Noir Éden, de Peter Peter

Les meilleurs disques francophones

1) Noir Éden, de Peter Peter

Plus de quatre années après son deuxième album, Une version améliorée de la tristesse, Peter Peter s’est offert tout un retour sur disque avec Noir Éden. Seul dans son appartement à Paris, où le Québécois s’est installé depuis un moment, il a libéré en lui une redoutable machine mélodique : accrocheuse sans être racoleuse, cette nouvelle galette est bien garnie en vers d’oreille. S’éloignant un peu du spleen qui a souvent nourri sa plume, il convie l’auditeur dans une sorte de voyage intérieur lors duquel il s’en est donné à cœur joie avec synthétiseurs et autres machines. Une pop intelligente qui rend certes hommage aux années 80, mais qui s’inscrit dans une facture sonore bien de son temps.

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2) La grande nuit vidéo, de Philippe B

Quand vient le temps d’écrire des chansons, Philippe B nous a prouvé qu’il est friand de concepts… Et que ça lui sied bien. Sur ce cinquième album solo, il vogue entre le quotidien et le grandiose en explorant à la fois une relation de couple et le rapport que ce dernier entretient avec la fiction. L’idée de l’écran traverse ces chansons qui passent avec aisance des références très concrètes aux évocations plus poétiques. Souvent plantées dans une esthétique épurée, les pièces se gonflent d’arrangements orchestraux avant de revenir à la simplicité. Et l’auteur-compositeur-interprète touche à quelque chose de magique lorsqu’il y ouvre le dialogue avec sa consœur Laurence Lafond-Beaulne, moitié féminine de ce couple fictif. 

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3) Comme une odeur de déclin, de Maude Audet

Habile brodeuse de contrastes, Maude Audet affine sa signature sur ce troisième album, élaboré avec la complicité d’Ariane Moffatt à la réalisation. Tablant notamment sur des guitares bien affirmées, elle se plaît de nouveau à ajouter un grain rugueux à un univers musical ancré dans la douceur, incarnée par son timbre de voix délicat et des arrangements de cordes qui s’invitent ça et là. Oscillant entre des thèmes personnels et des préoccupations plus collectives, Maude Audet brosse ici des tableaux sensibles. La scénographe devenue auteure-compositrice-interprète y réaffirme surtout son don pour la mélodie : celle de l’éthérée — et magnifique! — Dans le ruisseau a de quoi nous hanter encore longtemps.

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4) Bonsoir shérif, de Keith Kouna

Après avoir renoué avec Les goules, Keith Kouna a repris du service en solo. Et il semble que sa décapante formation punk-rock ait déteint sur son propre son. Avec Bonsoir shérif, l’auteur-compositeur-interprète prend la parole de manière plus directe que jamais, catapultant avec une énergie abrasive un bouquet de chansons trempées dans un air du temps qui n’est pas très jojo : attentats, montée de l’extrême droite, guerres de religions, migrants qui ne sont pas toujours accueillis à bras ouverts et apathie citoyenne ont inspiré le musicien à la poésie à la fois dure et imagée. De la chanson qui frappe fort, faite sur mesure pour la scène.

Bonsoir shérif, de Keith Kouna

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5) La science du cœur, de Pierre Lapointe

Après l’éclaté Punkt, Pierre Lapointe est revenu cet automne avec une proposition plus unie dans le son, mais pas moins ambitieuse. Avec le compositeur français David François Moreau, il s’est donné pour mission de faire le pont entre la tradition de la grande chanson française et la musique classique contemporaine. Rien n’est laissé au hasard, tout est pensé et étudié dans ces pièces truffées de références artistiques. Mais rien ne semble néanmoins forcé. Par la qualité de son écriture et la beauté de ses arrangements, il coule de source, cet album qui alterne entre le chaud et le froid, le doux et le cru. Pierre Lapointe y prouve de nouveau qu’il a les moyens de ses prétentions.

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6) Almanach, de Patrice Michaud

L’auteur-compositeur-interprète a rebondi là où on ne l’attendait pas avec ce troisième album, qui cultive un bon groove à renfort d’arrangements de cuivres et de chœurs.

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7) Désherbage, de Tire le coyote

Benoit Pinette laisse sa musique prendre du coffre sur ce quatrième album, où ses textes soignés sont mis en musique avec un côté enlevant qu’on lui connaissait moins.

Désherbage, de Tire le coyote

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8) À peu près, de Pomme 

La vingtaine tout juste entamée, la Française Claire Pommet débarque en force avec un premier album tout en dualités, portée par une voix souple et magnétique.

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9) Ouï, de Camille

Un superbe travail vocal se décline sur les chansons neuves de l’auteure-compositrice-interprète française, qui a placé les chœurs — percussifs ou en harmonie — au centre de sa création.

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10) Mon doux saigneur, album éponyme

Emerik St-Cyr Labbé laisse une convaincante carte de visite avec cette collection ancrée dans un folk urbain aux couleurs lo-fi, sur laquelle il forge une poésie brute parfois cryptique.