Dans «Les idées lumière», on délaisse les sarraus blancs pour des costumes éclatés, on pose les bases des grandes théories scientifiques pour mieux les lancer dans la poésie, on laisse la magie opérer plutôt que de tout expliquer.

«Les idées lumière»: la science est une fête

CRITIQUE / Déguisés en fantômes, un chapeau de fête en carton sur la tête, deux comédiens-scientifiques cuisinent un gâteau pour Marie Curie, tout en concoctant du CO2 pour en souffler les bougies. À travers une série de numéros poétiques et spectaculaires, «Les idées-lumières», des Nuages en pantalon, allie art, science et philosophie en cultivant l’émerveillement.

Le public verra la création d'un nuage, une éruption de mousse multicolore, des tambours lanceurs de vortex et de messages intersidéraux, mais Les idées-lumières n’a rien du spectacle de vulgarisation scientifique classique. On délaisse les sarraus blancs pour des costumes éclatés, on pose les bases des grandes théories scientifiques pour mieux les lancer dans la poésie, on laisse la magie opérer plutôt que de tout expliquer.

Les principes scientifiques permettent de trouver de nouvelles manières de raconter. En filmant en direct les assemblages de scories métalliques créés par le parcours des aimants sous une table, Valérie Laroche, Jonathan Gagnon et Joée Lachapelle, à la régie de plateau, créent un film en noir et blanc, où une forêt nordique est engloutie par une bibitte vorace. Pendant qu’ils discutent de la naissance des idées, les interprètes font danser du lait coloré. Les nébuleuses, les vrilles et les sillons qu’ils dessinent créent un grand tableau mouvant sur écran. Un autre segment mémorable filmé en direct montre le parcours d’Éric, le jujube vert, qui traversera une jungle de légumes et un désert pour découvrir comment utiliser son énergie à bon escient. Une épopée délirante qui a peu à envier à un film de Pixar.

Valérie Laroche

Le texte de Véronique Côté, nourri par les idées de l’équipe de création, amalgame les explications imagées, les blagues et quelques messages appuyés, comme celui de la reconnaissance des femmes et de la nécessité de laisser les enfants poser des questions (même non prévues au programme) et d’expérimenter pour apprendre. L’introduction, où l’on mentionne qu’on est au théâtre, qu’on fait une pièce, que les idées sont comme des soleils au centre de galaxies, n’est pas vraiment nécessaire. On pourrait entrer plus rapidement au vif du sujet.

Il y a aussi plusieurs moments au début des numéros où il semble manquer un projecteur et où les acteurs s’expriment dans l’ombre — mais rien qui ne puisse facilement être ajusté après la première.

La vigueur de l’interprétation de Laroche et Gagnon, qui multiplient les voix et qui dansent et chantent avec un investissement total, contribue grandement au plaisir que procure cette expérience théâtrale.

Une scène de la pièce «Les idées lumière»

La pièce est présentée jusqu’au 13 novembre au théâtre jeunesse Les Gros Becs. Info : www.lesgrosbecs.qc.ca