une marque presque toujours sous-jacente dans l’œuvre de l’écrivain aux 45 millions de livres vendus dans le monde : l’ombre du père absent.

L’écrivain âgé de 58 ans aborde avec délicatesse, mais sans faux-semblants le thème de la séparation.

Marc Levy n’est pas le seul écrivain pour «adultes» à se lancer dans la littérature jeunesse.

Membre du club très fermé des écrivains français vendant plus d’un million de livres par an, réputé pour ses thrillers, Michel Bussi, a ainsi publié l’an dernier Les contes du réveil-matin (Delcourt), livre illustré par Éric Puybaret, racontant au fil de onze histoires, les aventures d’un petit garçon appelé Corentin.

Des auteurs reconnus comme Alain Mabanckou, Delphine de Vigan ou Daniel Picouly ont également écrit des livres pour enfants.

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Ian Williams remporte le prix Giller pour «Reproduction»

TORONTO — Le romancier Ian Williams a rendu hommage à un grand nom de la littérature canadienne alors qu’il acceptait le prix Giller de la Banque Scotia — et sa bourse de 100 000 $.

Ian Williams a étouffé ses larmes en montant sur la scène pour recevoir l’honneur qui lui a été décerné pour son premier roman, Reproduction.

«J’ai des notes ici pour les personnes que je dois remercier, mais peut-être que je commencerai avec mon cœur», a déclaré Ian Williams à la foule. «Margaret Atwood, là-bas, [a écrit] le premier livre que j’ai acheté avec mon propre argent dans une librairie de Brampton.»

Dans une entrevue après la cérémonie, Ian Williams a expliqué que cette marque d’amour envers Margaret Atwood lui permettait de la remercier de lui avoir permis de passer les étés de son enfance plongé dans sa poésie.

«Comment pouvez-vous dire à une écrivaine que vous avez l’impression de la connaître, qu’elle est comme votre mère littéraire et qu’elle a toujours été là pour vous, pendant tout ce temps?» a lancé le nouveau lauréat à La Presse canadienne.

«Je suis sûr que beaucoup de gens ressentent exactement la même chose pour elle, et elle nous donne également ce sentiment de fierté. Elle en a tellement fait pour ce pays.»

Reproduction, publié par Random House Canada, retrace les liens qui unissent les membres d’une famille transculturelle dans la ville natale de Ian Williams, Brampton, en Ontario.

À partir de là, l’auteur raconte un récit tellement enchevêtré qu’il s’oppose aux conventions romanesques.

Les membres du jury ont félicité Ian Williams pour «un remarquable décorticage des liens et des événements imprévisibles qui unissent des gens d’ethnicités, de classes sociales, de genres et de lieux de résidence différents».

Ian Williams a battu les autres finalistes David Bezmozgis, Michael Crummey, Alix Ohlin, Steven Price et Megan Gail Coles.

Le prix Giller permet de remettre chaque année 100 000 $ à l’auteur du meilleur roman ou recueil de nouvelles canadien publié en anglais, et 10 000 $ à chacun des finalistes.  

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James Ellroy: l’Amérique au vitriol et au passé (re)composé

PARIS — Ne l’interrogez pas sur l’actualité, sous peine de le voir quitter la pièce. Pour le maître du roman noir, James Ellroy, «seule l’Histoire compte», en l’occurrence celle de Los Angeles, qu’il fait revivre en 1942 dans une nouvelle fresque testostéronée de haut vol.

«C’est toujours l’Histoire qui a compté pour moi. Le présent, je l’ignore», affirme le célébrissime écrivain du Dahlia noir et de L.A. Confidential, autant connu pour ses formules provocantes que pour ses pavés à la noirceur profonde.

«Je ne parle pas du présent et je ne réponds à aucune question sur le présent. Ça ne m’intéresse pas : je ne veux pas écrire dessus, je ne veux pas en parler et je ne veux répondre à rien d’autre que des questions sur la Seconde Guerre mondiale», lance-t-il, lors d’une entrevue à l’AFP, s’apparentant à un sport de combat.

Rien d’étonnant quand on sait qu’Ellroy est un passionné de boxe, un des seuls programmes télévisés trouvant grâce à ses yeux.

Fini donc les envolées réactionnaires pour l’homme de 71 ans, «en bonne santé», confie-t-il, pour la sortie en français de La tempête qui vient. «Les gens attendent de moi que je fasse part de mes opinions, mais c’est non.»

En revanche, la provocation n’est jamais loin pour l’amateur de chemises à fleurs qui plonge depuis les années 80 dans les recoins les plus sombres de l’Amérique.

Une fois les rodomontades passées, Ellroy est prêt à parler de son nouvel opus (700 pages), qui démarre le 30 décembre 1941, un peu moins d’un mois après l’attaque de Pearl Harbor. À la suite de quoi, des rafles se produisent contre les Américains d’origine japonaise.

Comme toujours chez lui, il est question de flics alcooliques, d’obsessions, de corruption, de racisme, de crimes et d’extrême violence. Certains personnages de précédents livres font leur réapparition, comme Dudley Smith, policier irlandais du LAPD, brutal et sans vergogne.

Pour Ellroy, qui se définit comme un romancier historique plus qu’un écrivain de romans noirs, il s’agit de créer une grande œuvre en reprenant des personnages de son premier quatuor se déroulant dans les années 50, et en les imaginant plus jeunes. En prenant en compte sa trilogie Underworld USA (sur les années 60), il ambitionne de réaliser une gigantesque fresque de l’Amérique sur 31 ans (de 1941 à 1972).

«J’ai inventé un genre»

«Il me reste deux livres à écrire dans ce quatuor. On verra après si j’arrive encore à écrire une seconde trilogie Underworld. Je serai vieux et je ne veux pas devenir comme Philip Roth qui écrivait à la fin des livres de plus en plus courts.

«Ce que je veux, c’est écrire des putains de gros pavés, avec une vision épique et de belles couvertures», dit-il, estimant, un brin mégalo, avoir «créé un genre» à lui tout seul.

Pour La tempête qui vient, cinq ans de travail furent nécessaires, des centaines de notes et la structure du livre résumée... sur 500 pages. «Je connais tous les personnages, tous les schémas historiques, toutes les histoires d’amour, j’écris jusqu’à ce que ça soit parfait», confie celui qui travaille sans ordinateur, dictant à son assistante.

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Le Goncourt des lycéens décerné à Karine Tuil pour Les choses humaines

RENNES — La romancière Karine Tuil a remporté jeudi le prix Goncourt des lycéens pour Les choses humaines, après avoir déjà été récompensée la veille par le prix Interallié.

«Force et finesse de l’écriture», «thème d’actualité, certes, mais abordé de façon originale», «réflexion profonde sur nos agissements et sur la complexité des choses humaines» : les 12 lycéens constituant le jury final ont ainsi motivé leur choix.

La romancière l’a emporté dès le premier tour par sept voix, contre cinq à Mur Méditerranée de l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert. Elle succède à David Diop, récompensé en 2018 pour son roman Frère d’âme.

«Je suis extrêmement émue. Merci à vous [...] C’est une très grande joie de participer à ces échanges avec les lycéens», a réagi Karine Tuil, s’adressant par téléphone à l’auditoire.

Le roman, le 11e de l’écrivaine, raconte une affaire de viol qui parle aussi de domination, des faux-semblants et du culte de la performance.

Sorti en août le dernier roman de Karine Tuil s’est déjà écoulé à 34 000 exemplaires, selon des données de GfK citées par le magazine professionnel Livres Hebdo.

Il y est question de sexe, de pouvoir et de médias. Alexandre, le fils brillant d’une famille en vue (Jean, le père, est un journaliste vedette de la télé, sa mère Claire est une essayiste féministe reconnue) est accusé de viol. Karine Tuil présente les faits sans fioritures et nous fait suivre de bout en bout le procès d’Alexandre.

Le lecteur se retrouve dans la peau d’un juré de cour d’assises. L’écrivaine laisse chacun de ses lecteurs se positionner en son âme et conscience et prendre le temps de la réflexion.

«Ça a été très dur de se mettre d’accord, car tous les romans étaient très bons. Mais Les choses humaines, c’est un roman qui nous parle», a justifié le jeune président du jury, Victor Belin, 17 ans. «C’est un roman [...] qui casse un peu les préjugés», estime-t-il.

Livres

Les lumières vives de Virginia Pésémapéo Bordeleau

Virginia Pésémapéo Bordeleau ne sait pas exactement à quoi s’attendre du spectacle prévu vendredi soir pendant le Salon du livre des Premières Nations. Mais elle prévoit une soirée «intense en émotions».

Waaskimaastiwaawin (qui signifie lumière vive) est un spectacle hommage consacré à l’œuvre de la poète, romancière et artiste-peintre crie, qui célébrera l’an prochain ses 40 ans de carrière. C’est même une illustration de son visage qui orne l’affiche du 8e Salon du livre des Premières Nations. 

Dire que tout ça a commencé par une boutade que l’artiste établie en Abitibi a envoyée à Louis-Karl Picard-Sioui, directeur de l’événement littéraire de Québec. Elle lui avait dit qu’en raison de son âge et de la longévité de sa carrière, elle était mûre pour un hommage… «J’avais lancé ça à la blague, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd», raconte-t-elle en riant. 

Le geste la touche beaucoup. Virginia Pésémapéo Bordeleau, née d’un père québécois et métis et d’une mère crie, s’est d’abord fait connaître pour son art pictural, dans les années 80. Elle a publié son premier roman, Ourse Bleue, en 2007. Mais elle tient à préciser qu’elle écrit depuis qu’elle a 12 ans, depuis presque aussi longtemps qu’elle peint, finalement. Dès 1983, elle publie dans des revues, notamment La Vie en rose, un magazine d’actualité féministe, à l’invitation de son amie, la regrettée Hélène Pedneault. Mais il lui a fallu du temps pour se «prendre au sérieux comme écrivaine», explique-t-elle. 

Après Ourse Bleue a suivi De rouge et de blanc, un recueil de poésie qui regroupe certaines de ses publications antérieures. L’amant du lac, en 2013, a été présenté comme le premier roman érotique d'une auteure amérindienne au Québec, tandis qu’avec L’enfant hiver, elle a exploré des thèmes récurrents chez elle, le deuil, la mort, qui se transforment invariablement en lumière. Son dernier recueil de poésie, Poésie en marche pour Sindy, a été publié en 2018 aux Éditions Quartz, une maison d’édition de Rouyn-Noranda. Elle y aborde un sujet délicat, celui des femmes autochtones assassinées et disparues. Elle a aussi réalisé sur le même thème un projet d’arts visuels, Les brodeuses, en duo avec une artiste mexicaine, Guillermina Ortega, qui s’intéresse au même phénomène dans sa communauté. 

Place aux écrivains autochtones

Fidèle participante du Salon du livre des Premières Nations, Virginia Pésémapéo Bordeleau estime qu’il s’agit d’un événement particulièrement unique, le seul dans le genre au Canada à sa connaissance. «Il y a vraiment quelque chose d’exceptionnel qui s’y passe, insiste-t-elle. On parle de choses dont on ne parle pas ailleurs. Je veux continuer à écrire pour pouvoir y venir toutes les années», avoue-t-elle en riant. 

Le monde de l’édition a bien changé depuis ses débuts comme écrivaine. Elle se considère chanceuse d’avoir une amie qui l’a introduite aux Éditions de la Pleine lune, là où on lui a donné la chance de publier son premier roman.  

«Heureusement que Rodney Saint-Éloi est arrivé ensuite, parce qu’il a décidé de publier tout ce qu’il y avait d’autochtone au Québec. Et il l’a très bien fait», ajoute-t-elle, en parlant de la maison d’édition Mémoire d’encrier, qui s’est spécialisée dans la publication de voix d’origines diverses. 

Virginia Pésémapéo Bordeleau, qui dit lire presque tout des auteurs autochtones, constate qu’il est rendu plus aisé de publier. «Je pense que les gens ont découvert une écriture et le talent des voix autochtones. C’est une voix qui est différente», insiste-t-elle. L’écrivaine avoue aussi profiter du Salon du livre pour faire ses emplettes de l’année.

Durant l’événement, elle participera à de nombreuses activités, tables rondes, séances de signature, déjeuners-poésie, dans les deux lieux principaux de la manifestation littéraire, la Maison de la littérature et le Morrin Centre. 

Ensuite, elle retournera dans ses terres, près de Rouyn-Noranda, pour retrouver l’espace et le silence nécessaire à la création. Elle prévoit entreprendre une nouvelle série de tableaux et espère pouvoir mettre en chantier son prochain projet littéraire.

Le 8e Salon du Livre des Premières Nations se tient de jeudi à dimanche à Québec. Pour info : kwahiatonhk.com 

Livres

Gilles Jobidon lauréat du Prix des cinq continents

PARIS — Le Prix des cinq continents de la Francophonie a été décerné mardi à l’écrivain québécois Gilles Jobidon, pour «Le Tranquille affligé», a annoncé l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Au milieu du XIXe siècle, un jésuite défroqué, Jacques Trévier, doit ramener en Chine depuis une île de la mer d’Oman un maître artisan inventeur d’une teinture noire unique qui aurait le pouvoir magique de régler les multiples maux qui gangrènent l’empire, en pleine guerre de l’opium. Il y rencontrera l’amour de sa vie sous les traits d’une femme albinos belle comme une apparition.

Livres

Dany Laferrière: «Je commence à devenir écrivain»

En personne comme dans ses livres, les idées de Dany Laferrière semblent parfois se succéder de façon disparate et, pourtant, tout coule de source. Dans Vers d’autres rives, à paraître le 12 novembre, l’écrivain reprend la même approche formelle que pour Autoportrait de Paris avec chat : récits fragmentés, écriture manuscrite, dessins naïfs et colorés.

La matière, elle, est tout autre, alors qu’on vogue sur les rivages de Petit-Goâve et de Miami. Le Soleil a rencontré l’écrivain en septembre, lors de son passage à Québec pour les Journées de la culture. Voici, à son image, une entrevue en fragments, à lire dans l’ordre ou dans le désordre.

› «C’est le chemin qui compte»

Dans son nouveau carnet illustré, Dany Laferrière s’est libéré plus que jamais d’une quelconque précision archivistique sur ses souvenirs. «Je ne sais même pas quel jour on est, quel mois à peine», lance-t-il, amusé. «Et ce, de moins en moins. Parfois, je me frappe la tête pour savoir dans quelle ville je suis. Bon, pas au Québec, à Montréal, parce que c’est ma ville, mon pays, ou encore à Port-au-Prince, et même à Paris maintenant aussi. Mais à part ça, que je sois à Moscou, à Pékin ou à Shanghai, ça devient secondaire. Ce sont les gens qui m’importent. Beaucoup plus que les paysages, ce sont les gens. Je me souviens des émotions et des sensations», explique l’écrivain.

Dans son écriture, cela se traduit par une propension à «effacer le cadre pour ne garder que l’émotion». «Dans ce sens-là, je commence à devenir écrivain, je pense», poursuit-il, presque étonné lui-même. «Ça ne veut pas dire que je vais écrire beaucoup d’autres livres. Être écrivain, ce n’est pas forcément écrire des livres, c’est vraiment le chemin qui nous amène à ressentir. C’est le chemin qui compte.»

› Parler de ses filles

Dans Vers d’autres rives, Dany Laferrière parle de la décennie où il a vécu à Miami. «J’ai quitté Port-au-Prince en 1976 et je quitte Montréal en 1990 pour Miami. Pourquoi? J’avais écrit un premier roman qui avait du succès et j’avais peur de devenir un écrivain célèbre avant d’être un écrivain», écrit-il dans son bouquin. «J’ai parlé de Miami, mais ce qui est nouveau, c’est que j’ai parlé de ma famille. J’ai parlé de ma femme et de mes filles, et c’est rare, parce que j’ai refusé pendant longtemps de parler d’elles», précise Dany Laferrière en entrevue. Oui, il a souvent parlé de sa mère, de sa grand-mère, de ses tantes, de «sa mythologie», en quelque sorte. Parler de son cocon familial lui est apparu inévitable, soudainement. «Miami pour moi, c’était un endroit où j’écrivais. J’ai écrit 12 livres en 10 ans là-bas. Je ne connais pas Miami vraiment. Je connais les paysages et leurs visages [à ma femme et à mes filles]». 

Livres

Le prix Médicis à Luc Lang pour «La Tentation»

PARIS — Le romancier français Luc Lang, finaliste malheureux du Femina, a remporté vendredi le prix Médicis pour «La Tentation» (Stock), roman sombre et puissant qui raconte, à hauteur d’homme, l’histoire d’un monde en train de s’effondrer.

Le Médicis étranger a été attribué à l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir pour Miss Islande, traduit de l’islandais par Eric Boury (Zulma). Le Médicis essai a été attribué à Bulle Ogier et Anne Diatkine pour J’ai oublié (Seuil).

«J’ai essayé d’écrire une apocalypse», confiait récemment Luc Lang, âgé de 63 ans, à un journaliste de l’AFP.

Le livre était finaliste du prix Femina décerné mardi à Sylvain Prudhomme pour Par les routes (Gallimard).

Le héros de La Tentation, François, la cinquantaine, est un chirurgien renommé. Chasseur, on le découvre au début du roman  tenant dans sa ligne de mire un grand cerf à seize cors. François hésite, tire et blesse l’animal.

Est-ce là que tout commence à basculer ? François choisit de soigner l’animal plutôt que de l’achever. Alors qu’il s’apprête à rejoindre l’animal blessé, une voiture surgit brutalement sur la petite route de montagne. Dans l’habitacle, François croit voir le visage apeuré de sa fille.

François est père de deux enfants. Mathieu, son fils exilé à New York, est financier international adepte de placements à risques. Mathilde, sa fille, a abandonné ses études de médecine pour suivre un golden-boy, client de son frère, peu scrupuleux.

À travers ses enfants, François est le témoin d’un monde, le sien, en train de disparaître.

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions. Dans un monde où l’argent est roi, quelle place reste-t-il pour des valeurs devenues ringardes comme l’humanisme, la compassion ou la charité ?

«Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours», déplorait Luc Lang lors de sa rencontre avec l’AFP.

Dans le monde cupide et sans affect incarné par ses enfants, François le chasseur, François «l’honnête homme» au sens qu’il avait au XVIe siècle, n’est-il pas devenu la proie comme le cerf qu’il tenait dans sa ligne de mire?

Luc Lang, qui aime les mots rares, écrit avec la précision du chirurgien maniant son scalpel. En lisant son roman, on pense évidemment à la «tentation du désespoir» de l’écrivain catholique Bernanos.

Le roman s’achève dans une explosion de violence, une apocalypse où, étrangement, l’espoir demeure. «Je voulais une apocalypse joyeuse», avait confié l’écrivain. Une apocalypse comme une rédemption.

L’an dernier, le prix Médicis avait été décerné à Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

Livres

Pete Townshend présente son premier roman

LONDRES — Le guitariste et compositeur du groupe de rock britannique The Who, Pete Townshend, a présenté jeudi à Londres son premier roman, L’ère de l’anxiété, dont il a conçu en parallèle une version pour l’opéra.

The Who, à l’origine de chansons devenues de véritables hymnes de leur époque comme My Generation, sortira un nouvel album le 6 décembre, intitulé WHO.

«Je ne me suis pas lancé avant dans l’écriture de romans, parce que je pensais que je n’étais pas assez compétent pour ça», a déclaré en riant le compositeur.

Le premier roman de ce guitariste de légende, âgé de 74 ans, se déroule sur fond de sexe, drogue et rock and roll, à l’image de sa carrière. Il propose une galerie de personnages tous plus ou moins sujets à des expériences à la frontière de l’imagination et de l’hallucination.

Ici une ancienne rock star devenue un ermite peignant des visions apocalyptiques, là un jeune compositeur sujet à des hallucinations qui trouveraient leur source dans l’anxiété des Londoniens. 

«Je dirais que le roman est à 80 % issu de la réalité. J’ai beaucoup observé ce qui m’entourait et on y retrouve aussi pas mal de faits autobiographiques», a estimé la vedette, évoquant son rapport à la drogue.

Townshend a conçu une version pour l’opéra, qu’il espère pouvoir porter à la scène en 2021. Il a confirmé avoir déjà composé «en grande partie» la musique. 

Livres

Le romancier Sylvain Prudhomme remporte le Femina avec «Par les routes»

PARIS — Le cru 2019 des grands prix littéraires du monde francophone continue d’être dévoilé cette semaine en France avec la remise mardi du Femina à Sylvain Prudhomme pour «Par les routes», roman aux accents mélancoliques sur l’art de l’abandon.

Le jury exclusivement féminin a également décerné le Femina étranger à l’Espagnol Manuel Vilas pour Ordesa, et un prix spécial pour l’ensemble de son œuvre à l’autrice irlandaise Edna O’Brien.

«C’est un livre où j’ai essayé de parler du désir de liberté qu’on a un peu tous», a déclaré l’écrivain français Sylvain Prudhomme, 40 ans, à la remise de son prix à Paris, dans un salon du très chic Cercle de l’union interallié, près de l’Élysée.

«Mon livre, a-t-il reconnu, est aussi sur la liberté qu’on laisse à ceux qu’on aime.»

L’écrivain français, qui signe là son huitième roman, succède à Philippe Lançon couronné l’an dernier pour Le lambeau, récit autobiographique sur une reconstruction, physique et psychique, après la tuerie dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris.

Par les routes met en scène un homme d’une quarantaine d’années jamais autrement nommé que «l’auto-stoppeur». En couple avec une traductrice nommée Marie, père d’un petit garçon, l’auto-stoppeur ne peut s’empêcher de partir régulièrement, pouce levé, au hasard sur les routes de France.

L’histoire est racontée par Sacha, un ancien ami de l’auto-stoppeur. Écrivain, Sacha est venu s’installer dans une petite ville du sud-est sans savoir qu’il y retrouverait l’ancien compagnon de jeunesse avec qui, vingt ans auparavant, il avait sillonné la France en auto-stop.

L’un s’est assagi, l’autre, doux et aimant, a toujours pourtant ce besoin paradoxal de bouger, d’aller voir d’autres ailleurs même si, le plus souvent, ce sont des aires d’autoroutes. «C’était comme s’il avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres», écrit joliment Sylvain Prudhomme en parlant de son auto-stoppeur.

Au fil des absences de plus en plus longues et fréquentes de l’auto-stoppeur, Sacha se rapproche de Marie et de leur fils Agustin.

Mais le livre du romancier, publié chez L’Arbalète/Gallimard, n’est pas un vaudeville. Ce qu’offre Sylvain Prudhomme, qui a figuré dans les sélections du prix Renaudot, de l’Interallié et du Grand prix du roman de l’Académie française, est une splendide ode à la liberté. Il existe une multitude d’existences possibles, rappelle l’écrivain.

Un air de Leonard Cohen

Le livre (304 pages) est délicat, sans emphase. La tonalité du roman oscille entre Lodoli (l’écrivain italien que traduit Marie et dont elle dit : «Toujours la même chose. La vie qui passe. Le temps qui s’en va. C’est tout simple, il n’y a jamais rien de spectaculaire») et Leonard Cohen qu’on entend fredonner Famous Blue Raincoat, où il est question d’une fille que l’on est deux à aimer et où l’un des garçons dit à l’autre : «Je suis heureux que tu te sois trouvé sur ma route».

Camille Laurens, présidente cette année du jury du Femina, a salué en Par les routes un livre «très contemporain qui dit quelque chose de très fort sur l’amour et l’amitié et en même temps sur cette jeunesse qui ne veut pas s’en aller».

Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour Giono, furioso (Stock). Une mention spéciale en tant que «lanceur d’alerte» a distingué La fabrique du crétin digital : les dangers des écrans pour nos enfants (Seuil) de Michel Desmurget.

La saison 2019 des prix littéraires du monde francophone, semaine la plus attendue et la plus redoutée des éditeurs, s’est ouverte par le plus prestigieux d’entre eux, le Goncourt, décerné lundi au discret écrivain français Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier).

Le prix Renaudot a été remis lundi à Sylvain Tesson pour La panthèse des neiges (Gallimard).

Reste encore à décerner le Médicis qui fera connaître son choix vendredi pour ce prix réputé couronner des œuvres aux qualités littéraires affirmées et remis l’an dernier au subversif Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

Livres

Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis: une semaine de grands prix littéraires

PARIS — La semaine qui vient est la plus attendue et la plus redoutée des éditeurs. À partir de lundi et jusqu’à vendredi, les jurys des prix Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis choisiront les lauréats des grands prix littéraires d’automne.

L’heure de la consécration va-t-elle sonner pour la romancière belge Amélie Nothomb, présente (et seule femme) dans le dernier carré de la sélection du Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone?

La réponse sera donnée lundi au restaurant Drouant à Paris quand Didier Decoin, secrétaire général de l’académie Goncourt, donnera le nom de l’auteur qui recevra, 100 ans après Marcel Proust, le fameux prix.

Dans la foulée, toujours au Drouant qui vient d’être rénové, le président du jury Renaudot, Christian Giudicelli, annoncera son lauréat.

Nothomb ou Dubois?

Quatre auteurs sont en lice pour succéder à Nicolas Mathieu. Les finalistes du Goncourt sont Jean-Luc Coatalem, 60 ans, pour La part du fils (Stock), Jean-Paul Dubois, 69 ans, pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier), Amélie Nothomb, 53 ans, pour Soif (Albin Michel) et Olivier Rolin, 72 ans, pour Extérieur monde (Gallimard).

Comme chaque année, le magazine professionnel Livres Hebdo a interrogé 16 journalistes littéraires, dont celui de l’AFP, pour recueillir leur pronostic.

Les journalistes sont partagés. Ils sont aussi nombreux à prévoir l’attribution du prix à Amélie Nothomb qu’à Jean-Paul Dubois. Une seule journaliste a avancé le nom de Jean-Luc Coatalem, également finaliste du Renaudot.

À la question, qui mériterait le Goncourt? les journalistes mettent clairement en avant Jean-Paul Dubois devant Olivier Rolin.

Si Amélie Nothomb décrochait le Goncourt ce serait un événement. Depuis une trentaine d’années, la romancière belge est une locomotive de l’édition. Chacun des ses livres est un best-seller. Soif où la romancière se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion s’est déjà écoulé à 146 000 exemplaires.

Les surprises du Renaudot

Cinq auteurs dont la jeune primo-romancière Victoria Mas (Le bal des folles, Albin Michel) sont en lice pour le Renaudot. On trouve aussi l’écrivain franco-djiboutien Abdourahman Ali Waberi (Pourquoi tu danses quand tu marches?, JC Lattès).

Outre Jean-Luc Coatalem, les autres finalistes sont Emma Becker (La maison, Flammarion) et Jean-Noël Orengo (Les jungles rouges, Grasset).

On restera prudent cependant en se souvenant que l’an dernier le jury du Renaudot où figurent notamment les iconoclastes Patrick Besson et Frédéric Beigbeder avait choisi Valérie Manteau pour Le sillon (Le Tripode), une romancière qui ne figurait pas dans la liste de ses finalistes.

Le Renaudot doit également décerner un prix dans la catégorie essai.

Le très chic Femina

Le jury exclusivement féminin du prix Femina se réunira mardi dans un salon du très chic Cercle de l’Union interallié, à deux pas de l’Élysée.

Six auteurs dont deux femmes sont en lice pour succéder à Philippe Lançon couronné l’an dernier pour Le lambeau (Gallimard).

Les finalistes du Femina sont Dominique Barbéris (Un dimanche à Ville d’Avray, Arléa), Michael Ferrier (Scrabble, Mercure de France), Luc Lang (La tentation, Stock), Sylvain Prudhomme (Par les routes, Gallimard), Alexis Ragougneau (Opus 77, Viviane Hamy) et Monica Sabolo (Eden, Gallimard).

Le Femina doit également décerner un prix pour un roman étranger et pour un essai.

Qualités littéraires

Le Médicis fera connaître son choix vendredi au restaurant La Méditerranée, place de l’Odéon.

Huit auteurs sont en lice pour ce prix réputé pour couronner des oeuvres aux qualités littéraires affirmées. Le jury avait ainsi récompensé l’an dernier le subversif Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

Les finalistes sont Santiago H. Amigorena (Le ghetto intérieur, P.O.L), Brigitte Giraud (Jour de courage, Flammarion), Claudie Hunzinger (Les grands cerfs, Grasset), le jeune primo-romancier Victor Jestin (La chaleur, Flammarion), le finaliste du Femina Luc Lang, le primo-romancier Guillaume Lavenant (Protocole gouvernante, Rivages), Vincent Message (Cora dans la spirale, Seuil) et Christine Montalbetti (Mon ancêtre Poisson, P.O.L).

Le Médicis remettra également un prix pour un roman étranger et un prix pour un essai.

Livres

Prix du Gouverneur général: la poésie d’Anne-Marie Desmeules primée

Parce qu’elle y aborde la maternité d’un point de vue sombre et non conventionnel, Anne-Marie Desmeules dit avoir hésité avant de publier «Le tendon et l’os», son deuxième recueil de poésie. L’avenir lui a donné raison d’avoir osé : la voilà lauréate d’un prix littéraire du Gouverneur général.

«J’ai pensé me rétracter avant de l’envoyer, raconte la Lévisienne. Il y avait des choses là-dedans que je trouvais dérangeantes à dire. Ça me demandait de les affiner beaucoup, même s’il y a une grande part de fiction là-dedans.»

Livres

Corto Maltese de retour avec un album sur sa genèse

MADRID — La saga Corto Maltese est de retour avec «Le Jour de Tarowean» sur la genèse de l’un des plus célèbres marins du monde de la bande dessinée.

Dans ce nouvel album, le troisième signé Juan Diaz Canales/Rubén Pellejero, le scénariste et le dessinateur espagnols reviennent sur les événements antérieurs au premier numéro de la série, La Ballade de la mer salée, publié en 1967.

Comme dans ce premier opus — écrit par le père de Corto Maltese, l’Italien Hugo Pratt, mort en 1995 et qui en a signé 12 au total —, Le Jour de Tarowean se déroule dans les eaux du Pacifique Sud, en 1913, autour d’un Corto Maltese croqué sous ses traits habituels: casquette, rouflaquettes et regard perçant.

Il y retrouve les mêmes personnages: le pirate Raspoutine, le chef de tribu Cranio et le mystérieux Moine, dont le visage n’est jamais dévoilé.

«J’ai toujours eu envie, comme beaucoup de lecteurs, de savoir ce qu’il s’était passé avant La Ballade de la mer salée», explique à l’AFP Rubén Pellejero, connu pour les aventures de l’antihéros «Dieter Lumpen».

Dans ce 15e album, Corto est envoyé en négociateur chez les Dayak, indigènes de l’île de Bornéo craignant les conséquences sur leur environnement de l’exploitation de la gutta-percha (une sorte de gomme) par les Rajahs blancs du Royaume de Sarawak.

Il tente d’aider un jeune et silencieux aborigène à revenir sur les traces de son passé, accompagné d’une touchante «Sirène», une jeune fille Néerlandaise handicapée.

Troisième opus du duo espagnol

Écrire sur cette période jusque-là inconnue de Corto, fils d’un marin anglais et d’une gitane andalouse, a été un défi pour les deux vétérans espagnols.

«La Ballade de la mer salée n’était pas vraiment une histoire sur Corto Maltese, qui était plutôt un personnage secondaire pour Pratt. Mais au fil des pages, le personnage a pris de l’ampleur», explique Diaz Canales, scénariste de la série noire Blacksad.

«Le Corto de La Ballade de la mer salée était un peu plus crapule, il faisait plus pirate, il était peut-être aussi plus cynique et n’avait pas encore cette aura d’homme romantique et aventurier qu’on lui connaît maintenant», glisse le scénariste, qui souligne le «sens critique» dont fait preuve le héros dans cet album.

Car il refuse de «souscrire à 100% aux différentes idéologies qui l’entourent, et qui sont nombreuses», ajoute-t-il.

Le Jour de Tarowean est le troisième volume signé par les deux Espagnols depuis la décision, en 2015, de la société suisse qui gère les droits d’auteur d’Hugo Pratt, Cong SA, de ressusciter le célèbre aventurier.

En 2015, la version française du premier, Sous le soleil de minuit, s’était vendue à 200 000 exemplaires et le suivant, Equatoria, publié deux ans plus tard, à 150 000 exemplaire. Le Jour de Tarowean sera, lui, tiré à 180 000 exemplaires.

«Dans le premier album, je tâtonnais un peu mais avec ce troisième album, je suis beaucoup plus détendu», explique Rubén Pellejero.

Avec Hugo Pratt, «les dialogues étaient plus abondants et les plans plus figés. Nous avons dynamisé le texte et les vignettes pour coller avec les standards actuels», poursuit-il.

Déjà en librairie en Italie, cet album sortira en Espagne le 31 octobre et sera disponible le 6 novembre en France, publié par Casterman.

À l’unisson, les deux auteurs espagnols, qui poursuivront le projet entamé en 2015, ont assuré que le retour de la critique et les lecteurs est «très positif» et que Corto a bien d’autres aventures à vivre dans les années à venir.

Livres

Margaret Atwood est faite membre de l’Ordre britannique des compagnons

WINDSOR, Royaume-Uni — L’écrivaine canadienne Margaret Atwood a été faite membre de l’Ordre britannique des compagnons d’honneur, par la reine Elizabeth II, pour «services rendus à la littérature».

L’auteure du roman dystopique «La Servante écarlate» et de sa suite, «Les Testaments», qui vient de paraître, a serré la main de la souveraine, vendredi, en acceptant la distinction lors d’une cérémonie au château de Windsor. Vêtue d’une robe sombre, d’un foulard multicolore et d’un chapeau rouge à larges bords, l’écrivaine de 79 ans a déclaré aux médias britanniques qu’elle s’était sentie «un peu émue» en présence de la souveraine.

«Quand vous voyez la reine, à son âge, avec cet emploi du temps, c’est une inspiration pour tout le monde», a soutenu l’écrivaine canadienne.

Plus tôt ce mois-ci, Margaret Atwood avait remporté le prestigieux prix littéraire «Booker» pour «Les Testaments», conjointement - fait rare - avec l’auteure britannique Bernardine Evaristo pour «Girl, Woman, Other». L’adaptation de «La Servante écarlate» à la télévision fait un malheur présentement un peu partout dans le monde.

Créé par le roi George V en 1917, l’Ordre des compagnons d’honneur est une récompense spéciale destinée à ceux qui ont apporté une contribution majeure aux arts, à la science, à la médecine ou au gouvernement. L’ordre ne peut compter que 65 membres à la fois - surtout des Britanniques, mais un nombre restreint de lauréats peuvent provenir d’autres pays du Commonwealth.

L’Ordre comprend notamment les actrices Maggie Smith et Judy Dench, l’ex-premier ministre britannique John Major, l’archevêque sud-africain et militant des droits de la personne Desmond Tutu, l’écrivaine J.K. Rowling, le musicien Paul McCartney et l’ancien chef d’état-major canadien de la défense John de Chastelain, qui a joué un rôle majeur dans le processus de paix en Irlande du Nord il y a 25 ans.

Livres

Salon du livre de Rimouski: 6000 écoliers attendus

RIMOUSKI – Le Salon du livre de Rimouski, qui se tiendra du 7 au 10 novembre, connaît une popularité telle auprès de la clientèle scolaire que l’organisation a dû louer des espaces à l’extérieur du centre des congrès. «On devrait accueillir aux alentours de 6000 jeunes au Salon, indique le directeur général, Robin Doucet. On est vraiment à la limite de ce qu’on peut accepter!»

Les heures d’ouverture ont également été élargies pour recevoir tous ces écoliers. En plus de la visite du Salon, les jeunes participeront à un atelier donné par un auteur jeunesse. 

Le 54e Salon du livre de Rimouski est sous la présidence d’honneur de l’écrivain Patrick Sénécal. L’an dernier, environ 15 000 visiteurs ont visité le Salon. 

Parmi les nouveautés du plus ancien salon du livre au Québec, notons le projet Nourritures-Monde qui proposera aux visiteurs d’aller à la rencontre de 50 nationalités. Des immigrants de Rimouski partageront des recettes de leur pays d’origine et offriront des dégustations. 

Pour la responsable de l’animation, les conférences «Modeler le futur» sont parmi les temps forts de la programmation. «On se pose des questions sur notre société et on amène le public à se questionner sur l’avenir», décrit Camille Crédeville. Les conférenciers sont Martin Larocque, Alain Deneault, Martin Thibaut, Laure Waridel et Gérard Bouchard. 

Trois tables rondes sont inscrites à la programmation, dont celle intitulée «Le rapport au corps et le regard de la société sur le corps» à laquelle prendra part notre collègue Mickaël Bergeron, auteur du livre La vie en gros.

En collaboration avec le Carrefour de la littérature, des arts et de la culture, l’événement accueillera l’écrivain Michel Vézina et la musicienne et artiste en arts visuels Pauline Gonzalo. Le duo «poético-­punk» sera en résidence de création à Mont-Joli et à Rimouski.

Pour la programmation complète : 

www.salondulivrederimouski.ca

Livres

Montée d'«Adrénaline» pour la sortie du nouvel album d'Astérix

PARIS — «La fille de Vercingétorix», le 38e album des aventures d'Astérix le Gaulois sort jeudi partout en Europe avec, pour la première fois, une adolescente pas commode aux commandes.

Cette ado se prénomme Adrénaline et porte bien son nom. Chevelure rousse nouée par une longue natte, caractère bien trempé, aimant s'habiller «gothique plutôt qu'en fille», la fille de Vercingétorix va donner du fil à retordre aux Gaulois plus habitués à se battre avec les Romains qu'à se confronter à une adolescente rebelle... et fugueuse.

Québec en toutes lettres

«Géolocaliser l'amour»: la fin heureuse de Simon Boulerice

Peut-on parler d’une date réussie lorsqu’on se retrouve à passer la soirée enfermé dans les toilettes d’un inconnu à lire du Vicky Gendreau? Comment dire à l’homme qui vient d’enlever son chandail qu’il a une faute d’orthographe tatouée sur le torse? Les applications de rencontres sont une source inépuisable d’histoires incongrues, que Simon Boulerice a décidé d’aborder avec humanité dans «Géolocaliser l’amour».

Le roman par poèmes paru en 2016 aux éditions De ta mère revit sous forme de lecture théâtrale à l’occasion du 10e festival Québec en toutes lettres. Simon Boulerice livrera ses mots sur scène, accompagné de l’auteur BD Richard Vallerand et de Millimetrik à l’ambiance musicale, dans une mise en lecture de Élodie Cuenot.

Livres

La liste des célèbres oeuvres épistolaires

Les liaisons dangereuses (1782), Pierre Choderlos de Laclos

Deux adaptations cinématographiques, à la fin des années 1980, ont remis au goût du jour cette œuvre littéraire majeure composée de 175 lettres qui varient en style en fonction de celui qui tient la plume. Les manœuvres manipulatrices de la marquise de Merteuil et du vicomte de Valmont fascinent autant qu’elles rebutent. Éric Moreault

Livres

Barbara Cassin est devenue immortelle

PARIS — «Ni globish ni nationalisme», a affirmé jeudi à Paris devant ses pairs la philosophe et philologue Barbara Cassin, en devenant la neuvième femme à être officiellement accueillie à l’Académie française depuis sa création en 1635.

«Nous voulons contribuer à fabriquer une Europe résistante, qui refuse de s’en tenir à cette non-langue de pure communication qu’est le global english, dont les principales œuvres sont les dossiers de demandes de subvention, ces “soumissions” que classeront des “experts à haut niveau”», a insisté la nouvelle académicienne dans le discours d’éloge à son prédécesseur, le musicologue et musicien Philippe Beaussant.

«Nous refusons que nos langues, celles que nous parlons, le français, l’anglais lui-même [celui de Shakespeare, d’Emily Dickinson ou de Churchill], deviennent de simples dialectes, à parler chez soi», a poursuivi l’auteure de «l’éloge de la traduction».

«Nous nous opposons tout aussi fermement à la hiérarchie des langues et à leur prétention auto-proclamée à un génie supérieur», a souligné la philosophe, qui a choisi pour devise, gravée sur son épée high-tech, une phrase empruntée à Jacques Derrida : «Plus d’une langue».

«La singularité d’une langue, la force de son génie, la richesse de ses œuvres ne conduisent pas à la fermeture sur soi de cette langue ni du peuple qui la parle. Ce serait là faire le lit du pire des nationalismes. Il faut soutenir avec Umberto Eco que: “La langue de l’Europe — et peut-être la langue du monde —, c’est la traduction”», a insisté la philosophe qui aura 72 ans dans quelques jours.

Passionnée par la diversité des langues, Barbara Cassin a salué «l’importance, pour la France et pour le français, des langues parlées en France, toutes».

Elle a critiqué le gouvernement, qui avait décidé d’augmenter les droits d’inscription à l’université des étudiants étrangers. «À cause de la hausse différentielle des droits d’inscription» des étudiants étrangers «vont, bon gré mal gré, parler anglais en Chine», a-t-elle déploré, avant de se réjouir de la récente décision du Conseil constitutionnel qui a retoqué cette décision.

Arts et spectacles

La femme de personne: reine de sa destinée

Anne-Marie Desbiens s’est illustrée, l’an dernier, avec la parution de son premier roman d’époque, La jeune fille du rang, vendu à plus de 6000 exemplaires. Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour retrouver sa plume, cette fois sous le titre de La femme de personne. Sans être une suite au premier, ce nouvel ouvrage met cette fois en lumière Thérèse, la fougueuse cousine de Françoise, son héroïne de La jeune fille du rang.

« Ce roman est en effet dérivé d’un personnage secondaire de mon premier livre. Les deux peuvent se lire indépendamment, mais c’est le même univers, laisse entendre l’écrivaine. Mon éditrice m’a suggéré de reprendre le personnage de Thérèse pour en faire ma nouvelle héroïne. On l’aime tellement. Elle a deux ans de plus que Françoise, elle est très ambitieuse, elle a 35 ans, elle adore travailler, même si elle est mariée avec un enfant. Sa devise pourrait être “la fin justifie les moyens” ».

Livres

Margaret Atwood remporte son deuxième prix Booker pour «Les Testaments»

LONDRES — La célèbre écrivaine canadienne Margaret Atwood a remporté le deuxième prix Booker de sa carrière, mais cette fois-ci, elle doit le partager avec sa collègue britannique Bernardine Evaristo.

Dans une décision inhabituelle, le jury a choisi de faire une entorse au règlement pour décerner le prix 2019 aux deux autrices lors de la cérémonie présentée lundi soir à Londres.

Margaret Atwood est récompensée pour «Les Testaments», qui constitue la suite très attendue de son succès international «La Servante écarlate». Elle devient la quatrième double lauréate du prix.

De son côté, Bernardine Evaristo remporte le prix pour Girl, Woman, Other, qui n'a pas encore de traduction française. Elle devient également la toute première femme noire à obtenir le prix depuis sa création en 1969.

Lors de la cérémonie, Margaret Atwood s'est dite étonnée d'obtenir à nouveau cette reconnaissance alors qu'elle se considère «trop âgée», ajoutant qu'elle n'a pas besoin de toute cette attention.

«Ç'aurait été plutôt embarrassant pour moi, une bonne Canadienne, parce qu'on ne fait pas dans la célébrité. On trouve cela de mauvais goût», a-t-elle déclaré en se réjouissant de partager le triomphe avec Bernardine Evaristo.

À son tour, la co-lauréate a qualifié Mme Atwood de «légende».

Le prix Booker est considéré comme l'un des plus prestigieux de la littérature de langue anglaise et est assorti d'une bourse de 50 000 livres, soit environ 83 500 $. Les co-lauréates vont devoir se partager le prix.

Dans le communiqué de presse publié par l'organisation, on confirme que le jury a dérogé aux règles du concours. Depuis 1993, les règles précises qu'un seul lauréat peut être nommé. Toutefois, le prix a déjà été décerné à des co-lauréats en 1974 (Nadine Gordimer et Stanley Middleton) et en 1992 (Michael Ondaatje et Barry Unsworth).

En 2000, Margaret Atwood avait mis la main sur son premier prix Booker pour son roman «Le Tueur aveugle». Elle a été mise en nomination six fois.

Dans l'industrie du livre, «Les Testaments» est pressenti pour être l'un des meilleurs vendeurs de l'année, en raison notamment de l'immense popularité de la série télévisée inspirée du premier volet «La Servante écarlate», publié en 1985.

Un juge du prix Booker a qualifié le roman de Mme Atwood de «beau et sauvage», soulignant que son message est livré «avec conviction et puissance».

«On aime son observation de la complicité, de la résilience et de la résistance. On aime la langue, la puissance de sa manière de raconter. On aime l'ambition.»

Au sujet du huitième livre de fiction de Mme Evaristo, Girl, Woman, Other, le jury a dit avoir été charmé par la manière dont le roman donne la parole à des gens «qui ne peuvent pas toujours s'exprimer» et qui «rend visible l'invisible».

Le président du jury Peter Florence a soutenu que ce n'est pas par incapacité de nommer un gagnant que le comité a tranché pour deux co-lauréates, mais tout simplement parce qu'il «y avait deux romans que l'on voulait désespérément voit gagner».