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Salman Rushdie ne regrette rien

PARIS — «Je ne veux plus vivre caché», répète Salman Rushdie quand on évoque avec lui, souvent contre son gré, la fatwa qui pèse sur ses épaules depuis 30 ans.

L’auteur des Versets sataniques refuse de vivre en reclus, mais il a dû accepter de vivre sous protection policière depuis que l’ayatollah Khomeini, premier guide de la République islamique d’Iran, lui a offert le 14 février 1989 le plus empoisonné des vœux de Saint-Valentin : une condamnation à mort pour un livre jugé blasphématoire par les musulmans.

En visite en France l’automne dernier, Salman Rushdie expliquait : «Trente ans ont passé. Maintenant tout va bien. J’avais 41 ans à l’époque, j’en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d’autres raisons d’avoir peur, d’autres gens à tuer...».

Il racontait qu’à New York, où il réside depuis une vingtaine d’années (l’écrivain né à Bombay, en Inde, dans une famille musulmane, ayant vécu la majeure partie de sa vie au Royaume-Uni, est devenu citoyen américain en 2016), il pouvait mener «une vie normale» et prendre le métro «comme tout le monde».

Déjà des victimes

«Comme tout le monde»? Pas si sûr! Chez son éditeur à Paris, où un journaliste de l’AFP l’a récemment rencontré, il était impossible de ne pas remarquer la présence de nombreux policiers en civil.

La fatwa lancée par Khomeini n’a pas été levée et a déjà fait des victimes. En juillet 1991, le traducteur italien des Versets sataniques, Ettore Capriolo, est grièvement blessé dans un attentat tandis que le traducteur japonais, Hitoshi Igarashi est tué de plusieurs coups de poignard.

En 1993, l’éditeur norvégien du livre, William Nygaard, est grièvement blessé à son tour de trois balles dans le dos. La même année, le traducteur turc, Aziz Nesin échappe à un incendie criminel qui causera la mort de 37 personnes.

Quand on évoque avec elle, la publication en France (en septembre 1989) des Versets sataniques, Dominique Bourgois, la veuve de Christian Bourgois, se rappelle d’abord des menaces proférées à l’encontre de son mari.

Le livre, explique aujourd’hui l’écrivain, a été «grandement incompris». «Il s’agissait en réalité d’un roman qui parlait des immigrés d’Asie du sud à Londres et leur religion n’était qu’un aspect de cette histoire-là», dit-il.

Pour l’auteur indien Salil Tripathi, président du Comité des écrivains en prison de PEN International, organisme qui défend les écrivains victimes de persécutions, «l’affaire Rushdie a créé un frein mental» pour parler de l’islam.

«Quelle sorte d’éditeur publierait Les versets sataniques aujourd’hui? On trouverait peut-être des éditeurs voulant délibérément provoquer une réaction des musulmans, mais certains éditeurs traditionnels seraient réticents compte tenu de ce que nous savons», estime Salil Tripathi.

Il ajoute : «Si vous aviez posé cette question au cours des 30 années qui ont précédé la publication des Versets sataniques, la réponse aurait été bien sûr que n’importe quel éditeur le publierait».

Conrad et Tchékhov

Mais la fatwa a contraint Salman Rushdie à vivre caché durant 13 ans (de 1989 à 2002).

L’écrivain aux yeux plissés derrière ses fines lunettes cerclées de fer, le bouc devenu blanc et le front haut, a raconté ses années de cavale dans Joseph Anton (Joseph comme hommage à Conrad et Anton à Tchékhov, deux de ses écrivains préférés), son pseudonyme durant sa vie en clandestinité.

Publié en 2012, ce livre (au total Rushdie en a écrit 18, dont 13 romans) est sans aucun doute le plus bouleversant. L’écrivain raconte, en se mettant en scène à la troisième personne, sa vie de proscrit.

Celui qui se définit comme un «athée, mais fasciné par les dieux et prophètes» doit changer de planque chaque semaine. Il est obligé de se grimer. Voir son fils Zafar (né en 1979) relève du parcours du combattant...

Après le 11 septembre 2001, l’écrivain refuse définitivement de se cacher. Interrogé à l’automne 2018, en France, pour savoir s’il regrettait d’avoir écrit Les versets sataniques, l’écrivain sourit et, en français, glisse : «Je suis comme Édith Piaf, “Je ne regrette rien”».

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Joël Dicker, auteur le plus lu en 2018

PARIS — Le romancier suisse Joël Dicker a été l’écrivain francophone le plus lu en France en 2018, suivi par le dernier lauréat du prix Goncourt Nicolas Mathieu, selon le palmarès annuel L’Express, rendu public mercredi.

Ce palmarès, dévoilé chaque année début février et basé sur des ventes en France (hors poches), compte au total 34 noms. Y figure cette année celui de l’ancien président français François Hollande (18e auteur le plus lu) qui a fait un tabac en librairie avec Les leçons du pouvoir, livre-bilan de son quinquennat qui doit sortir en édition de poche en avril.

La romancière belge Amélie Nothomb est 13e de ce classement, et seul auteur à avoir toujours figuré dans le palmarès annuel du magazine L’Express. «Chaque année, je suis dans la liste», se félicite l’auteure des Prénoms épicènes.

Sans surprise, le palmarès compte les noms de lauréats de plusieurs grands prix littéraires de l’année écoulée en France dont ceux de Philippe Lançon (4e du classement pour Le lambeau) ou David Diop (23e avec Frère d’âme).

On y trouve également la jeune auteure belge Adeline Dieudonné à la 16e place pour La vraie vie, son premier roman et les «poids lourds» de la littérature francophone comme Guillaume Musso (5e avec La jeune fille et la nuit) ou Marc Levy (10e avec Une fille comme elle).

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Des oeuvres inédites de J.D. Salinger seront publiées

NEW YORK — L'un des plus grands mystères du monde du livre sera enfin dénoué : le fils de J.D. Salinger annonce la sortie éventuelle d'une oeuvre inédite de son père, aujourd'hui décédé.

Dans des commentaires publiés vendredi dans The Guardian, Matt Salinger a confirmé des informations qui circulaient selon lesquelles l'auteur de The Catcher in the Rye (L'attrape-coeurs) avait continué à écrire pendant des décennies malgré qu'il eut cessé de publier des livres.

Matt Salinger dit travailler «aussi vite que possible», en collaboration avec l'épouse de son père Colleen, afin de préparer le matériel à être publié.

«Il voulait que je rassemble tout ça et, en raison de l'ampleur du travail, il savait que cela prendrait beaucoup de temps», a mentionné l'héritier Salinger au sujet de son père décédé en 2010. Celui-ci n'avait rien publié de son oeuvre depuis le milieu des années 1960.

«C'était quelqu'un qui écrivait depuis 50 ans, sans publier. Alors, il y a beaucoup de matériel. Donc, ce n'est pas une question de réticence. Quand ce sera prêt, nous allons le partager», a-t-il expliqué.

Matt Salinger, qui aide à superviser le legs littéraire de son père, affirme que toute nouvelle oeuvre pourrait devoir encore attendre des années. Il n'a pas avancé de titre ni de synopsis. Il a cependant mentionné que la famille Glass rendue célèbre notamment dans Franny et Zooey serait de retour.

«Je ressens une forte pression pour que tout cela se réalise. Encore plus que lui», a confié le fils en ajoutant que ces oeuvres inédites vont «certainement décevoir des gens dont il se serait fiché, mais pas les vrais lecteurs. Je pense que ce sera extrêmement bien reçu par ces personnes et elles seront touchées de la même manière que tous les lecteurs espèrent être touchés lorsqu'ils ouvrent un livre».

L'éditeur de longue date des oeuvres de J.D. Salinger, Les éditions Little, Brown and Company, n'a fait aucun commentaire vendredi.

J.D. Salinger n'a publié que quatre livres au cours de sa vie. Le dernier texte qu'il a publié, intitulé Hapworth 16, 1924, est paru dans le magazine The New Yorker, en 1965.

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Emil Ferris sacrée à Angoulême

ANGOULÊME — En attribuant samedi soir son «Fauve d’or» du meilleur album BD à l’Américaine Emil Ferris, le jury du 46e festival d’Angoulême, en France, a réparé un long oubli des femmes dans le palmarès du plus convoité des prix de BD.

Emil Ferris, 56 ans, récompensée pour Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est seulement la sixième femme couronnée par la récompense suprême, depuis la création du festival en 1974.

La dernière lauréate en date était la Franco-Iranienne Marjane Satrapi pour Poulet aux prunes en 2005.

Le jury, présidé cette année par l’une des chefs de file de la BD belge d’avant-garde, Dominique Goblet, a également mis en avant les «petites» maisons d’édition (comme Atrabile, Presque lune, 2024... qui obtiennent chacune un Fauve) au détriment des maisons les plus connues du public comme Dargaud, Glénat, Dupuis ou encore Delcourt qui repartent bredouilles du festival.

La cérémonie de remise des prix s’est déroulée en présence du ministre français de la Culture Franck Riester qui avait profité auparavant de sa présence à Angoulême pour proposer que «2020 soit l’année de la BD».

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, premier roman graphique d’Emil Ferris, est édité par Monsieur Toussaint Louverture, une maison encore novice dans le domaine de la BD.

Pavé de 400 pages à la fois passionnant et surprenant, réalisé avec des stylos bille et des feutres, ce roman graphique, encensé par les critiques, se lit comme le journal intime d’une fillette fascinée par les créatures monstrueuses.

Parfois qualifié d’«objet littéraire non identifié», ce roman graphique a déjà été récompensé par trois Eisner Awards, dont meilleur album et meilleur auteur, au festival Comic-con de San Diego. Il avait reçu, juste avant le festival, le prix ACBD des critiques de bandes dessinées.

Surtout, cet ouvrage tient du miracle. Il a été dessiné pendant les quatre années et demie de convalescence d’Emil Ferris, à la suite d'une méningo-encéphalite contractée le jour de son 40anniversaire.

Le sang infecté par le virus du Nil occidental, l’auteure qui se déplace encore avec une canne, était guettée par la paralysie. Pour qu’elle puisse continuer à dessiner, ses proches lui fixaient un stylo sur la main avec des bandes adhésives.

Un Fauve pour Gustave Doré 

L’histoire racontée par Emil Ferris se déroule à Chicago dans les années 60. Karen Reyes, gamine de 10 ans, se passionne pour les fantômes, les vampires et les créatures fantastiques. Elle préfère s’imaginer en loup-garou et passe son temps à recopier des couvertures de magazines «gore».

Lorsque sa voisine Anka Silverberg, survivante de la Shoah, meurt d’une balle dans le cœur, elle mène des recherches sur l’Allemagne nazie et découvre la réalité complexe des monstres.

Mêlant à la fois souvenirs d’enfance, drame familial et récit historique, l’album constitue une ode à la différence et un plaidoyer en faveur du respect de l’Autre.

Le Fauve prix spécial du jury a été attribué au Belge néerlandophone Brecht Evans pour Les Rigoles (Actes Sud BD).

Spécialiste de l’aquarelle, l’artiste belge avait déjà été récompensé à Angoulême en 2011 par le prix de l’audace.

Son album de plus de 300 pages raconte les errances de trois noctambules dans une ville imaginaire.

Le Fauve révélation a été décerné à Emilie Gleason pour Ted drôle de Coco (Atrabile), bel album qui traite d’une façon tragi-comique la question de l’autisme.

La curiosité est l’attribution du prix du patrimoine à... Gustave Doré, le célèbre illustrateur mort à Paris en 1883. Le jury a en fait récompensé la réédition par la maison d’édition 2024 des Travaux d’Hercule, un ouvrage paru pour la première fois en 1847 quand Gustave Doré avait 15 ans.

L’an dernier, le Fauve d’or avait été attribué à Jérémie Moreau pour La saga de Grimr (Delcourt).

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Trop d'anglais au salon Livre Paris au goût d'une centaine d'écrivains

PARIS — Littérature «Young Adult», événement en «live», «bookroom», «photobooth»... : une centaine d'écrivains, d'essayistes, de journalistes et d'artistes ont dénoncé samedi le recours de plus en plus fréquent à des termes anglais, jusqu'au sein du salon Livre Paris.

«À Paris, dans un salon consacré au livre et accessoirement à la littérature, n'est-il plus possible de parler français?» s'interrogent-ils dans une tribune publiée par le journal Le Monde.

Ils dénoncent l'emploi de globish (anglais au vocabulaire limité) sur le site Internet de la manifestation, prévue en mars à Paris, site «qui a été, depuis l'écriture de cette tribune, actualisé».

«Pour la deuxième année consécutive, la littérature "Young Adult" est mise à l'honneur au salon Livre Paris», peut-on encore lire sur le site.

«Pour nous, intellectuels, écrivains, enseignants, journalistes et amoureux de cette langue venus de tous les horizons, "Young Adult" représente la goutte d'eau qui fait déborder le vase de notre indulgence, de notre fatalisme parfois», expliquent les auteurs de la tribune parmi lesquels figurent Tahar Ben Jelloul, Jean-Louis Fournier, Jean-Michel Guenassia, Michel Le Bris, Catherine Millet, Denis Podalydès, Michel Serres et Leïla Slimani.

«Nous savons qu'il ne s'agit pas seulement d'une question de mode, de modernité chic. Nous savons fort bien qu'il s'agit au fond de commerce et de mercatique, d'impérialisme linguistique pour mieux vendre partout les mêmes produits», assènent-ils.

«Nous demandons aux responsables du Syndicat national de l'édition et de Livre Paris d'exclure toute terminologie anglaise lorsqu'elle n'est pas indispensable», poursuivent les signataires.

«Nous demandons au ministre de la Culture de veiller, avec bien plus d'énergie qu'il ne le fait, à la défense et au respect de la langue française dans sa sphère de compétences. Aucune subvention ne peut être accordée à une manifestation culturelle où un seul mot français serait remplacé inutilement par un mot anglais», réclament-ils.

Le salon Livre Paris se tiendra du 15 au 18 mars dans la capitale française.

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Rumiko Takahashi lauréate du Grand prix d’Angoulême

ANGOULÊME — La mangaka Rumiko Takahashi, l’une des auteures majeures du manga, un genre particulièrement mis en avant à l’occasion du 46e festival de la BD, a remporté mercredi le Grand prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre.

Rumiko Takahashi, 61 ans, est seulement la deuxième femme à remporter ce prix prestigieux (décerné par l’ensemble de la profession) après Florence Cestac en 2000 (Claire Bretécher était arrivée ex æquo avec Jean-Claude Forest en 1983).

La quasi-absence de femmes parmi les Grands prix, voire parmi les nommés, a longtemps entaché le festival d’Angoulême. En 2016, indigné par l’absence de femmes dans la sélection, Riad Sattouf avait choisi de céder sa place à des femmes, dont une certaine... Rumiko Takahashi.

Avant elle, un seul autre mangaka, Katushiro Otomo (Akira) avait remporté le Grand prix d’Angoulême.

La consécration de la mangaka japonaise intervient alors que le festival international de la BD d’Angoulême (FIBD), qui ouvre ses portes jeudi, a décidé de mettre l’accent sur le manga, un genre qui a le vent en poupe.

200 millions d’exemplaires

La dessinatrice japonaise est l’un des auteurs les plus lus au monde avec plus de 200 millions d’exemplaires de ses mangas vendus. Au total, toutes séries confondues, elle a publié près de 200 tomes.

Formée à l’école de Kazuo Koike (Lone Wolf & Cub), elle est notamment l’auteure des séries Ranma 1/2, Urusei Yatsura ou encore de Maison Ikkoku.

Publiée entre 1978 et 1987, sa première grande série, Urusei Yatsura (34 tomes en v.o. et 18 tomes disponibles en français), met notamment en scène Lamu, la fille du chef d’une bande d’extraterrestres ayant eu la curieuse idée d’envahir notre planète.

La série a été produite en version animée sous le titre Lamu.

En 1980, Takahashi commence Maison Ikkoku (15 tomes en v.o., 10 en français), une grande saga romantique mettant en scène une jolie veuve de 22 ans, tenancière de la résidence Ikkoku. Une série animée inspirée du manga sera diffusée dans le monde francophone sous le titre Juliette, je t’aime.

Avec Mermaid Forest (Glénat) en 1987, Takahashi aborde un registre plus dramatique, nous contant la sombre destinée de l’immortel Yuta.

Mais son plus grand succès est sans conteste Ranma 1/2 (38 tomes, Glénat), série culte démarrée également en 1987.

Ce manga, cocktail détonnant de gags, quiproquos et combats d’arts martiaux, offre également une réflexion inédite et subtile sur la notion de genre. Jeune garçon, Ranma se transforme en fille au contact de l’eau froide...

De 1996 à 2008, elle élabore InuYasha, sa série la plus ambitieuse et la plus éclectique — 56 volumes — mêlant l’heroic fantasy et la romance, l’horreur et la fiction historique. Cette saga au long cours paraît chez Kana à partir de 2002.

Sa dernière œuvre, Rinne (série en 40 tomes), racontant l’histoire d’une fillette pouvant voir des fantômes, est publiée en France chez Kaze.

Comme lauréate du Grand prix, Rumiko Takahashi devra réaliser l’affiche de la prochaine édition et préparer une exposition rétrospective de son œuvre.

Elle était en lice avec l’Américain Chris Ware et le Français Emmanuel Guibert, tous deux déjà finalistes malheureux l’an dernier. Elle succède à l’Américain Richard Corben.

Le Fauve d’or, qui récompense le meilleur album de l’année, sera décerné samedi.

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Stephen King sauve la rubrique littéraire d’un journal du Maine

NEW YORK — Son journal local voulait supprimer les critiques littéraires pour réduire les frais : l’écrivain Stephen King a réussi, en quelques tweets, à sauver la rubrique menacée, heureux dénouement dans la lutte pour la survie que livrent de nombreux médias américains, frappés par la crise.

L’histoire a commencé vendredi, lorsque Stephen King, maître de l’horreur et du fantastique, a annoncé que The Portland Press Herald, un des principaux quotidiens de l’État du Maine, où il réside, allait supprimer sa rubrique dominicale consacrée aux livres écrits par des auteurs de ce petit État frontalier du Canada.

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La librairie Lello de Porto sauvée grâce à Harry Potter

PORTO — Au bord de la faillite, la librairie historique Lello de Porto, qui aurait inspiré J.K Rowling pour écrire Harry Potter, s’est sauvée en faisant payer l’entrée aux touristes, dont les fans du petit sorcier anglais.

Appareils photo à la main, des dizaines de personnes font sans cesse la queue pour visiter la librairie située dans le centre historique de Porto, devenue l’une des principales attractions touristiques de la ville du nord du Portugal.

Elle est notamment un lieu de visite obligatoire pour les admirateurs de Harry Potter. La romancière britannique  J.K. Rowling, qui a vécu à Porto au début des années 90, y a en effet puisé son inspiration pour décrire l’ambiance et les décors de la saga.

Comme d’autres célèbres librairies indépendantes du pays, Lello a pourtant bien failli mettre la clé sous la porte il y a quatre ans alors qu’elle voit aujourd’hui passer près de 4.000 visiteurs par jour en haute saison.

Pour éviter la faillite, la direction de la librairie a eu alors l’idée de multiplier les événements culturels et de faire payer l’entrée aux visiteurs, qui s’élève aujourd’hui à 5 euros.

Le prix du droit d’entrée est comme un «bon déductible lors de l’achat d’un livre», a expliqué à l’AFP l’une des responsables de presse de la librairie.

Ce système mis en place il y a quatre ans «a permis de réguler le flux des touristes» et «de transformer un visiteur en lecteur», se félicite Aurora Pedro Pinto, présidente du conseil d’administration.

Ce modèle est un succès puisqu’il a permis à la librairie de franchir une nouvelle fois le million de visiteurs en 2018, de passer de 9 salariés en 2015 à 60 début 2019, et de vendre en moyenne 1200 livres par jour, selon les chiffres communiqués par Lello.

Cette librairie à la façade blanche néogothique avec sa célèbre inscription «Lello & Irmao» (Lello & frère) en lettres enluminées, souvent désignée comme le «temple de la littérature» avec un fonds de plus de 60 000 livres, a vu passer les plus grands écrivains portugais.

Ses boiseries sculptées, son immense verrière colorée au plafond, ses rayonnages sur plusieurs mètres de haut et surtout son escalier central recouvert de laque rouge, en forme de huit, ont valu à cette librairie, qui commémore dimanche son 113e anniversaire, d’être distinguée à plusieurs reprises comme l’une des plus belles au monde.

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Le Brexit comme source d’inspiration

LONDRES — Le Brexit et les tensions qu’il a créées dans la société britannique, profondément divisée sur le sujet, sont une mine d’inspiration pour les écrivains, du roman politique à la satire futuriste.

L’influence du Brexit se fait sentir dans les ouvrages d’auteurs établis tels qu’Ali Smith et Jonathan Coe comme dans ceux de romanciers débutants comme James Silvester.

Les textes du genre — baptisé «Brex-lit» (un jeu de mots en anglais à partir des mots «Brexit» et «littérature», NDLR) — vont de la dystopie imaginée par les europhiles à la réflexion sur les divisions entre Britanniques.

«J’ai remarqué que les textes reçus ces dernières années vont généralement de la sombre dystopie à une nostalgie relativement nouvelle», confie à l’AFP Daniel Hiscocks, fondateur d’une petite maison d’édition indépendante. «Cela reflète la direction que prennent les discussions de comptoir», a-t-il ajouté.

Hiscocks a publié l’année dernière le roman Time of Lies (littéralement L’heure des mensonges), de Douglas Board, qui se déroule en Grande-Bretagne, en 2020, alors qu’un Donald Trump britannique vient d’être élu.

Board, un ancien fonctionnaire, dit à l’AFP avoir été poussé à écrire par «l’ignorance et le mépris qui existent entre la classe dirigeante et la population». «Les romans ont la possibilité de jouer dans un tout autre registre que les médias», fait-il valoir.

«État d’esprit de la nation»

Certains auteurs utilisent le pouvoir de la narration pour mettre en exergue les divisions révélées par le référendum de juin 2016 qui a décidé le Brexit.

L’éditeur européen Peirene a ainsi commandé à l’auteur Anthony Cartwright un roman en réponse aux critiques du Brexit. Son bref ouvrage The Cut (La coupure) relate la malheureuse histoire d’amour d’un citadin, réalisateur de documentaires, et d’une ouvrière. Au cœur d’une région ouvrière des West Midlands, les protagonistes peinent à se comprendre l’un l’autre, ainsi que leurs mondes respectifs.

«Nous devons au moins chercher à comprendre les gens avec lesquels nous ne sommes pas d’accord», avance M. Cartwright.

D’autres auteurs ont été motivés par la colère. «Mon livre est en large partie une réaction anti-Brexit», explique James Silvester, qui présente Blood, White and Blue (Sang, blanc et bleu) comme le premier roman «post-Brexit». Marié à une urgentiste slovaque victime d’un racisme accru depuis 2016, il voulait «encourager les gens à penser à la réalité du Brexit».

Silvester, dont le personnage principal est «une espionne anglo-tchèque qui se bat pour un pays qui la déteste, en plein chaos du Brexit», voulait montrer «ce que (le Brexit) fait aux gens, la souffrance qu’il a causée et continue de causer.»

«Antenne bien réglée»

Certaines des œuvres inspirées par le Brexit se déroulent dans des régions britanniques souvent ignorées par la littérature, comme le bastion pro-Brexit de l’Est de l’Angleterre dépeint dans Missing Fay, d’Adam Thorpe, ou les West Midlands où se déroule en large part Middle England, de Jonathan Coe.

Thorpe raconte l’histoire de la disparition d’une adolescente vivant dans un grand ensemble délabré. Il avait écrit la majeure partie de son récit avant le référendum, le situant dans une petite ville du Lincolnshire. Il n’est devenu un «roman du Brexit» que quand la «pauvreté et le sentiment de désespoir» décelés et dépeints par l’écrivain lui sont apparus comme des explications du résultat du vote, a-t-il expliqué.

«Les romanciers doivent avoir des antennes bien réglées pour capter les signaux que la population au sens large ignore», d’après lui.

Les auteurs sont là pour «contraindre les gens à penser et sentir les choses qui gênent», estime la romancière Amanda Craig. Dans The Lie of the Land, son récit d’un mariage en crise offre une analyse plus subtile des forces à l’origine du Brexit, notamment la pauvreté et la division entre ville et campagnes.

«La raison pour laquelle la littérature a perdu beaucoup de son pouvoir social, est que trop peu d’entre nous font ce que (Charles) Dickens faisait, dit-elle. Nous avons perdu la notion de mission morale (de la littérature). La fiction est là pour divertir, émouvoir et émerveiller, mais elle est aussi là pour faire réfléchir.»

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Des auteurs canadiens dans la liste des meilleurs livres de 2018 de Barack Obama

Les ouvrages des auteurs canadiens Esi Edugyan et Michael Ondaatje apparaissent dans la liste des meilleurs livres de 2018 de l’ancien président américain Barack Obama.

Esi Edugyan se retrouve dans la liste pour son roman «Washington Black», qui raconte l’histoire d’un garçon de 11 ans qui s’échappe de l’esclavage dans une plantation de canne à sucre des Barbades avec l’aide du frère du propriétaire.

Le livre avait remporté le prix Giller cette année et était finaliste pour le prix Man Booker de fiction.

«Warlight», de Michael Ondaatje est aussi mentionné par M. Obama, qui l’avait également inscrit dans sa liste de livres d’été.

Le roman, qui se déroule à Londres en 1945, relate l’histoire d’une frère et d’une soeur séparés de leurs parents.

En juillet, un autre livre de M. Ondaatje, «The English Patient» («Le Patient anglais»), publié en 1992, avait été nommé meilleur lauréat de tous les temps du prix Man Booker.