La comédie musicale Come from Away raconte l'histoire de la petite ville de Gander (Terre-Neuve-et-Labrador) qui, lors des événements du 11 septembre, s'est retrouvée l'hôte de 7000 passagers.

L'hospitalité canadienne lors du 11 septembre célébrée à Broadway

Ils ont accueilli près de 7000 passagers déroutés vers leur petite île le 11 septembre 2001. Quinze ans après, ces Canadiens anonymes de Terre-Neuve sont les héros d'une comédie musicale atypique, qui arrive à Broadway.
Ce jour-là, les habitants de Gander ont vu se poser, en quelques minutes, 38 avions long-courriers sur leurs pistes, sommés d'atterrir après la fermeture de l'espace aérien américain.
Même si l'aéroport fut jadis l'un des plus fréquentés du monde, car point de ravitaillement pour les premiers avions transatlantiques, il n'avait jamais connu pareille activité.
Entre les quelques milliers d'habitants de l'île et ces passagers aux abois, dont certains ont dû passer plus de 20 heures dans leur appareil avant de pouvoir débarquer pour cause de formalités de douanes, les quelques jours de cohabitation qui ont suivi ont été une expérience inoubliable.
«Le premier jour, ces 7000 personnes étaient des étrangers. Après cinq jours, c'est comme s'ils faisaient partie de notre famille», résume le maire de Gander, Claude Elliott, qui raccrochera son écharpe à l'automne après 21 années à la tête de la ville.
Un livre, une pièce, un film auraient été des formats évidents pour évoquer ces cinq jours de débrouille, de tensions, de décompression, mais pas une comédie musicale.
Quand il a entendu parler du projet pour la première fois, Claude Elliott se souvient avoir douté. «Ça faisait un peu peur», admet-il. D'autant que le personnage du maire y est central, même si cette comédie musicale est avant tout une pièce chorale.
Mais sur la base de dizaines d'entretiens, les deux auteurs canadiens Irene Sankoff et David Hein sont parvenus à construire un spectacle qui reflète fidèlement l'ambiance de ces cinq jours extraordinaires.
Les acteurs jouent tous au moins deux rôles, souvent celui d'un habitant de Gander et d'un passager.
Quelque chose de beau
Come from Away, dont la première officielle aura lieu dimanche, a le grand mérite de ne pas sombrer dans le pathos et de distiller de nombreuses touches d'humour qui font souvent mouche.
Plus que par les numéros chantés, un peu en retrait par rapport aux grosses pointures de Broadway, la comédie musicale se distingue par une atmosphère générale : la présence sur scène de l'orchestre, traditionnellement dans la fosse, sa musique aux accents celtiques, et le rythme échevelé de l'ensemble, y sont pour beaucoup.
Pour Claude Elliott, la restitution est très fidèle. «C'est exactement ça», s'enthousiasme l'édile, qui a déjà vu le spectacle trois fois lors de représentations au Canada et le verra deux nouvelles fois à New York.
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau est lui attendu au Schoenfeld Theatre le 15 mars.
Quinze ans après le 11 septembre, le message sous-jacent de Come from Away, ces cinq jours de fraternité entre citoyens du monde entier, a aujourd'hui une résonance particulière, sur fond de crise des réfugiés et de politique migratoire protectionniste de Donald Trump aux États-Unis.
Ces passagers, particulièrement les Américains qui revenaient de l'étranger, «avaient besoin d'aide, de nourriture, de vêtements, mais plus important, ils cherchaient de l'amour et de la compassion», explique Claude Elliott.
Les auteurs évitent le piège des bons sentiments en montrant largement les tensions, les frustrations, l'impatience, mais aussi les préjugés à travers le personnage d'un voyageur musulman qui suscite méfiance, voire rejet chez les autres passagers.
Ils s'attardent aussi sur le sort de l'une des capitaines de bord, Beverley Bass, qui narre son parcours de femme dans un monde d'hommes, semé d'embûches pour celle qui voulait devenir leur égale.
«Beaucoup de gens ont appris des tas de choses sur la vie» durant cette parenthèse hors du temps, se souvient Natasha Gagarin, cousine éloignée de l'astronaute soviétique du même nom et hôtesse pour la compagnie américaine United, qui était dans un des derniers appareils à se poser à Gander le 11 septembre.
Pour elle, «c'était une journée horrible, mais il en est sorti quelque chose de beau».