L’auteur Raphaël Picard, indiquant aux gens présents au lancement quelles sont les personnes qui figurent sur la page couverture de son premier roman, «Nutshimit : vers l’intérieur des terres et des esprits».

L'ex-chef de Pessamit Raphaël Picard signe un premier livre

PESSAMIT — L’ex-chef de la communauté innue de Pessamit, Raphaël Picard, se lance dans la littérature. Celui qui a également été enseignant, chercheur et consultant signe, à 70 ans, un premier bouquin, «Nutshimit : vers l’intérieur des terres et des esprits». Il souhaite ainsi donner le goût de la littérature aux gens des Premières Nations.

Avec ce bouquin, écrit sous la forme d’un roman, «car pour moi le meilleur lien pour dire les choses, c’est le roman», M. Picard veut faire revivre l’esprit des Innus d’antan, d’avant la sédentarisation, d’avant la modernité, ces Innus qui étaient directement en lien avec la nature qui les entourait. Il cherche ainsi faire découvrir leurs états d’âme, leurs pensées, leur philosophie de vie tout en traduisant l’esprit des grandes migrations.

«Dans mon adolescence, comme beaucoup de gens de ma communauté, ce monde a été ignoré. Pourtant mes parents, mes grands-parents, sont de ce monde. Ce sont de grands chasseurs, de grands pêcheurs», a relaté Raphaël Picard, qui dit avoir appris en écoutant les ainés «parce qu’à l’époque, on écoutait, on ne posait pas de questions».

Devant une soixantaine de personnes réunies au centre communautaire Ka Mamuitenanut de Pessamit pour le lancement du bouquin, lancement auquel Le Soleil assistait, l’auteur fait valoir, au fil des pages, l’utilisation des rites et des légendes comme mode de gouvernance de ses ancêtres.

«Il n’y avait pas de constitution, de gouvernement. Les décisions étaient prises selon les règles issues des coutumes», a-t-il lancé dans sa présentation faite à 60 % en innu, qu’il traduisait ensuite en français au bénéfice des quelques Blancs présents à l’évènement.

En toute humilité, celui qui a été chef de la communauté de 2002 à 2012 dit avoir tenté de rendre justice à la pensée des Innus. «J’espère que ça va donner une grande appréciation de ce qu’on était.»

Dans ce processus de création, Raphaël Picard soutient avoir été guidé par deux objectifs, le premier étant celui de la transmission du patrimoine. «C’est important de décrire ceux qui nous ont précédés», confie-t-il avec justesse. L’autre objectif est de développer la création littéraire dans sa communauté, un phénomène qui n’existe pas chez les Innus selon lui.

«Il faut se donner une littérature innue qui soit viable et non pas fondée sur le folklore. Notre projet de société, ce devrait être notre langue et notre culture. Il faut donc avoir ce type de livre pour amorcer une réflexion. Nos défis sont maintenant d’ordres patrimoniaux, ils ne sont plus financiers ou politiques», a-t-il évoqué.

Nutshimit : vers l’intérieur des terres et des esprits se veut le premier tome d’une trilogie. L’auteur voulait l’écrire depuis de nombreuses années, mais son travail d’écriture a débuté il y a à peine un an. Il se déroule principalement l’été et l’automne, alors que les familles migrent vers leurs territoires d’hiver par les rivières Pletibishtuk (aux Outardes) et Manikuanishtuk (Manicouagan).

Le second tome, qui devrait s’intituler Nutshimit : le blanc des perdrix et des périls, traitera des familles qui sont à leur campement au nord. Le troisième tome sera fondé sur le retour de ces familles en bordure du fleuve, toujours par le truchement des deux mêmes rivières.

Fait à souligner, Raphaël Picard se lance dans la littérature par le biais de l’autoédition. «J’ai déjà perdu mes droits ancestraux, je ne perdrai pas mes droits d’auteur», a conclu celui qui s’est toujours opposé aux mécanismes d’extinction des droits des Premières Nations par traité.

M. Picard se dit de l’école de pensée voulant que les Premières Nations sont souveraines sur leurs terres traditionnelles, le Nitassinan, et qu’elles ont droit à l’autodétermination. Il n’entérine d’ailleurs pas les ententes ponctuelles entre les peuples autochtones et les industries qui cherchent à développer les ressources naturelles sur les territoires revendiqués.