«Son aura flotte autour de nous. C'est une sensation qui me submerge», dit Jo Ann Endicott (photo), 66 ans, qui fut l'assistante de la chorégraphe allemande Pina Bausch après avoir été l'une des danseuses emblématiques de sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal.

Les orphelins de Pina Bausch gardent sa danse en vie

Ils volent d'ateliers en représentations, de l'Allemagne au Japon : privés de leur chorégraphe décédée en 2009, les danseurs de Pina Bausch se démènent pour perpétuer son oeuvre et la transmettre à de nouveaux interprètes.
«Son aura flotte autour de nous. C'est une sensation qui me submerge», confie à l'AFP Jo Ann Endicott, 66 ans, qui fut l'assistante de la chorégraphe allemande après avoir été l'une des danseuses emblématiques de sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal.
L'artiste australienne enseigne des extraits de pièces aux visiteurs de l'exposition Pina Bausch et le Tanztheater, qui se tient jusqu'au 7 janvier à Berlin, guidant avec malice des novices de tous âges.
D'autres interprètes de la compagnie se relaieront au musée Martin-Gropius pour assurer jusqu'à cinq ateliers par jour dans une reconstitution du «Lichtburg», l'ancien cinéma où Pina Bausch concevait ses pièces à Wuppertal, cité industrielle de la Ruhr.
Tous s'attachent à «faire ressentir» la danse plutôt qu'à la faire admirer, en veillant à ce que l'exubérance du Tanztheater n'en masque pas l'humour et la sensibilité, perceptibles sans culture chorégraphique. Car les 46 pièces de Pina Bausch, qu'elles éblouissent ou déconcertent, ne creusent qu'un sillon : la condition humaine, dans un mélange de danse et de théâtre où se mêlent espièglerie, sarcasme, joie ou désespoir. «Je ne m'intéresse pas à la façon dont les gens bougent, mais à ce qui les meut», disait la chorégraphe, morte à 68 ans cinq jours après le diagnostic de son cancer, en juin 2009.
Malgré le choc, ses interprètes étaient alors remontés sur scène le soir même, répondant à un appétit devenu insatiable pour la «Dame de Wuppertal», loin de l'accueil houleux des années 70.
Séduction difficile
Saluée très tôt par les milieux du théâtre, Pina Bausch a mis plus de temps à séduire le monde de la danse, alors archidominé par les codes classiques.
Désormais acclamée dans le monde entier à guichets fermés, et confortée par le maintien de ses subventions publiques, la compagnie a déjà programmé huit pièces en 2017 dont une reprise d'Arien (1979), 30 ans après sa dernière représentation. Après l'Australie, la France, Londres, Amsterdam ou Athènes cette année, elle entamera l'an prochain une tournée en Asie.
La place de l'oeuvre - du déchirant Café Müller aux pièces tardives plus apaisées - semble assurée dans l'histoire de la danse, et sa folie scénique - terre, champs d'oeillets, cascades, animaux divers - inspire depuis longtemps les plasticiens.
Mais seuls les interprètes, fortes personnalités indissociables de la compagnie, peuvent transmettre leurs rôles : or cette tâche, délicate dans un art éphémère, l'est plus encore au Tanztheater. Pina Bausch, qui n'a laissé sur son travail que des confidences laconiques («Quand on a trouvé ce qu'on cherche, on le sait»), montait ses pièces comme des casse-têtes, assemblant à sa guise les propositions de ses danseurs.
Le défi du Tanztheater Wuppertal, pour éviter de devenir une pure compagnie de patrimoine, est de renouer avec la création sans «recruter un clone de Pina, ce qui serait grotesque», selon Jo Ann Endicott, qui a enseigné les oeuvres de Pina Bauch au Ballet de l'Opéra de Paris.