Vocalement, Marie-Nicole Lemieux était en plein contrôle. Sa voix souple et forte, où chaque note exécute une vrille avant de tomber exactement au bon endroit, semblait accomplir les plus vertigineuses acrobaties sans effort.

Les Violons du Roy et Marie-Nicole Lemieux: sémillant combo

CRITIQUE / Un concert avec Marie-Nicole Lemieux c'est, déjà, joyeusement débridé. En ajoutant le chef Jean-Christophe Spinosi, ça devient délicieusement carnavalesque. Les rires fusent, les oeillades et les facéties se multiplient, on frôle le cabotinage, mais la richesse de l'interprétation maintient le navire à flot dans les tumultes du plaisir.
Quel bonheur de voir les expressions de ces deux-là, qui se renvoient la balle et rivalisent d'enthousiasme, complètement grisés par la musique! Leur joie est contagieuse, parmi les musiciens des Violons du Roy comme chez les spectateurs. Ça vous décoince une salle, c'est le cas de le dire.
Ceux qui ont applaudi entre les mouvements de la Symphonie no 82 de Haydn ont eu droit à une mimique comique du chef pour estomper le léger malaise que leur «faux pas» provoque chez les spectateurs plus conservateurs. Spinosi s'est même permis de repousser le dernier accord, jouant avec les réactions de la salle.
Le chef a un plaisir de gamin à étirer les silences de quelques secondes, à guider consciencieusement un crescendo, à trépigner comme un ressort dans les passages plus frénétiques. Sa chorégraphie n'a pourtant rien de nerveux; c'est un éloquent discours, où il ne rompt jamais le contact avec les musiciens, et grâce à auquel les pièces entendues maintes fois prennent un nouveau souffle et un nouvel éclat. Il conjugue la sensibilité mélancolique du clown à la redoutable précision et à l'aisance des grands acrobates.
Marie-Nicole Lemieux s'est montrée encore plus joueuse qu'à l'habitude lors de ses interprétations. La détresse de Cherubino, aux prises avec ses premiers émois amoureux, la fierté fougueuse d'Isabella et l'insistance de Clarice, qui supplie le comte (auquel le maestro a prêté sa voix de basse!) se lisaient on ne plus clairement sur les traits et dans les gestes de la contralto. Chapeau au chef et aux musiciens d'avoir gardé le cap malgré les comiques excès de son jeu.
Vocalement, Marie-Nicole Lemieux était en plein contrôle. Sa voix souple et forte, où chaque note exécute une vrille avant de tomber exactement au bon endroit, semblait accomplir les plus vertigineuses acrobaties sans effort.
Les Violons ont révélé eux aussi leur côté joueur, leur lumineuse émotivité et leur virtuosité. Tout le concert a baigné dans un bonheur palpable, jusqu'au second rappel où Marie-Nicole a entonné La Danza, de Rossini, en reprenant certains gestes de Louis de Funès dans Le Corniaud.
Ce programme sera repris le samedi 30 septembre à Montréal, à la Maison Symphonique.