Normand Bissonnette et Marianne Marceau-Gauvin sont de la solide distribution de la pièce «Les mains d’Edwige au moment de la naissance» de Wajdi Mouawad, qui lance l’année 2020 à La Bordée dans un fiévreux sentiment d’urgence.

«Les mains d’Edwige au moment de la naissance»: le courage de ses convictions

CRITIQUE / Allégorie sur la pureté, la corruption, la résistance au conformisme et le courage qu’il faut pour défendre ses convictions, Les mains d’Edwige au moment de la naissance de Wajdi Mouawad lance l’année 2020 à La Bordée dans un fiévreux sentiment d’urgence et d’intenses prestations d’acteurs, qui se mesurent à un texte souvent vertigineux.

Créée en 1999 au Théâtre d’aujourd’hui, puis remontée par le Théâtre Niveau Parking l’année suivante au Périscope sous la houlette de Michel Nadeau, actuel directeur artistique de La Bordée, cette fable de l’auteur d’Incendies nous mène à la rencontre d’Edwige (Marianne Marceau-Gauvin), jeune femme touchée par de singuliers stigmates : lorsqu’elle prie, une eau claire et pure s’écoule de ses mains. Tandis que sa famille organise les funérailles de sa sœur présumée morte puisque portée disparue depuis 10 ans, Edwige se terre dans une cave sombre. Parce qu’elle refuse de croire au décès de sa chère Esther (Annabelle Pelletier-Legros). Et parce qu’elle comprend vite qu’on veut l’utiliser dans une supercherie. La cérémonie s’avère prétexte à une opération mercantile où tout le village a été convié. Et tous sont prêts à payer pour la voir s’agenouiller devant le cercueil vide de sa sœur et être témoin de son don.

Tour à tour, son père (Normand Bissonnette), son frère (Lucien Ratio) et sa mère (Lorraine Côté) tenteront de la convaincre de monter à l’étage, où les convives se font de plus en plus nombreux. En plaidant leur cause, en la brusquant, en tentant de la manipuler. À l’image d’une Antigone moderne, entêtée et parfois illuminée, la principale intéressée tiendra son bout au nom de l’honneur et de la vérité. Jusqu’à ce que le retour de la disparue vienne changer la donne.

Distribution à la hauteur

Dans cette mise en scène de Jocelyn Pelletier, c’est d’abord la sobriété qui prime. Les acteurs, tous justes, évoluent au départ dans un environnement épuré et en clair-obscur, où le texte est roi. À mesure que le drame se joue et que les conflits s’enveniment, le plateau se souillera petit à petit : le rouge du sang du sacrifice ou de l’enfance qui s’évanouit, le noir du déni ou de la corruption. Belle manière de mettre en exergue le fait que se battre pour ses valeurs, ce n’est pas toujours propre, propre… Puis s’invitera la lumière. Celle du soleil qui éclaire et réchauffe, celle du feu qui détruit.

Texte costaud, touffu et ponctué de quelques pointes d’humour, Les mains d’Edwige au moment de la naissance trouve ici une distribution à sa hauteur, avec en tête une Marianne Marceau-Gauvin très solide dans l’exigent rôle-titre, constamment sous tension. Le piège de trop en faire était bien présent, la comédienne offre le bon dosage d’intensité. Mention spéciale également à la prestation pour le moins sportive (et sanguinolente) d’Annabelle Pelletier-Legros en Esther, qui rend crédible un plus que pénible accouchement théâtral.

La pièce Les mains d’Edwige au moment de la naissance est présentée à La Bordée jusqu’au 8 février.