S'ils ont marqué l'imaginaire avec leur univers décalé et la folie de leur production chansonnière, Les Trois Accords ne manquent pas de rigueur quand vient le temps de transposer leur rock sur scène.

Les Trois Accords: concentré de gaieté

CRITIQUE / Quatre ans après la géniale carte blanche qu'ils avaient présentée sur les Plaines, Les Trois Accords ont renoué jeudi avec le Festival d'été de Québec (FEQ), dans un parc de la Francophonie affichant complet. Sur une plus petite scène, sans concept ni invités, ils sont revenus à l'essentiel avec une redoutable efficacité. Une joyeuse bamboula et un concentré de gaieté.
On s'ennuie rarement (voire jamais!) dans un spectacle des Trois Accords. S'ils ont marqué l'imaginaire avec leur univers décalé et la folie de leur production chansonnière, les Drummondvillois ne manquent pas de rigueur quand vient le temps de transposer leur rock sur scène. Au coeur d'un programme où les succès ont déboulé à vive allure, ils en ont offert une nouvelle preuve, jeudi.
Ils ont commencé fort en enfilant coup sur coup Dans mon corps, Les amoureux qui s'aiment et Caméra vidéo. Dans une allégresse multigénérationnelle - plusieurs petits festivaliers étaient juchés sur les épaules de leurs parents -, la bande de Simon Proulx a revisité plusieurs époques de sa carrière.
Il y a eu les hits fondateurs Hawaïenne, Loin d'ici et Saskatchewan, qui font toujours aussi plaisir à entendre (et à chanter!). Il y a eu les plus récentes Top bronzés, Saint-Bruno (qui s'attaque, selon le chanteur, à un sujet grave : la géographie), l'hymne grunge Joie d'être gai ou la tragique Les dauphins et les licornes, interprétée à la lueur de milliers de cellulaires.
À travers tout ça, Les Trois Accords ont varié les plaisirs. Un peu de sérieux au Bureau du médecin, un appel à la sédentarité dans Exercice, une Bamboula aussi festive que pesante et des solos de gazou bien sentis, notamment dans l'ode à la moustache Vraiment beau.
On a aussi eu droit à plusieurs références à la nudité - «oui, c'est notre principal sujet de conversation», a convenu Simon Proulx - avec l'incontournable Tout nu sur la plage et le désormais classique Je me touche dans le parc, bien à propos au Pigeonnier. «On trouve ça touchant de jouer dans le parc de la Francophonie», a justement précisé le chanteur. «Chaque fois qu'on joue à Québec, c'est malade. Merci!» a-t-il ajouté plus tard, l'air touché pour vrai, cette fois.
Men Without Hats
Le chanteur Ivan Doroschuk demeure le seul membre original de Men Without Hats.
J'ignore quelle était l'expression consacrée pour décrire ce genre de situation dans les années 80, mais les jeunes d'aujourd'hui pourraient être tentés de qualifier le début de la prestation de Men Without Hats d'epic fail (ou d'échec épique, si vous préférez). Souhaitant sans doute mettre la table et attirer sans tarder l'attention des festivaliers, Ivan Doroschuk et sa bande ont lancé les hostilités avec LE hit du groupe, Safety Dance, vieux de 35 ans. Le hic, c'est que rien ne sortait des haut-parleurs du parc de la Francophonie. Pas de chapeau, certes. Mais pas de son? C'était bien mal parti... 
Fallait entendre les festivaliers protester, puis manifester bruyamment leur joie quand le fil récalcitrant (on présume!) a finalement été rebranché à mi-chemin de la chanson, qui a heureusement été reprise en fin de parcours. 
Entre les deux versions, on a eu droit à une poignée de vieilles chansons (dont le succès Pop Goes The World) et de plus récentes : le groupe, dont le chanteur Ivan Doroschuk demeure le seul membre original, a lancé un album en 2012. Disons que les époques se mêlaient aisément. Même synthé daté, même tempo sautillant qui a permis à Doroschuk, vêtu d'une flamboyante chemise à paillettes, de se faire aller sur la scène du Pigeonnier.