Armée de son immense tuba, dont elle joue amoureusement, Julie Houle est une complice tout indiquée pour le clown, jongleur et acrobate Jamie Adkins. Ils se taquinent, se poursuivent, se répondent.

L’insurrection clownesque

CRITIQUE / Dans «Espièglerie», le clown, jongleur et acrobate Jamie Adkins et la joueuse de tuba Julie Houle rivalisent de virtuosité dans une tempête de pitreries, de musique, de balles rebondissantes et d’accessoires. Un vent d’insurrection souffle sur les Gros Becs jusqu’au 17 décembre.

Si, à travers ses maladresses et ses bourdes, le clown peut devenir un symbole poétique de toutes ces fois où la vie nous glisse entre les doigts, pour les enfants, il représente surtout une permission irrésistible… Ça rirait aux éclats, parlait et participait copieusement lors de la représentation scolaire de jeudi matin. Les «chut!» et les interventions des adultes avaient bien peu de poids; le jeune public a flirté joyeusement avec le chaos.

Jamie Adkins, qui a collaboré avec le Cirque du Soleil et le Cirque Éloïze avant de créer son propre collectif, maîtrise tout à fait son art. Dans un premier segment, où il fait mine de se préparer dans sa loge, il échappe, rattrape et démantibule une dizaine d’objets dans une chorégraphie clownesque soigneusement exécutée, malgré sa maladresse apparente. Avec son air un peu triste et quelques mots soufflés ça et là, il réussit à créer un lien assez particulier avec les enfants, qui ne le lâchent pas des yeux et l’interpellent à qui mieux mieux.

Au fil des manipulations d’objets, il gagne progressivement en habileté et se transforme en jongleur polyvalent sous les exclamations étonnées des spectateurs. Tout le spectacle est un crescendo méticuleux qui le fait passer de gaffeur à virtuose et culmine avec un impressionnant numéro acrobatique sur une corde au-dessus du sol. La poésie de la finale a été un peu gommée par l’ insurrection des rois et maître des lieux, mais c’était difficile de leur en vouloir, tant celle-ci semblait libératrice.

Armée de son immense tuba, dont elle joue amoureusement, Julie Houle est une complice tout indiquée pour Adkins. Ils se taquinent, se poursuivent, se répondent. La musicienne deviendra femme-orchestre et bruiteuse, lors d’un numéro de balles explosif. Le duo nage dans une coopération pleine de tendresse.

On sent qu’il y a beaucoup de travail derrière les jongleries déconstruites, les numéros clownesques énergiques (Adkins empile notamment les bobettes colorées comme s’il sautait à la corde), les acrobaties et la construction du spectacle. Il n’y a pas de longueur, pas de coupures et de multiples surprises qui relancent l’attention du public.

Jeudi après-midi, il restait des billets pour les représentations du 14 décembre à 9h30, 15 décembre à 15h et 16 décembre à 11h.