John Jorgenson sur scène, en compagnie de son grand ami Elton John. «La première fois que je l’ai rencontré, j’ai eu l’impression de toujours l’avoir connu.»

L'homme orchestre John Jorgenson avec les Lost Fingers

Guitariste de réputation internationale, John Jorgenson est de passage à Québec ce samedi pour offrir un concert de Noël qu’on annonce hors de l’ordinaire avec les Lost Fingers. Gagnant de huit prix Grammy, le musicien a accompagné au cours de sa carrière plusieurs grands noms de la chanson, de Barbra Streisand à Pavarotti, en passant par Johnny Cash, Bob Dylan et Roy Orbison, sans oublier son grand ami Elton John. Entretien.

Au bout du fil, depuis la Californie, où il fête Thanksgiving avec sa famille, Jorgenson se remémore ses présences au Festival d’été de Québec, au milieu des années 90, avec son band The Hellecasters. C’est une dizaine d’années plus tard qu’il fait la connaissance de Byron Mikaloff, futur leader des Lost Fingers. «On s’était produit ensemble [dans un pub du Vieux-Québec]. Je ne connaissais pas vraiment Byron. Je me souviens de la longue file de gens qui attendaient à l’extérieur. Les spectateurs étaient beaucoup plus jeunes que ceux qui assistaient habituellement à mes spectacles.»

John Jorgenson est non seulement un maître de la guitare — suffit de regarder un seul de ses vidéos pour s’en convaincre —, mais il déploie une polyvalence stupéfiante en jouant une pléiade d’autres instruments. Piano, basse, saxophone, clarinette, mandoline, bouzouki, on en passe et on en oublie, il est la définition même de l’homme orchestre. Sauf pour le violon et la trompette, dont il se tient loin. «J’ai essayé d’en jouer, mais le son est terrible», glisse-t-il dans un éclat de rire.

Bosser, encore et encore

«J’ai grandi dans un univers musical. Ma mère était professeure de piano et mon père enseignant de musique au collège. Tous les jours, je voyais des enfants venir à la maison pour jouer du piano. Je croyais que tout le monde en jouait. Je l’ai appris vers 4 ou 5 ans et j’ai adoré. J’étais capable de jouer à l’oreille.»

Ses parents ont tenu à le mettre en contact avec plusieurs styles musicaux. «Très jeune, j’aimais déjà le rock. Je n’ai jamais fait de ségrégation musicale. J’aime la musique pour ce qu’elle est.»

Inné ou acquis cet incroyable faculté de passer d’un instrument à l’autre? «Il y a sûrement une influence génétique, mais c’est seulement une partie de l’affaire. Si vous ne travaillez pas, encore et encore, vous ne pourrez jamais développer votre talent. Je ne compte plus les heures que j’ai mis à gratter la guitare. J’ai grandi entre un frère et une sœur qui ont également appris la musique, mais des trois, je suis le seul qui en a fait une carrière. Je ne peux pas dire pourquoi.»

Au final, c’est la guitare qui demeure son instrument de prédilection. «Vers l’âge de 12 ans, j’écoutais à la radio les chansons des Beatles, des Rolling Stones, des Byrds, des Beach Boys, de Buffalo Springfield. J’adorais le son de la guitare électrique.»

Pour lui, il s’agit d’un instrument passe-partout, universel, qui s’adapte à tous les styles. «C’est très polyvalent. Toutes les cultures ont de la guitare dans leurs chansons. Tu peux jouer de tous les styles : du flamenco, du blues, du rock classique, du bluegrass.»

Cette passion l’a amené à en posséder plusieurs. Combien? Plus d’une centaine? «Oh oui! Je ne sais trop combien j’en ai, mais c’est beaucoup. C’est une vraie maladie [rires]. Elles sont dispersées un peu partout, en Californie, au Tennessee, en Écosse, en Italie. Chacune est plus apte pour un style en particulier. Certaines sont parfaites pour jouer du jazz manouche, mais pas assez bonnes pour du rock.

«J’ai toujours été attiré par les instruments à cordes, poursuit-il. Jeune, j’aimais beaucoup la harpe. Ça venait me chercher au plus profond de mon âme. J’adore aussi le dulcimer frappé [le hammered dulcimer, un instrument à cordes frappées]. J’en ai souvent entendu dans les films et je me demandais de quoi il s’agissait.»

Son pote Elton

Au fil des décennies, l’artiste de 63 ans a partagé la scène avec de grands noms de la musique. Son album souvenirs est bien garni. Mais de tous, c’est Elton John dont il est le plus proche. Après avoir enregistré un album avec lui en 1988, il est parti en tournée en sa compagnie. Leur collaboration a duré six ans.

«La première fois que je l’ai rencontré, j’ai eu le sentiment de l’avoir toujours connu. J’ai de fabuleux souvenirs de lui. C’est un être humain fantastique.»

Jorgenson a eu le privilège de voir avec le vétéran chanteur, en projection privée, son film autobiographique Rocketman. «Je ne suis pas quelqu’un qui raffole des comédies musicales, alors ç’a m’a pris un certain temps avant de me mettre dedans. Mais à un moment, je me suis abandonné. Les faits et la chronologie ne sont pas tout à fait exacts, mais les émotions étaient là. À la fin du visionnement, j’ai fait un “gros colleux” [a big hug] à Elton.»

Le talent du guitariste est célébré par ses pairs depuis longtemps, mais lui-même estime qu’il y a meilleur que lui : Django Reinhardt. Aussi a-t-il été touché de jouer son alter ego dans le film Head in the Clouds, tourné en 2004, avec Charlize Theron et Penélope Cruz . «Son influence a touché tellement de styles de musique, le jazz, le blues, le rock. Il a élevé de plusieurs crans l’art de jouer de la guitare. C’est juste le meilleur.»

Show de Noël déjanté

Collaborateur sur deux des trois albums de Noël des Lost Fingers, Jorgenson promet un spectacle déjanté qui ne ressemblera à rien autre, à mille lieues des traditionnelles sonorités. Il passera de la guitare, bien sûr, au saxophone, à la clarinette, au bouzouki, à l’orgue, à la mandoline, tout en y allant de quelques chansons.

«Les gens vont entendre des airs de Noël dans des styles rarement faits. On va aller dans le swing, le manouche, le rap. Ça va être un spectacle très amusant, très inhabituel pour la saison.»

The Lost Fingers et John Jorgenson sont en spectacle ce samedi, à 20h, au Palais Montcalm. Jorgenson participera à une causerie publique animée par Jean Beauchesne, le 2 décembre, de 19h30 à 21h, au magasin de musique Long & McQuade (2700, chemin Sainte-Foy)