«Je n’aime pas suivre les courants, j’aime m’en inspirer, mais ne jamais rentrer à pieds joints dedans. J’essaie de poser ma propre facture sonore, qui est beaucoup teintée de guitares, de rock psychédélique et de westerns spaghetti», confie Millimetrik.

Les routes lumineuses de Millimetrik

Vétéran de la scène électro d’ici, Pascal Asselin, alias Millimetrik, lance ce vendredi un neuvième album en 15 ans. Marqué par des collaborations avec Les Deuxluxes, Gaspard Eden (Joey Proteau) et Little Miss Roy (Kathleen Roy de Blaze Velluto Collection), «Make it Last Forever» l’est encore davantage par une volonté de son compositeur de se redéfinir sous des cieux plus lumineux, après une période d’ombre et d’épuisement. Discussion avec un musicien ­voyageur qui a trouvé l’inspiration sur les routes du Nevada.

Q  L’album s’intitule «Make it Last Forever». Qu’as-tu envie de voir durer pour toujours?

R  Il y a une partie là-dedans de souvenir, de nostalgie. C’est aussi un peu pour feu mon papa. J’ai grandi avec lui en regardant des westerns spaghettis. C’est aussi à la fois un pied de nez et un clin d’œil au fait que la musique électronique est probablement le style de musique qui vieillit le moins bien et le plus rapidement. [...] C’est complexe d’être à la page tout le temps. Je n’aime pas suivre les courants, j’aime m’en inspirer, mais ne jamais rentrer à pieds joints dedans. J’essaie de poser ma propre facture sonore, qui est beaucoup teintée de guitares, de rock psychédélique et de westerns spaghettis. La pochette est une route. Je m’intéresse beaucoup à la route dans la vie, aux road trips. Je suis sur le point de m’acheter un camion. Je vais faire partie de la van life, en famille! Donc le plan, c’était de faire un disque que j’aurais envie d’écouter sur la route. De l’électro, mais teinté d’autre chose. 

Q  Ce sont beaucoup les voyages qui ont inspiré ta musique, n’est-ce pas?

R  Tout le temps. Parfois, je me suis plongé dans des imaginaires que je ne connaissais pas. Je suis né à Québec, je ne suis pas né sur une île ou sur le bord de l’océan. Fog Dreams [en 2016], c’était plus une fascination. Mais pour Make it Last Forever, je suis allé le vivre deux fois dans le sud-ouest des États-Unis. La première, c’était pour un contrat corporatif à Reno au Nevada. À la fin, je me suis loué une voiture, tout seul, et je suis allé dans la Vallée de la mort. J’ai traversé le Nevada au complet. J’étais fasciné par le fait qu’il n’y a rien. Entre Reno et Las Vegas, il n’y a rien. Il n’y a même pas de réseau cellulaire, tu es vraiment tout seul sur la route. C’est un mélange de désert, de roches, de montagnes enneigées au loin. Ça ne peut pas être plus inspirant. J’écoutais beaucoup de rock psychédélique et d’Ennio Morricone. Je me suis dit que j’avais la thématique du prochain album, que j’allais m’imposer un voyage qui serait vraiment pour ça. J’y suis retourné avec un cameraman, qui a filmé tout ce qu’on a fait pendant cinq jours. 

Q  Est-ce qu’on peut dire que Millimetrik fête cette année son 15e anniversaire?

R  En fait, on pourrait même dire que ça fait 17 ans. La première fois qu’il y a eu une mention de Millimetrik, c’était en 2001. Mais le premier album a été lancé il y a 15 ans. Et c’est le seul qui a été fait sans ordinateur. C’était du collage sonore, carrément. Quand je remonte à ça, c’est comme fou! Mais c’est le fun de voir l’évolution, aussi. 

Q  Surtout que la technologie change tellement…

R  Par contre, moi, je la change très peu dans ma méthode de travail. Là, ç’a été différent parce que je travaillais des squelettes de beats avec un guitariste. Ça amenait une autre dynamique. Mais je prenais le même logiciel pour composer mes affaires. J’ai une bonne vieille tour PC dans le sous-sol chez nous! […] Mais je me suis quand même imposé de ne reprendre aucun son de clavier que j’avais utilisé sur les huit autres albums. Je voulais marquer une coupure au niveau du style. 

Q  Pourquoi cette volonté?

R  J’ai fait un burnout l’hiver dernier. Ç’a complètement teinté ma façon de travailler mes pièces : ça se passait en pyjama le matin plutôt que le soir avec de l’alcool. J’ai tout arrêté pendant trois mois, sauf l’album, parce que je l’avais commencé avant de tomber. J’avais envie de le continuer, j’avais encore des idées, malgré mon épuisement. Et ç’a fait que moi-même, je me suis mis à écouter des musiques beaucoup plus lumineuses, plus estivales. Et ç’a fait que j’avais juste envie de faire ça, moi aussi. C’est drôle, parce que sur le disque, le premier morceau que j’ai composé, c’est le plus sombre, tandis que le dernier, c’est le plus joyeux. Ç’a juste été une évolution. 

Q  De bousculer tes habitudes de création a été salvateur...

R  Tout en gardant une certaine signature sonore, j’essaie de me redéfinir. Il y a eu volontairement plusieurs disques qui se suivaient et qui se ressemblaient parce que c’est comme ça que je me sentais. Là, je suis vraiment en mode redéfinition. Trois mois d’arrêt, ça fait réfléchir à plein de niveaux. Je me suis demandé si c’était le dernier disque. Dans la conjoncture, mon âge, ça joue. J’ai 43 ans, j’ai une famille. C’est un milieu plus jeune, on ne se le cachera pas.  

Q  Tu le sens vraiment comme ça?

R  Je le sens un peu, dans des soirées où c’est moi le plus vieux. Après, il y en a en masse partout dans le monde des «vieux» DJs. Ce n’est pas un problème, c’est de plus en plus présent. Mais ça demeure quand même un milieu qui est jeune, qui est nocturne, qui est festif. Il faut arriver à fonctionner et à s’identifier là-dedans. Dans mon cas, c’est un combat, parce que je n’aime vraiment plus ça me coucher tard. Mais je pense que ça se peut. Il faut juste trouver la ligne...

D’ici à son lancement à Québec, prévu le 27 octobre pendant l’événement Nuit solaire du Musée national des beaux-arts du Québec, Millimetrik se fera entendre dans l’Est : il est notamment attendu en fin de semaine au Régional de la bière de Gaspé et le 18 octobre au festival Pop Explosion d’Halifax.