Le musicien Marc Vallée et les lecteurs Webster, Marie-Thérèse Fortin, Jacques Leblanc, Pascale Renaud-Hébert et Gabriel Cloutier Tremblay ont livré le copieux menu de Lire Québec.

Lire Québec: portrait surprenant et pluriel

CRITIQUE / Impossible d’explorer pleinement la thématique Écrire Québec, qui chapeaute le huitième festival Québec en toutes lettres, sans une soirée Lire Québec. L’expérience s’est avérée surprenante et pleine de savoureux rebondissements pour qui s’intéresse à l’urbanisme, à l’histoire et surtout aux multiples personnalités de la capitale.

On retiendra d’abord de ce voyage littéraire les savoureuses interventions d’Arthur Buies (qu’on pourrait présenter comme l’ancêtre de notre chroniqueur François Bourque), qui livrait avec humeur et verve ses opinions sur la nouvelle porte Saint-Jean, sur les remparts, sur la minuscule terrasse Durham et sur les jardins inaccessibles à la fin du XIXe siècle. C’est Jacques Leblanc qui prêtait sa voix et ses regards appuyés au coloré pamphlétaire, dont les écrits, marqués par un amour profond pour la ville, montrent bien que les questionnements sur l’aménagement urbain ne datent pas d’hier.

La haute ville a été racontée par Robert Lepage dans un extrait de la pièce 887. La basse ville a été écrite par Sylvain Lelièvre (scandée par Webster et chantée par Marie-Thérèse Fortin) et par la plume de Michel Pleau. Il y a eu quelques segments plus historiques; les observations de Samuel de Champlain, l’arrivée des premières Filles du Roy par Anne Hébert, l’effondrement du pont de Québec racontée de manière poignante par Michel-Marc Bouchard. Au travers, des fictions inscrites dans des lieux tout particuliers de Québec; Louise Penny qui amène son inspecteur Gamache au Château Frontenac, Sonia Anguelova qui résume tout l’héritage anglophone de la ville dans une lettre à Mlle Stewart, Marie-Ève Sévigny qui montre la Maison de la littérature par les yeux d’un vieux fantôme rabat-joie.

La première partie du spectacle a permis de brosser un portait pluriel et saisissant de vérité de la ville, de sa naissance à maintenant. C’est d’ailleurs un extrait de Québec passé, présent, futur de Baillairgé, livré avec une grandiloquence jouissive par Marie-Thérèse Fortin, qui nous a menés de manière triomphante à l’entracte.

D’une fiction à l’autre

La seconde portion de la copieuse soirée nous faisait tomber d’une fiction à l’autre, dans une ville racontée, arpentée, pleinement goûtée, rêvée, vécue par les personnages de Jacques Côté, Monique Proulx, Jacques Poulin. Nous étions suspendus aux lèvres des cinq lecteurs (aux trois déjà mentionnés il faut ajouter Pascale Renaud-Hébert et Gabriel Cloutier Tremblay) dirigés de manière inventive par Lorraine Côté, du théâtre Niveau Parking.

La lecture était pleinement incarnée et nous faisait plonger, profondément, dans les histoires. Cette bulle, protéiforme, cette vue kaléidoscopique de Québec, prenait forme grâce aux textes, bien sûr, bien choisis et agencés avec intelligence, mais aussi grâce aux éclairages tamisés, vifs, flottants, changeants qui enveloppaient la Chapelle du Musée de l’Amérique francophone et aux ambiances sonores et musicales de Marc Vallée, qui donnaient aux récits des airs de radio-romans ou de témoignages précieux.

La lecture musicale Lire Québec était présentée mardi soir à l’occasion du festival Québec en toutes lettres. On peut consulter toute la programmation à quebecentouteslettres.qc.ca/programmation