La pianiste roumaine Alexandra Dariescu était l’invitée de l’Orchestre symphonique de Québec, jeudi, pour jouer, deux fois plutôt qu’une, le Concerto pour piano no 1 de Tchaïkovski.

Les hits chatoyants de Tchaïkovski à l'OSQ

CRITIQUE / L’orchestre symphonique de Québec profite de l’arrivée du printemps pour offrir un mini-festival Tchaïkovski aux mélomanes de la capitale. La pianiste roumaine Alexandra Dariescu était son invitée jeudi pour jouer, deux fois plutôt qu’une, le Concerto pour piano no 1, qui révélait le visage plus emporté et complexe du célèbre compositeur russe. Nous avons eu droit à un concert scintillant, porté par de majestueux élans romanesques, où l’OSQ misait (en matinée du moins) sur des hits.

Écouter la musique de Casse-­Noisette en ce début de printemps qui bat de l’aile n’a certes pas la même féerie qu’en décembre. La suite, présentée au concert Tchaïkovski dans la langue de Shakespeare, le 21 mars, faisait aussi partie du programme de la matinée de jeudi (les spectateurs du soir ont plutôt profité de la Symphonie no 4). 

Si nous avons souvent entendu l’orchestre jouer ces airs archiconnus, chaque deux ans lors de la venue des Grands Ballets canadiens à Québec, depuis la fosse d’orchestre, c’était la première fois que l’on «voyait» les musiciens les jouer. Ils connaissent bien sûr les pièces sur le bout des doigts. Il n’y avait toutefois rien de blasé dans leur interprétation, soigneusement modulée par le maestro Fabien Gabel. Certains airs suscitaient même des sourires radieux sur les visages des musiciens. Écouter les airs sans regarder le ballet permettait de porter davantage attention aux qualités musicales des pièces et à l’implication de chacun des groupes d’instruments. Pour la découverte et le dépaysement, toutefois, on repassera.

Le concert s’ouvrait avec la Polonaise, un autre succès du compositeur, tiré cette fois de son opéra Eugène Onéguine. Nous étions dès lors plongés dans un grand bal (l’une de ces fêtes qu’on aurait pu voir à la cour d’Autriche à l’époque de l’impératrice Sissi), avec tout le côté faste et volontaire de la musique de Tchaïkovski, auquel l’OSQ a fait honneur. 

Le cœur du concert était bien sûr le Concerto pour piano no 1, porté de manière splendide par Alexandra Dariescu. Elle était rayonnante dans une robe rouge vif, tout habitée par le côté tragique, fébrile et radieux de la pièce. Le piano et l’orchestre y poursuivent un dialogue animé. Les premiers accords du piano, plaqués à coup de trois, sont repris par les cordes pincées. Avec l’arrivée très douce des cuivres (le chef effectuait un contrôle serré du volume, privilégiant les contrastes), le piano devient chatoyant sous les doigts habiles de la soliste, qui s’exécute avec fluidité. Les harmonies se décuplent, se déploient, entrecoupés de coups d’archet dramatiques, le piano gagne en frénésie, les échanges deviennent plus échevelés... et ce n’est que la fin du premier mouvement, le plus substantiel. La danse des mains sur le clavier redevient légère pour le second. Le son de la flûte (pleinement maîtrisée par Jacinthe Forand, qui a pu mettre tout son talent en valeur avec ce programme) traverse la musique de Tchaïkovski comme un fil rouge. 

Le concert Tchaïkovski face à son destin était présenté jeudi en matinée et en soirée (où la Suite de Casse-Noisette était remplacée par la Symphonie no 4).