Glorious Sons

L’irrésistible ascension de Glorious Sons [VIDÉO]

Si le rock est mort, les gars de Glorious Sons n’ont pas eu le mémo. Les natifs de Kingston, Ontario, connaissent une ascension météorique grâce à leur rock basique et entraînant, réussissant un exploit peu commun pour un groupe canadien : décrocher un numéro un au Billboard américain, avec «S.O.S. (Sawed Off Shotgun)». Le Soleil a joint Brett Emmons en studio pour discuter de l’incroyable tourbillon qui les soulève depuis la sortie de «Young Beauties and Fools», l’an dernier.

En vrai Canadian, le chanteur s’excuse de son retard — on est loin de la rock star qui se la joue. Emmons aurait toutes les raisons : sa voix puissante et envoutante contribue pour beaucoup au succès des Glorious Sons.

Le jeune homme n’a pas vraiment eu le temps d’y penser. «Du tout. On a eu trop de travail. Et de plaisir. Bien sûr, c’est agréable, cette résonnance. Mais en même temps, ça ne change rien au jour le jour. Il y a toujours une autre étape à franchir. C’est la meilleure façon de l’envisager. Si tu y penses trop, tu peux t’enfler la tête ou te mettre trop de pression.»

Comme avec un numéro un au palmarès américain? «Ça veut dire une couple de trucs. Comme pouvoir jouer devant de plus grosses foules [en première partie des Rolling Stones il y a une semaine et au Festival d’été de Québec dimanche]. Il y a également plus de gens qui connaissent nos chansons. Ça veut aussi dire qu’on a moins de temps (rires) et plus de spectacles à donner. On n’a même pas le temps d’y penser. On joue, on écrit des chansons et on revient en studio… On est comme dissocié de la vraie vie. C’est un bien pour un mal. Au moins, ça nous permet de devenir meilleurs.»

S.O.S. (Sawed Off Shotgun) n’est pas un feu de paille. Le morceau s’avère emblématique du son du groupe, mais aussi de l’angle social des thèmes, très terre à terre. «J’écris à propos des gens que je connais, de choses dont j’ai entendu parler. J’essaie de garder les paroles simples afin qu’elles aient une plus grande résonance. Ces choses avec lesquelles on a de la difficulté, parfois, à composer. Je n’ai pas besoin de verser dans la politique ni dans la poésie.»

Le défunt chanteur country-folk Townes Van Zandt («qui m’a appris qu’on pouvait écrire sur n’importe quoi») est une source d’inspiration importante. Ainsi que, on s’en doute, ses origines modestes dans son Kingston natal. «Inconsciemment, j’aime bien écrire à propos de gens qui ne vivent pas dans une ville de 10 millions d’habitants. J’essaie de parler en leur nom. C’est difficile d’analyser d’où ça provient.»

Dans S.O.S., Brett Emmons se met dans la peau d’un gars qui a tout perdu, y compris sa sa santé mentale, et dont la blonde est accro à l’oxycodone. Il vient tout juste de s’achèter un fusil à canon scié…

Mais la twist, c’est que le succès repose sur un refrain hyper entraînant, avec des chœurs presque joyeux. «C’est un peu arrivé par hasard. Nos chansons sont souvent des hymnes mélodiques. J’écrivais à propos de ces trucs de dingue et c’est arrivé comme un heureux accident, que nous avons tenté d’explorer. Tout en essayant d’être cohérent avec notre signature.»

Glorious Sons ne révolutionne rien — Brett Emmons le sait bien. Le sextuor propose une musique rythmée et accrocheuse, du rock d’aréna. Et ça fonctionne : les gars ont donné des concerts dans une douzaine de pays en 2018. Notamment aux États-Unis, ce qui laisse présumer qu’ils abattront le mur psychologique que les groupes canadiens comme Rush ou les Tragically Hip ont toujours eu de la difficulté à franchir.

Grandir dans la même ville que les Hip a toutefois tracé le chemin. Le son est très différent, mais l’engagement est semblable. «Je n’ai jamais connu la vie sans les Tragically Hip. C’est difficile à décrire. Ils sont omniprésents ici, mais aussi une source d’inspiration sur la façon d’être un groupe. Même si ce peut être autant une bonne qu’une mauvaise chose pour ceux qui marchent dans leurs pas. Mais notre identité est différente.»

Entre les enregistrements de leur troisième album studio — Panic Attack, le premier simple est sorti à la mi-juin —, Glorious Sons donne plusieurs concerts estivaux, dont au Bluesfest d’Ottawa samedi, au Festival d’été dimanche et à Osheaga, à Montréal, le 4 août.

La seule fois que le groupe s’est produit à Québec, il y avait une quinzaine de personnes, se souvient Brett Emmons. Nous serons pas mal plus nombreux sur les Plaines d’Abraham...