Frédérick Desroches, Simon Guénard, Martin Plante, Simon Lachance et Éric Blanchard forment Raton Lover, dont le troisième album, «Changer de trottoir», est attendu vendredi.

L'illusion du bonheur selon Raton Lover

«Est-ce que c’est le moment de parler de la thérapie de groupe?» Autour de la table, la boutade lancée par le guitariste Éric Blanchard est accueillie dans la rigolade par ses confrères de Raton Lover. N’empêche… Avec une brassée de nouvelles chansons ancrées dans les remises en question, le groupe de Québec s’est certainement interrogé sur le sujet dans la création des titres de «Changer de trottoir», qui arrive dans les bacs vendredi.

Un côté sérieux, un autre plus givré. Depuis 2014, le quintette explore les contrastes au fil de sa création chansonnière. Son nouvel effort ne fait pas exception. «Il y a une dichotomie dans Raton Lover. Je ne sais pas pourquoi, mais elle nous habite, résume le chanteur et parolier Simon Lachance. Le troisième album, c’est à la fois une fuite et une rencontre. Ça pose la question : “si je me croisais dans la rue demain matin, est-ce que je serais capable de me regarder en pleine face ou je ferais semblant de ne pas me reconnaître?” Chaque chanson tourne autour de cet axe-là. Il y a toujours une prise de conscience et une tentative de fuite qui suit. L’album en général est un peu le reflet d’une thérapie.»

Lachance ne le cache pas, il a récemment lui-même senti le besoin d’aller chercher de l’aide. «C’est le meilleur choix que j’ai fait dans les sept dernières années», confie celui qui, avec ses complices, a eu envie de prendre position sur cette démarche.

«Je considère qu’on vit dans une société qui valorise beaucoup l’apparence de bien-être et de bonheur, évoque-t-il. Mais je pense que ç’a ses limites et qu’on est en train d’arriver à ces limites-là. On a vécu quelque chose en commun pendant qu’on écrivait l’album : un de nos amis s’est enlevé la vie. Je pense que s’il avait pu parler à un professionnel ou même à ses proches, probablement que ça ne se serait pas passé comme ça. C’est une personne qui avait dans ses nombreux talents celui de montrer qu’il va bien. Et il était vraiment très talentueux là-dedans.»

Simon Lachance est catégorique : «Si tu ne vas pas bien, ça ne devrait pas être tabou de consulter, tranche-t-il. Moi, j’ai fait une thérapie et j’ai choisi d’en parler dans cet album-là. Je pense qu’on devrait démystifier ça. Ce n’est pas dark, ce n’est pas lourd. C’est correct d’être faillible. C’est correct de faire des erreurs et de se tromper. Ça fait partie du tout. À partir du moment où on refuse ces thèmes-là, c’est là qu’on devient malade, parce qu’on ne se permet pas d’être pleinement ce qu’on est dans le bon comme dans le mauvais.»

Revoir la méthode

Pour Changer de trottoir, Raton Lover a rebrassé les cartes. Alors que son précédent album avait en grande partie été créé en tournée, celui-ci a été fait loin des planches. Même que les musiciens admettent avoir refusé des spectacles pour se concentrer sur l’écriture. Résultat? Des séances en groupe pour le moins prolifiques lors desquelles sont nées une bonne vingtaine de chansons.

«C’était important de prendre le temps d’en sortir plus, explique le guitariste Simond Guénard. Il y a deux ans, on a fait ça sur la route. On avait des deadlines : on était en tournée et c’était le studio à l’automne. Ça fait qu’on avait juste le nombre de chansons pour faire l’album. Là, on s’est donné l’embarras du choix. D’avoir une palette un peu plus large, ça permet d’aller dans plus de directions, mais en même temps, d’avoir une meilleure unité.»

Avec Ghyslain-Luc Lavigne à la console et Andre Papanicolaou à la réalisation, Raton Lover s’est offert le luxe (ou le risque!) de tout enregistrer live, les cinq membres dans la même pièce.

«Quand Ghyslain montait le studio, il nous a demandé si on était certain de vouloir faire ça. Il était comme : “vous n’avez pas droit à l’erreur, les gars!” Il se décrit lui-même comme un excellent faiseur de jambettes. Il aime déstabiliser. Les musiciens, quand tu les sors de leur zone de confort, ils peuvent te donner de petits bijoux. Lui, il connaît très bien cette psychologie-là et il travaille avec ça», raconte Simon Lachance.

«C’est fait pour ne pas que tu tombes dans tes pantoufles», ajoute son confrère multi-instrumentiste Frédérick Desroches.

L’expérience aura au final été porteuse pour les Ratons. «C’était très zen comme sessions. C’est la première fois que je sortais de studio et que je me sentais aussi bien», confirme Éric Blanchard.

«C’est la meilleure expérience de studio qu’on a vécue, renchérit le bassiste Martin Plante. C’était relax, on ne se cassait pas la tête, on ne focussait pas sur des petits détails. En studio, quand tes oreilles sont bien affûtées après quelques jours, tu peux te mettre à te concentrer sur des petites affaires et ça peut prendre du temps.»

Il faut dire qu’avec trois albums en cinq ans, les Ratons commencent à en avoir vu d’autres… «Quand on a passé 45 jours de tournée les cinq gars dans la van, on apprend à discuter et à travailler ensemble, lance Simon Lachance. Je pense que là, on récolte les fruits de ça...»

Raton Lover lancera officiellement l’album Changer de trottoir lors d’un cinq à sept organisé au Grand Théâtre le 12 septembre. Ouverture des portes à 17h, prestation à 18h. Accès gratuit.