Les Pussy Riots se sont rendues célèbres par des actions d’éclat très politiques, à commencer par une prière anti-Poutine chantée dans une cathédrale de Moscou en 2012.

Les Pussy Riots débarquent en Alabama pour soutenir le droit à l’avortement

NEW YORK — Les Pussy Riots, groupe contestataire et féministe russe, joueront jeudi à guichets fermés en Alabama pour soutenir le droit à l’avortement, après le vote en mai d’une loi interdisant l’avortement dans cet État du Sud américain.

Les recettes de ce concert, qui se tiendra dans la ville de Birmingham, devraient aller à Planned Parenthood, la grande association américaine de planification familiale, et au Yellowhammer Fund, un groupe qui aide les femmes voulant avorter dans une des trois cliniques de cet État.

L’Alabama a adopté en mai une loi interdisant la quasi-totalité des avortements, même en cas de viol ou d’inceste, les assimilant à un homicide.

La loi, ultracontroversée, est censée entrer en vigueur en novembre, mais devrait être bloquée par la justice d’ici là, car elle enfreint la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis, qui a légalisé l’avortement en 1973.

D’autres États, sans aller aussi loin, ont voté des lois restreignant l’accès à l’avortement.

«Je trouve ridicule qu’en 2019 on se demande encore si une femme peut avorter», a indiqué à l’AFP la cofondatrice des Pussy Riots Nadejda Tolokonnikova.

«Nous voulons venir en Alabama pour soutenir les femmes qui sont dans une position très critique et vulnérable en ce moment [...] Beaucoup d’Américains pensent que la Russie est une société patriarcale, et c’est vrai à beaucoup d’égards, mais quand il s’agit d’avortement, au moins la question ne se pose pas.»

Un mouvement antiavortement existe néanmoins en Russie, revigoré par la chute de la natalité. Mais selon Nadejda Tolokonnikova, 29 ans, seuls «les fous [en Russie] affirment que les femmes n’ont pas droit à l’avortement».

Si les États-Unis semblent «revenir en arrière», la militante russe se dit néanmoins encouragée par «un mouvement féministe plus fort qu’à tout autre moment».

Ce mouvement «est si fort qu’il peut surmonter ces obstacles», estime la jeune Moscovite. Pour elle, ce genre de lois émanent d’hommes politiques «en colère, désespérés, car ils sentent que leur règne touche à sa fin».

Un état d’esprit

Les Pussy Riots se sont rendues célèbres par des actions d’éclat très politiques, à commencer par une prière anti-Poutine chantée dans une cathédrale de Moscou en 2012 jusqu’à la défense de la communauté gaie, harcelée par les autorités russes.

Après la prière dans la cathédrale, Tolokonnikova avait été condamnée à deux ans de prison, dans des conditions de détention qu’elle avait jugées proches de «l’esclavage».

Mais elle n’a pas renoncé au militantisme pour autant. «C’est un état d’esprit, on ne peut pas vraiment y échapper, cela fait partie de moi.»

Son féminisme s’est renforcé après être devenue mère très jeune, il y a 11 ans.

«Avoir un enfant qui est une fille m’a vraiment convaincue que je devais essayer de faire que mon pays et le monde soient plus faciles à vivre pour une fille, détaille-t-elle. Je me bats contre des lois émanant de fantômes patriarcaux.»