Samian voyage beaucoup pour transmettre son message sur l’importance de trouver sa voie.

Les mots du monde avec Samian

Samian a lancé le 6 septembre un quatrième album, «Le Messager». Le rappeur se retrouve aussi, à titre d’animateur, au centre de la série documentaire «En marge du monde», qui l’a fait voyager aux quatre coins du globe à la rencontre d’individus ayant choisi de vivre loin de la société moderne, en rupture complète avec les modèles consuméristes actuels.

Le second épisode (cette première saison en compte 10) est diffusé ce mardi 10 septembre, à 21 h (plusieurs rediffusions sont prévues au fil de la semaine),

Cette double sortie ne tient qu’au hasard du calendrier, et les deux projets n’ont toutefois aucun lien entre eux, précise l’artiste originaire de la communauté de Pikogan en Abitibi-Témiscamingue, en rappelant que les chansons ont toutes été écrites avant le tournage d’En marge du monde.

Le titre du disque laisse transparaître certaines interrogations de Samian sur l’impact qu’ont eu ses chansons au fil de ses pérégrinations. Ce messager, c’est bien sûr lui. « Oui, je me perçois comme un porteur de message(s) ; ç’a toujours été présent [dans mes textes] et je n’y dérogerai pas... »

Il persiste donc sur Le Messager, où il commence par faire l’apologie des « Mots », qui, tour à tour « bohèmes » ou « sentinelles », « voyagent », oxygènent, « guérissent » ou font peur. Avant de prolonger l’exercice sur Immortels – chanson biographique scandée en duo avec le rappeur franco-ontarien Le R – pour caresser l’hypothèse que ses mots résonneront même après sa mort.

DJ Horg

Sur ce disque, Samian dépose ses mots sur des musiques de son vieux complice DJ Horg. Le tandem s’est donné une ligne directrice claire : identifier « ce qui nous a fait découvrir et aimer le hip hop », et « retrouver nos influences » premières.

Aujourd’hui, le hip hop a pris des avenues et des tangentes totalement différentes – et c’est correct, il en faut pour tous les goûts – mais là, pour la première fois, j’avais vraiment envie de faire un disque avec la sonorité de ce qu’on écoutait dans ma jeunesse », dans les années 90.

DJ Horg et lui sont donc « revenus à la base même du rap, avec un MC et un DJ. On voulait des samples, des scratchs, du boombap et le côté rythm and poetry », qui met les textes à l’avant-plan.

Paradoxalement, « on a bien plus exploré la musique sur le dernier album [que sur les précédents], avec énormément de musiciens et des chorales. On était dans une zone d’exploration, [à chercher à] dépasser certaines limites. Ça, ça nous plait. Mais un moment donné, tu veux un retour aux sources. Je voulais entendre nos influences sur un disque qu’on avait nous-même créé. »

« Je suis extrêmement fier de ce projet. C’est une belle façon de revenir à ses racines et rendre hommage à ces beats-là, aux émotions qu’on ressentait quand on posait l’aiguille sur nos vinyles. Et je peux dire “Mission accomplie !”, ça sonne exactement comme on voulait », se réjouit-il.

Sur ce nouvel album, il a composé une chanson à la mémoire de son père, qui a fini sa vie parmi les sans-abris, avant de décéder. La pièce, qui a servi de premier extrait, traite « de mes retrouvailles avec mon père, et d’avoir pu l’accompagner jusqu’à la fin de sa vie », à l’époque où Samian tournait son documentaire Fentanyl : la menace.

Loin dans la marge

Un portrait qui n’a « rien à voir » avec les « marginaux » que Samian nous présente dans En marge du monde. Loin d’être cabossés, ce sont au contraire des gens heureux, voire lumineux malgré leur isolement apparent, et philosophes.

« Ils ont compris qu’ils n’étaient pas faits pour cette vie et ont réussi à lâcher l’esclavage moderne », en nageant à contre-courant de tous ces « poissons morts qui suivent le courant », pour vivre en harmonie avec la nature et avec ce que leur dictait leur cœur, explique le rappeur.

L’émission ne cherche pas à « prêcher pour leur mode de vie » parallèle, mais, par leurs choix radicaux, les intervenants « incarnent le changement » écoresponsable, et montrent qu’on peut vivre autrement, note-t-il, heureux d’avoir eu l’occasion de « donner la parole à des gens qu’on entend peu ».

« Ils ont eu le courage d’aller au bout de leur rêve, de le réaliser. [...] Ils ont trouvé leur voie. »

Au final, « entre la masse de la société et ces personnes-là, qui donc est le plus en marge du monde ? s’interroge-t-il. Ils ont trouvé leur voie intérieure... et leur liberté. [...] C’est très inspirant ! »

« Ce qui me faisait buzzer, c’est de penser que [leur parcours peut inciter certains téléspectateurs] à se demander : “Qu’est-ce qui me retient tant que ça, moi ?” », parmi ceux qui se sentent à l’étroit dans le « système », ou usés par la frénésie de la vie moderne.

« Tout va toujours extrêmement vite. Le monde se met à capoter si tu ne réponds pas à leur texto dans les cinq minutes, parce que tu es parti aux toilettes ou promener le chien... » souffle Samian.

Il a pris le temps de vivre au rythme des intervenants, partageant le quotidien de chacun d’entre eux pendant toute une semaine. «C’est un autre rythme, et ça fait du bien, honnêtement. Ils nous emmènent ailleurs, mais ils font arrêter le temps, aussi...»

Les spirales modernistes l’inquiètent. «La société se robotise extrêmement rapidement: au Japon, il y a des hôtels sans employé, avec juste des robots pour s’occuper de toi, illustre-t-il. Il y a tellement d’humains et si peu d’humanité aujourd’hui, c’en est épeurant! » 

«Moi non plus, je ne suis pas fait pour la vie moderne. Je ne crois pas qu’on doive s’adapter au système. Chacun a à créer sa propre existence», conclut-il.