Andrew Huff souhaite que l’escalier, construit en 1895, ait la reconnaissance qu’il «mérite».

Les marches de «L’exorciste» pourraient devenir monument historique

WASHINGTON — Ses 75 marches funestes ont servi de décor, à Washington, à l’un des films les plus troublants de l’histoire du cinéma: l’escalier emblématique du non moins culte «L’exorciste» pourrait bientôt être classé monument historique.

Il faut l’emprunter de nuit, lorsque les silhouettes inquiètes se pressent dans la pénombre, pour bien se plonger dans l’ambiance glaçante du film de William Friedkin, sorti en 1973, deux ans après le best-seller de William Peter Blatty dont il est adapté.

Coincées entre un mur de pierre massif rongé par la végétation et un bâtiment en brique qui abritait autrefois des voitures de tramway, les marches de L’exorciste surgissent au cœur du dénouement. Le père Damien Karras (Jason Miller), possédé par le démon maléfique dont il tentait de délivrer la petite Regan (Linda Blair), se défenestre et finit son interminable chute dans une mare de sang, au pied de l’escalier.

«La scène a été rejouée trois fois, et même si les marches étaient couvertes d’une fine couche de caoutchouc, ça restait une sacrée chute pour le cascadeur», relève Andrew Huff.

Cet habitant de Washington, qui se dit «étudiant en films d’épouvante» en marge de son job régulier de directeur des relations communautaires dans une université locale, a vu L’exorciste une bonne centaine de fois.

Il a organisé une cérémonie en 2015, en présence du réalisateur et de l’auteur du livre, à l’occasion de la pose d’une plaque commémorative en bas du passage sinistre entre une station service à l’abandon au bord du Potomac et les façades colorées du quartier de Georgetown, l’un des plus cossus de la capitale américaine.

C'est dans ces marches que le père Karras finit son interminable chute dans le film.

«Friedkin [le réalisateur] en était encore plus fier que son Oscar, qui prend la poussière dans son salon et que personne ne peut voir», assure Andrew Huff, qui espère désormais voir l’escalier classé monument historique.

À l'abri du développement immobilier

Une association de riverains en a surtout fait la demande pour empêcher la construction d’un complexe immobilier à proximité. Mais en attendant la décision, le 15 novembre, le fan de films d’horreur souhaite que l’escalier, construit en 1895, ait la reconnaissance qu’il «mérite».

«Lorsque des amis viennent me rendre visite, je préfère les emmener ici plutôt qu’au Capitole ou à la Maison-Blanche», affirme-t-il. «C’est devenu une attraction touristique pour la ville.»

La preuve: un couple de Parisiens en voyage sur la côte est américaine vient de faire spécialement «un détour» dans le quartier. «Ma mère a été traumatisée par ce film, je voulais lui envoyer la photo», raconte Laetitia Azam, alors que des joggeurs aux visages rougis par l’effort enchaînent les montées et descentes. Une autre vision de l’horreur.