Même s'il est mort depuis 40 ans, plusieurs fans croient toujours qu'Elvis Presley est bel et bien vivant.

Les mythes autour d'Elvis ne meurent jamais

«Pour c'qui est d'la mort d'Elvis si tu veux mon avis, y fallait ben qui meure pour revenir en vie, oh oui!», chantait Plume Latraverse en 1981 dans la pièce 4 ans après. Mercredi, nous serons «40 ans après» le décès d'Elvis Presley, mais les mythes, rumeurs et théories du complot voulant que le «King» ait simulé sa propre mort refusent, eux, de mourir.
En 1997, 6 % des Américains adultes croyaient qu'Elvis était toujours vivant selon un sondage Gallup et le pourcentage avait grimpé à 8 % en 2002 d'après une enquête réalisée par la firme Opinion Dynamics pour Fox News. 
«Vous savez, nous avons aussi élu Donald Trump. Ça vous montre à quel point nous sommes brillants...» lance au bout du fil l'auteur américain Patrick Lacy, qui a signé en 2006 le livre Elvis Decoded : A Fan's Guide To Deciphering The Myths And Misinformation. Le bouquin démonte plusieurs rumeurs et théories fumeuses concernant Elvis, dont celles de ceux que Lacy appelle les «Alivers», ces gens qui croient qu'Elvis est toujours vivant en 2017 et qu'il a 82 ans.
Dès le décès du «King», plusieurs fans ont en effet refusé de croire à sa mort et ont échafaudé toutes sortes de théories pour prétendre que leur idole était toujours de ce monde. Un mannequin de cire aurait été placé dans son cercueil. Il se serait retiré sur une île à peu près inconnue de l'archipel d'Hawaï ou au Michigan. Il aurait changé de nom et aurait continué sa carrière de chanteur en portant un masque. Il aurait déménagé à plusieurs reprises pour éviter d'être «démasqué». Il travaillerait à Graceland et on pourrait même le voir dans le film Maman, j'ai raté l'avion!
«C'est complètement fou!» lance Patrick Lacy. «Ces histoires devraient être disparues depuis des années, car il a été démontré qu'elles étaient toutes fausses. C'est incroyable que j'aie dû écrire un livre à ce sujet presque 30 ans après sa mort.»
Inspirés par des livres
Il faut dire qu'une autre écrivaine américaine, Gail Brewer-Giorgio, avait amené beaucoup d'eau au moulin. Elle avait d'abord rédigé Orion, une oeuvre de fiction racontant l'histoire d'un chanteur populaire simulant sa mort pour fuir la pression de la célébrité, puis s'était penchée sur le «cas Presley» dans son livre The Most Incredible Elvis Presley Story Ever Told, paru en 1988 et accompagné d'une cassette contenant une entrevue avec une personne qui disait être l'ancienne vedette du rock.
«Je ne crois pas que Mme Brewer-Giorgio se mêle encore de ça, mais c'est vraiment son livre qui a amené dans la culture populaire ces histoires qu'Elvis serait toujours vivant. Les rumeurs ne meurent pas. Elles reviennent chaque année à l'approche des anniversaires de naissance et de décès d'Elvis. Il y a des groupes de gens qui les répandent et en inventent de nouvelles chaque année. Un homme avec une barbe blanche est vu à Graceland? Ce doit être Elvis! Pourtant, ces théories ne sont basées sur aucun fait», poursuit M. Lacy.
Dans le livre<i> Elvis Decoded : A Fan's Guide To Deciphering The Myths And Misinformation</i>, l'auteur Patrick Lacy déboulonne l'une après l'autre les rumeurs qui circulent à propos du «King».
Celui qui dit avoir été attaqué par des «Alivers» et accusé par eux de faire partie du FBI, de la CIA ou d'être un avocat pour Priscilla Presley croit que le phénomène de groupe joue un rôle dans ces croyances. 
«Je crois que c'est un jeu psychologique qu'ils se jouent entre eux. Plus tu entends des gens qui ont les mêmes croyances que toi, plus tu es enclin à croire que c'est vrai, même s'il a été démontré que c'était faux», analyse-t-il.
La photo et l'épitaphe
M. Lacy mentionne notamment le fameux cliché pris en 1984 sur lequel on peut voir le regretté boxeur Muhammad Ali, le révérend Jesse Jackson et un homme qui ressemble étrangement au «King». «Il y a un ancien conseiller de Muhammad Ali, Larry Kolb, qui a confirmé que c'était lui sur la photo. Oui, il ressemble à Elvis, mais je lui ai déjà parlé et c'était bien lui qui était là avec Ali et Jesse Jackson ce soir-là.»
Patrick Lacy aborde aussi la question de la façon dont le nom d'Elvis est écrit sur son épitaphe, soit «Elvis Aaron Presley» plutôt que «Elvis Aron Presley», le nom inscrit sur son acte de naissance. Cette situation a amené certains «Alivers» à prétendre qu'une autre personne était enterrée là.
«Ce n'est pas compliqué, et c'est vérifié et vérifiable : Elvis a commencé à signer ''Aaron'' avec deux A au début des années 70. C'est pour ça que sa famille l'a inscrit de cette façon sur son épitaphe.»
Nouvelles identités
Il y a aussi l'un des mythes les plus tenaces qui voudrait que le «King» vive désormais sous le nom de Jesse, son frère jumeau mort-né. «Ce gars vivrait reclus et ne parlerait qu'à certaines personnes. Un psychiatre, le Dr Donald Hinton, avait écrit un livre prétendant qu'il avait traité «Jesse» pour de l'arthrite et une dépression et qu'il s'agissait bien d'Elvis, mais il a été réprimandé et placé sous probation pour cinq ans pour avoir prescrit trop de médicaments à ce patient», ajoute Patrick Lacy.
Des chanteurs auraient aussi joué sur la ressemblance de leur voix avec celle du «King» pour entretenir le mythe, notamment Jimmy Ellis, alias Orion, décédé en 1998 et qui portait des costumes à la Elvis et un masque sur scène, ainsi que John Cotner, un homme à la barbe et aux cheveux blancs dont la voix rappelle beaucoup celle de l'interprète de Love Me Tender.
«Dans le cas d'Orion, il essayait de donner l'impression qu'il était Elvis, mais il niait toujours être le ''King'' quand on lui demandait. Cotner, lui, essaie vraiment de faire croire aux gens qu'il est Elvis sans le dire ouvertement», poursuit Patrick Lacy. «Il dit souvent qu'il n'est pas Elvis, mais que même s'il l'était, il ne l'admettrait pas...»
Et cette fameuse scène, dans Maman, j'ai raté l'avion, où la mère de famille jouée par Catherine O'Hara tente en vain d'obtenir un billet de retour à la maison à l'aéroport international de Wilkes-Barre/Scranton? Les «Alivers» prétendent que l'homme barbu en arrière-plan serait bel et bien Elvis Presley dans ce film tourné en 1990...
«Ce n'est qu'une autre des nombreuses histoires de ''gars barbus'' qui seraient Elvis. Mais avec celle-là, on a atteint le fond du baril. Pensez-vous vraiment qu'Elvis aurait simulé sa mort pour devenir figurant dans un film? Voyons donc!» lance Patrick Lacy.
En effet, comme le disait l'ami Plume à la fin de la pièce 4 ans après : «N'ayez crainte, le ridicule ne tue pas! Oh yeah...»