<em>Nuage électrique</em>, <em>La crête</em> et <em>Le plateau </em>de Laurent Gagnon

Les nuées métalliques de Laurent Gagnon

Dès qu’on entre dans la salle d’exposition de Materia, de doux cliquetis parviennent à nos oreilles. Le bruissement métallique, entrecoupé de voix qui racontent des histoires de clés, accompagne une série de sculptures miniatures créées à partir des milliers de sésames recueillis par Laurent Gagnon.

Assemblées en nuées, soudées, les clés s’ornent de bleus, de verts et de noirs. L’artiste de Québec, qui travaille toujours à partir de matériaux récupérés, en a fait des fragments de paysages — arbres, nuages, montagnes et archipels. Les plus imaginatifs peuvent voir apparaître des vaisseaux volants à la carlingue bosselée.

Chaque sculpture de l'exposition La clé du paysage est présentée sur un socle fait d’un meuble de bois modifié par l’artiste. Deux d’entre eux, une coiffeuse transformée en chaise et une table de chevet, contiennent des haut-parleurs d’où se déversent les deux bandes sonores. Certaines phrases des témoignages ont été écrites sur les murs de la salle.

<em>Nuage électrique</em> de Laurent Gagnon 

«J’ai commencé ce projet pendant une résidence à Est-Nord-Est [à Saint-Jean-Port-Joli]. J’avais l’idée de ramasser des clés et de partir avec mon petit enregistreur pour recueillir des histoires», raconte Laurent Gagnon, qui a poursuivi sa collecte pendant les journées de la Culture cet automne. «J’ai une fascination pour l’objet trouvé, qui contient des affects.»

Les cliquetis, eux, ont été produits par un mobile fait à partir de petits anneaux métalliques contenant des étiquettes de papier. Le lot d’étiquette identifiait des clés qui permettaient d’ouvrir la multitude de portes d’un édifice qui a changé de fonction. Sauvé de la désuétude, il est devenu objet de mémoire et, étrangement, objet de beauté.

Un mobile fait avec des étiquettes qui servaient à identifier les clés est suspendu dans la vitrine de Materia. 

Un amas de clé, baignant dans une douce lueur de lampe de poche, ressemble à une pierre précieuse, exposée sur la tablette d’un petit meuble vertical. Les mises en scène minutieuses, dont une qui juche un nuage de clés sur de mini pylônes, donnent envie de s’approcher et d’observer d’un nouvel œil les petits morceaux de métal. 

L’exposition La clé du paysage est présentée jusqu’au 15 mars à Materia, 395 boul. Charest Est, Québec. Info : centremateria.com