«Les affamés» est en nomination dans neuf catégories.

Les prix Iris du cinéma entre folie et zombies

Pour sa deuxième édition, le gala des prix Iris du cinéma québécois, né de la disparition controversée des Jutra, se heurte plus que jamais à un obstacle de taille. Comment intéresser le public à une remise de récompenses où les principaux films en lice ont été vus par une minorité, alors que les gros canons du box-office sont pratiquement ignorés. Cinéma d’auteur vs cinéma populaire, l’éternel dilemme…

Les chiffres en disent long. Les sept films nommés à l’Iris du meilleur long-métrage ont été vus par 132 182 spectateurs. À l’inverse, les trois films les plus populaires aux guichets l’an dernier, De père en flic 2Bon Cop Bad Cop 2 et Le trip à trois, ont fait courir plus de 1,54 million de personnes, soit 10 fois plus. 

Si ces trois films décrochent au total seulement six nominations, dont trois prévisibles dans la catégorie prix du public, et deux dans la catégorie meilleure interprétation (Patrick Huard et Mélissa Désormeaux-Poulin), un quatrième, vu celui-là par quelque 69000 spectateurs, Les rois mongols, décroche huit nominations, de quoi donner quelque chose à se raccrocher à un public qui ne semble en avoir que pour les comédies avec vedettes de catégorie A.

Quoi qu’il en soit, le gala Québec Cinéma, encore une fois animé par Guylaine Tremblay et Édith Cochrane, tentera de retenir le public devant le petit écran, dimanche, pour célébrer le meilleur de notre septième art. Reste à voir si les cotes d’écoute seront au rendez-vous. L’an dernier, la cérémonie avait rassemblé 580 000 téléspectateurs, une hausse de 10 % par rapport à l’année précédente, alors que la cérémonie se tenait en mars.

«Les rois mongols»

Avec respectivement 10 et 9 nominations, Le problème d’infiltration, de Robert Morin, et Les affamés, de Robin Aubert, devraient se livrer une rude bataille. Si le gala Artisans, présenté plus tôt cette semaine, s’avère un indicateur de la soirée, cette dernière production devrait repartir avec les grands honneurs. Nommé dans 10 catégories et gagnant de 4 prix techniques, la fresque historique Hochelaga, terre des âmes devrait en rester là.

Confidentiel Boost

Les sept films retenus pour l’Iris suprême méritent tous leur place. La lutte devrait se faire entre les films de Morin et d'Aubert. Entre la descente aux enfers d’un médecin qui perd la carte dans sa cossue maison de banlieue, et une odyssée rurale au pays des zombies, le choix n’est pas facile, mais parions sur Les affamés pour remporter le prix ultime. Une façon aussi de récompenser Aubert pour son beau travail dans Tuktuq, également retenu à titre de meilleur film.

Histoire de trancher la poire en deux, il ne serait pas étonnant dans les circonstances de voir le prix de la meilleure réalisation et du meilleur scénario remis au vétéran Robert Morin.

Le choix du Soleil va dans une tout autre direction. Le problème d’infiltration nous a beaucoup plu pour son scénario hyper anxiogène, Les affamés un peu moins, dans la mesure où il faut avoir un faible pour les morts-vivants, les autres candidats offrent des qualités indéniables, mais la plus agréable surprise est venue du confidentiel Boost, nommé dans huit catégories.

Cette histoire de deux petits délinquants montréalais empêtrés dans un réseau de vols d’automobiles surprend par la force de son scénario, la maîtrise de sa réalisation et le naturel de ses deux jeunes interprètes (Nabil Rajo et Jahmil French). Mais voudra-t-on récompenser un film tourné en anglais et vu par… 696 spectateurs, on en doute.

Denise Filiatrault, un choix logique

Chez les femmes, le cœur et la raison balancent entre Maude Guérin, mère alcoolique dans Chien de garde, et Denise Filiatrault, octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer dans C’est le cœur qui meurt en dernier. L’occasion serait belle de remettre le prix à cette dernière, non seulement en regard de sa solide performance mais pour l’ensemble de sa carrière, d’autant plus que l’actrice de 87 ans s’est faite très discrète au grand écran depuis deux décennies.

Christian Bégin dans «Le problème d'infiltration», de Robert Morin

Chez les hommes, impossible d’ignorer la performance de Christian Bégin, absolument renversant dans Le problème d’infiltration. Sa lente dérive dans la folie, à l’image de celle de Jack Nicholson dans The Shining, est de celle qui frappe l’imagination.

Pellerin, la révélation de l’année

La catégorie Révélation de l’année est celle où la compétition est la plus relevée. Les cinq nommés, sans exception, méritent de remporter un prix. Nabil Rajo (Boost), Romane Denis (Charlotte a du fun) et Rose-Marie Perreault (Les faux tatouages) ont brillé dans leur rôle respectif.

Marine Johnson, émouvante d’émotions contenues dans le rôle d’une enfant confrontée à l’horreur dans La petite fille qui aimait trop les allumettes, ferait une candidate de choix, mais il est écrit dans le ciel que le prix reviendra à Théodore Pellerin, remarquable d’intensité dans Chien de garde. De surcroît, cette année, le jeune acteur n’est pas passé inaperçu dans deux autres productions, Ailleurs et Isla Blanca (en plus d’un petit rôle dans Boost). Pas fini d’en entendre parler de celui-là.

Hommage à André Forcier

L’industrie du cinéma québécois profitera de l’occasion pour rendre hommage à «l’enfant terrible du cinéma québécois», André Forcier. Malgré une feuille de route échelonnée sur plus de 50 ans, le réalisateur d’Au clair de la lune et du Vent du Wyoming n’a jamais remporté de prix remis par ses pairs.

Le principal intéressé n’est pas tombé en bas de sa chaise en apprenant qu’il ferait l’objet d’un hommage. «Je m’y attendais un peu. Je pense que j’étais dû!» avait déclaré Forcier à La Presse en février.

Le gala des prix Iris est présenté dimanche, à 20h, sur ICI Radio-Canada Télé et sur radio-canada.ca/galaquebeccinema

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Théodore Pellerin dans «Chien de garde»

NOMBRE D'ENTRÉES DES FILMS EN NOMINATION

De père en flic 2: 683 360

Bon Cop Bad Cop: 2 602 530

Le trip à trois: 256 291

C’est le cœur qui meurt en dernier: 98 523

Hochelaga, terre des âmes: 79 228

Les rois mongols: 69 920

Le problème d’infiltration: 24 730

Les affamés: 20 800

Pour vivre ici: 18 982

Et au pire on se mariera: 15 659

Chien de garde: 9972

Charlotte a du fun: 7371

La petite fille qui aimait trop les allumettes: 3936

Tadoussac: 3451

Tuktuq: 2128

Isla Blanca: 750

Boost: 696

We’re Still Together: 440

Source: Films du Québec

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LES AFFAMÉS 5, HOCHELAGA 4

Au cours du Gala Artisans qui s’est déroulé mercredi, 14 Iris ont été distribués à des travailleurs de l’ombre. Les affamés s’est distingué en l’emportant dans les catégories effets visuels, musique originale, son et maquillage, en plus de rafler le prix du film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Pour sa part, Hochelaga, terre des âmes a mis la main sur l’Iris de la meilleure photographie, de la meilleure direction artistique, de la meilleure coiffure et du meilleur maquillage. Le trophée du meilleur montage a été décerné à Chien de garde.  

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CHOIX ET PRÉDICTIONS DE NORMAND PROVENCHER (* choix;  • prédiction)

MEILLEUR FILM

Les affamés

Boost *

Chien de garde

La petite fille qui aimait trop les allumettes

Le problème d’infiltration

Les rois mongols

Tuktuq

MEILLEURE RÉALISATION

Robin Aubert (Les affamés)

Darren Curtis (Boost) *

Sophie Dupuis (Chien de garde)

Robert Morin (Le problème d’infiltration)

Luc Picard (Les rois mongols)

MEILLEUR SCÉNARIO

Nicole Bélanger (Les rois mongols)

Darren Curtis (Boost) *

Sophie Dupuis (Chien de garde)

Robert Morin (Le problème d’infiltration)

Gabriel Sabourin (C’est le cœur qui meurt en dernier)

MEILLEURE INTERPRÉTATION FÉMININE / PREMIER RÔLE

Charlotte Aubin (Isla Blanca)

Mélissa Désormeaux-Poulin (Le trip à trois)

Denise Filiatrault (C’est le cœur qui meurt en dernier)

Maude Guérin (Chien de garde) *

Élise Guilbault (Pour vivre ici)

MEILLEURE INTERPRÉTATION MASCULINE / PREMIER RÔLE

Christian Bégin (Le problème d’infiltration) * •

Jesse Camacho (We’re Still Together)

Patrick Huard (Bon Cop Bad Cop 2)

Joey Klein (We’re Still Together)

Jean-Simon Leduc (Chien de garde)

MEILLEURE INTERPRÉTATION FÉMININE / RÔLE DE SOUTIEN

Isabelle Blais (Tadoussac)

Sandra Dumaresq (Le problème d’infiltration)

Micheline Lanctôt (Les affamés) * •

Brigitte Poupart (Les affamés)

Karine Vanasse (Et au pire, on se mariera)

MEILLEURE INTERPRÉTATION MASCULINE / RÔLE DE SOUTIEN

Jahmil French (Boost) *

Robert Morin (Tuktuq)

Emmanuel Schwartz (Hochelaga, terre des âmes)

Guy Thauvette (Le problème d’infiltration)

Anthony Therrien (Charlotte a du fun)

RÉVÉLATION DE L’ANNÉE

Romane Denis (Charlotte a du fun)

Marine Johnson (La petite fille qui aimait trop les allumettes)

Théodore Pellerin (Chien de garde) * •

Rose-Marie Perreault (Les faux tatouages)

Nabil Rajo (Boost)

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

Destierros (Hubert Caron-Guay)

Manic (Kalina Bertin)

La part du diable (Luc Bourdon)

La résurrection d’Hassan (Carlo Guillermo Proto)

Sur la lune de nickel (François Jacob)

PRIX DU PUBLIC

Ballerina

Bon Cop Bad Cop 2

De père en flic 2 * •

Junior Majeur

Le trip à trois