La sculpture «Fenêtre sur l’avenir» et, à gauche, trois des dernières toiles de Marcel Barbeau

L'exposition Marcel Barbeau: chorégraphies de contrastes

Les œuvres de Marcel Barbeau donnent souvent l’impression de danser, de vibrer, de se fractionner, d’éclater. Attiré par toutes les polarités formelles, éternel explorateur des formes, des motifs, des lignes et des couleurs, l’artiste a un corpus tout indiqué pour être le premier Québécois à qui le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) consacre une exposition solo dans le pavillon Pierre Lassonde.

On peut notamment se laisser avaler par d’immenses formats issus de performances picturales, des œuvres peu présentées et difficiles à entreposer à cause de leurs dimensions colossales. La scénographie donne au visiteur l’impression de nager, de glisser, de se laisser couler d’une pièce à l’autre. La scénographe Marie-Renée Bourget-Harvey a joué avec les murs noirs et les murs blancs, avec les angles droits et les courbes inattendues, en établissant une belle synergie avec le travail de Barbeau, qui naviguait lui aussi entre les contrastes avec un redoutable sens de l’équilibre.

«On l’a beaucoup critiqué pour avoir fait des sauts extrêmes d’un style à l’autre, mais aujourd’hui, on voit bien que c’est ce qui fait sa force», expose la commissaire Ève-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain au MNBAQ.

L’exposition nous offre un parcours vivant qui suit les explorations de Barbeau. Son travail automatiste, dans les années 40, est mis en valeur à travers des tableaux denses, furieux (ou furieusement joyeux) comme Masques des sphères, «trop audacieux pour Borduas». Essuyant les critiques du maître, Barbeau aurait arrêté de peindre pendant un an. Il a heureusement repris le pinceau. Jusqu’à la toute fin, en 2016, il peignait encore des tableaux intensément colorés, avec une maîtrise et une économie de gestes remarquables dont Pour un air de guitare ou Salamandre, présentés dans l’exposition, sont de bons exemples.

«Le clair éclat du rire»

Lien avec la musique contemporaine

En 1958, un concert de Karlheinz Stockhausen l’amène à explorer les lignes, à épurer ses compositions et à peindre avec des ficelles lancées sur la toile. Ce lien avec la musique contemporaine, puis avec la danse, incite Barbeau à participer à des performances multidisciplinaires. Il souhaitera même faire de sa sculpture blanche La puissance de l’espoir, placée à la toute fin de l’exposition, un instrument de musique.

«Il n’y a pas de zones grises, chez Marcel Barbeau», souligne la commissaire en entrant dans la section de l’exposition qui présente les toiles toute en masses, noires et blanches, traversées de couleurs chaudes. Dans les années 60, l’artiste explore des réseaux linéaires complexes, de plus en plus rapprochés, qui vont devenir optiques, voire cinétiques, et s’inspire des expérimentations jazz de la scène new-yorkaise. Puis, ce sera les tableaux objets, de grands morceaux de casse-têtes en trois dimensions baptisés Tadapiétaque ou encore Aie aie aie Wawaska. 

«Il n’y a jamais de rupture, il n’y a qu’un dépassement dans la continuité», lit-on sur le mur. La citation de Marcel Barbeau date de 1979 et synthétise, d’une certaine manière, toute sa pensée. 

Le dernier espace met en valeur ses Anaconstructions, ces toiles qui ressemblent à de grands collages d’aplats de couleurs. Un espace de méditation permet aux visiteurs de se prêter à l’exercice de la composition, dans un cube noir, fissuré à l’image de la toile Sans titre datant de 1961. Autour de la sculpture Fenêtre sur l’avenir, à laquelle Les grappes lucides semble répondre directement, les toiles forment un groupe coloré et animé, une belle célébration de la vivacité indéfectible de l’œuvre de Marcel Barbeau.

L’exposition est présentée jusqu’au 6 janvier au MNBAQ.

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FORMES INSTANTS, UNE VISITE MUSICALE

Pour accompagner l’exposition Marcel Barbeau: en mouvement, le Musée national des beaux-arts du Québec propose au visiteur de faire une visite inusitée, où la musique contemporaine est mise à l’honneur. À travers une trentaine de «gestes musicaux» (de brèves compositions), qui se marient de manière aléatoire aux œuvres picturales pendant la visite, des liens inattendus devraient se tisser entre art visuel et musique actuelle. Les extraits musicaux ont été sélectionnés par le compositeur de Québec Yannick Plamondon, grâce à un appel auprès des compositeurs québécois. On peut avoir accès à ce parcours musical baptisé Formes instants sur nos appareils électroniques. Chaque écoute unique est modulée par des «variations de pression acoustiques», qui enveloppent l’expérience, nous explique M. Plamondon.