D’entrée de jeu, lorsqu’elle s’assied sur les planches pour se rapprocher de son public en peinant à se pencher, on a songé à ce numéro où elle se juchait péniblement sur un tabouret de bar.

Lise Dion: les boomers s’amusent

CRITIQUE / «Chu rendue là», clame Lise Dion sur l’affiche de son nouveau spectacle. Là, c’est une humoriste dans la soixantaine, toujours reine de l’autodérision, qui s’adresse plus que jamais à sa génération. Ça tombe bien, c’est principalement des membres de celle-ci qui l’ont accueillie chaleureusement jeudi soir, lors de la première à la salle Albert-Rousseau.

Il était attendu, ce retour sur scène. Avant même qu’elle ne prenne la route avec ce quatrième solo, la comique avait déjà vendu 90 000 billets, selon les chiffres dévoilés par son équipe. Avec 31 ans d’humour dans le corps, Lise Dion a rallié bon nombre de fans fidèles. Elle a laissé entendre que cette tournée pourrait être sa dernière. Et elle vient indéniablement y boucler une boucle.

On pense à ce bilan musical qui vient clore la soirée : elle revient à son numéro de vendeuse de beignes sur l’air de Je m’voyais déjà d’Aznavour, rend hommage à son Marcel avec Si j’étais un homme de Diane Tell, rappelle son célèbre numéro du point G sur Et si tu n’existais pas de Joe Dassin. Mais bien avant, il y a eu plusieurs clins d’œil au passé.

D’entrée de jeu, lorsqu’elle s’assied sur les planches pour se rapprocher de son public en peinant à se pencher (et encore davantage à se relever), on a songé à ce numéro où elle se juchait péniblement sur un tabouret de bar. Et elle ne s’est pas privée de rejouer la femme en boisson.

«En vieillissant...»

Lise Dion mise encore sur ce qui a fait son succès, la fille d’à côté maîtresse de l’autodérision. Et à entendre la foule s’esclaffer, ça fonctionne toujours. Mais la fille a pris de l’âge et elle l’assume. Plusieurs phrases de ce spectacle commencent par «en vieillissant...» Et de là, on décrit en détail le corps qui change, les petits bobos, les bouffées de chaleur, «l’élastique de la vessie» qui lâche et d’autres petits désagréments en bas de la ceinture : «J’ai commencé à faire des pets de noune… Pas des pets-de-sœur, là», décrit celle qui dit traîner des analgésiques dans ses rendez-vous amoureux. La salle s’est bien déridée, mais disons que la trentenaire qui signe cet article s’est moins retrouvée. C’est une question de public cible, disons.

Et que dire de l’énumération de ce qui irrite celle qui perd plus souvent patience avec l’âge. Les blagues sur le pont Champlain, les travaux routiers ou la comparaison entre les prisons et les CHSLD, on commence à les avoir entendues… Et pas qu’une fois.

Lise Dion présente Chu rendue là à la salle Albert-Rousseau jusqu’à samedi. Neuf autres représentations sont déjà prévues d’ici au 15 juin 2019. Avec une tournée qui doit s’échelonner sur trois ans, gageons que la liste des supplémentaires à Québec s’allongera avant longtemps.