Tobie Miller manipulait une vielle à roue, une sorte de petite musette bourdonnante à roue et à clavier.

L’esprit des Noëls passés aux Violons du Roy

L’expression «instrument diabolique», utilisée par Mathieu Lussier pour désigner la vielle à roue, une sorte de petite musette bourdonnante à roue et à clavier, semblait tout à fait appropriée. Ce bien étrange instrument, entre les mains de Tobie Miller, était la vedette du programme «Jouez hautbois, résonnez musette», rassemblant des mélodies de Noël du XVIIe et XVIIIe siècle.

La première fois que l’on a entendu la vielle à roue, lors des «Plaisirs de la Saint-Martin» de Nicolas Chédeville, le bourdonnement et les séries de notes nasillardes (un peu comme un orgue étouffé, où on entend presque davantage la touche qui s’enfonce que la note produite) nous a semblé plutôt déplaisant. Il fallait l’apprivoiser, semble-t-il, puisque plus tard, pendant les extraits des Symphonies des Fêtes grecques et romaines, il nous semblait déjà plus mélodieux. Si l’expérience ne nous a pas vraiment donné envie d’écouter de la vielle à roue sur une base régulière, elle nous a au moins permis de voir à l’œuvre une instrumentiste douée, toute dévouée à son interprétation, et qui fut chaudement applaudie.

Assemblage

Mathieu Lussier avait construit un programme rassemblant des compositeurs méconnus et des airs de Noël anciens, assez familiers pour qu’on sente l’esprit de Noël s’éveiller en nous, mais à mille lieues de la guimauve et des clochettes des tubes mille fois repris. Nous étions devant une musique baroque, française — voire romaine, grâce à François Colin de Blamont — où violons et violoncelle se relançaient gracieusement et où flûtes à bec et hautbois amenaient de joyeuses effusions.

Dans le Concerto «Noël suisse» de Michel Corette, Caroline Tremblay à la flûte et Marjorie Tremblay au hautbois se sont partagé la ligne soliste pour créer des sonorités particulièrement intéressantes, mêlant les sons vifs et aigus de la flûte à ceux plus graves et plus ronds du hautbois. Plusieurs segments ont aussi mis en valeur le premier violon solo, Pascale Giguère, notamment Or nous dites, Marie, un extrait des Noëls pour les instruments de Marc-Antoine Charpentier, qui avait une belle profondeur.

Ce programme, vu jeudi à 14h au Palais Montcalm, sera repris vendredi à 19h30 à la salle Bourgie, au Musée des beaux-arts de Montréal.