Les travailleurs culturels parlent de main-d'oeuvre

À l'invitation du gouvernement provincial, des représentants de centrales syndicales et du patronat se rencontreront cette semaine à Québec pour réfléchir aux défis que posent sur le marché du travail les changements sociaux, technologiques ou économiques. Et le secteur culturel digère mal d'avoir été exclu du débat.
À deux jours du Rendez-vous national sur la main-d'oeuvre, une cinquantaine d'associations ou de regroupements artistiques se sont unis mardi pour lancer la campagne La culture, le coeur du Québec, dans le but d'attirer l'attention du gouvernement Couillard sur les enjeux touchant les travailleurs culturels. 
«Le Rendez-vous national de la main-d'oeuvre ne fait aucune place au secteur culturel et aux quelque 150 000 artistes, artisans et travailleurs culturels, tous statuts confondus, ni aux 40 % des travailleurs du Québec qui détiennent un travail atypique : cumul d'emplois, mandats à la pièce, plusieurs employeurs ou contrats ponctuels», déplore la directrice générale du regroupement national des arts du cirque En piste, Christine Bouchard, citant des chiffres publiés en 2014 par l'Institut de la statistique du Québec. 
«Cet oubli pour nous est incompréhensible, reprend Mme Bouchard. Pour réfléchir aux nouvelles façons de faire face et tirer profit du marché du travail, il faut que tout le monde soit autour de la table, dont le secteur culturel, et discuter de la réalité nouvelle du marché du travail, dont les emplois atypiques.»
Artistes entrepreneurs
Entre le virage numérique, les disciplines «en mouvance», les coupes dans les subventions ou des «difficultés chroniques» comme la précarité des emplois, les périodes d'inactivité ou la nécessité de cumuler plusieurs emplois, les porte-parole de la campagne observent un «essoufflement global» des ressources humaines dans le domaine des arts et de la culture. 
«C'est quoi, un artiste? C'est, entre autres, beaucoup un entrepreneur. Cet artiste-entrepreneur, il vit dans un monde extrêmement compétitif. Ne pensez pas que c'est facile», résume le comédien Jack Robitaille, également vice-président de l'Union des artistes, évoquant les nombreuses difficultés financières auxquelles font face créateurs et artisans. 
«Il y a par exemple l'incapacité d'accumuler des REER ou l'incapacité de participer à des programmes d'assurance emploi parce qu'on est des travailleurs autonomes, avance-t-il. C'est de tout ça qu'on devrait parler lors du renouvellement de la politique d'emploi, lors de cette grande rencontre sur le monde de l'emploi. Dans le fond, on va parler de la dignité de la condition d'artiste. Est-ce qu'on peut gagner notre vie dans ça? C'est de ça qu'on veut parler avec M. Couillard.»
La campagne La culture, le coeur du Québec s'assied sur deux principales revendications. La première insiste sur la nécessité d'«intégrer un volet ressources humaines dans la future Politique culturelle» qui ciblerait des problématiques comme l'accès à l'emploi, la formation, la santé et la sécurité ou l'encadrement des conditions de travail. 
«Dans un deuxième temps, on veut convaincre le gouvernement de mettre en place une stratégie nationale de main-d'oeuvre pour le secteur de la culture. Ce que ça veut dire, c'est de former un comité interministériel. La culture est transversale et concerne plusieurs ministères. On veut que l'ensemble de ces ministères-là se penche sur les questions de main-d'oeuvre du secteur de la culture», détaille la directrice générale de l'organisme La danse sur les routes du Québec, Paule Beaudry.