The Killers ont performé devant des fans survoltés.

Les événements spéciaux

Il faut voir ici des spectacles «inclassables». Des moments uniques dont on se souvient en se disant: «J'y étais!», ou alors: «Avoir su...»
Un grand happening avec The Killers
6 juillet 2014 / Avant de fouler l'imposante scène des plaines d'Abraham, certains artistes ont voulu prendre le temps d'effectuer des répétitions. Le groupe The Killers a poussé l'expérience un cran plus loin que les autres en s'exécutant devant une poignée de chanceux, au défunt Cabaret du Capitole.
Avoir une formation capable d'électriser des dizaines de milliers de spectateurs dans l'intimité d'une salle qui peut accueillir 600 personnes? Voilà qui est propice à un événement exceptionnel. Et la performance des Killers, le 6 juillet 2014, l'a assurément été. Les Américains étaient en grande forme et le public, constitué des fans les plus loyaux - les billets s'étaient envolés dans le temps de le dire - était survolté. Le leader Brandon Flowers n'a jamais eu besoin de prier les spectateurs: ils lui faisaient écho, entonnant les moindres paroles des chansons. Si la foule leur semblait gagnée d'avance, les Américains ne se sont jamais assis sur leurs lauriers. Ils ont enfilé succès sur succès sans la moindre baisse d'énergie...
Le directeur de la programmation du Festival d'été de Québec, Louis Bellavance, parle d'un timing extraordinaire pour organiser un concert du genre. Or à partir du moment où les artistes passent du temps en ville, tout est possible...
«C'était une deuxième portion de tournée; ils devaient remettre le band ensemble et ils ont dit «pourquoi ne pas jouer devant le public? Ce sera bon pour nous autres...» On a improvisé ça pas mal, on ne savait pas trop comment s'y prendre: est-ce qu'on vend des billets? Est-ce qu'on réserve ça aux détenteurs de laissez-passer? Finalement, on a mis les billets en vente 24h avant et après 5 minutes, il n'y en avait plus!»
Le surlendemain, les Killers ont remis ça sur les plaines d'Abraham, avec le même succès... 
La bande de Las Vegas n'est pas la seule à avoir passé du temps à Québec pour s'échauffer. Sting, qui ne donnait que très peu de concerts en 2009, avait fait des répétitions à la salle Multi; les gars de Guns N'Roses, eux, s'étaient dérouillés à la salle Albert-Rousseau, en 2013. Bryan Ferry avait également passé plusieurs jours en ville, en 2016...
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Le cinquième Beatle à Québec
Le réalisateur, compositeur et arrangeur George Martin a été invité à diriger un concert constitué des grands succès des Beatles.
14 juillet 1992 / Pour célébrer ses 25 ans - et souffler les 25 bougies du mythique album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band -  le Festival d'été avait fait la part belle à l'univers des Beatles, en 1992. Non seulement avait-on invité le réalisateur, compositeur et arrangeur George Martin à venir diriger un concert constitué des grands succès du groupe, mais deux représentations du Liverpool Oratorio, de Paul McCartney, avaient été présentées.
Le concert intitulé The Beatles Connection n'était pas une mince affaire. Il réunissait l'ensemble britannique The King's Singers, qui assurait les voix, un orchestre composé de membres de l'OSQ - la bande symphonique - de même qu'un quintette pop comprenant notamment le fils de George Martin, Giles.
La violoniste Roxane Del, qui avait au départ mis la main sur les droits pour jouer le Liverpool Oratorio, avait également tiré les ficelles de The Beatles Connection, où les arrangements originaux de George Martin étaient à l'honneur. D'ailleurs, les partitions avaient été récupérées en mains propres, à Londres, pour ensuite être remises à Martin, à son départ.
Le spectacle, donné au Grand Théâtre, avait été fort apprécié, tout comme l'amabilité et la générosité de Martin.
«C'était un parfait gentleman britannique, nous indiquait le guitariste Marc Vallée, l'an dernier. Jamais une seconde il aurait pu faire sentir à quelqu'un qu'il était moins bon. Tout était à propos de la musique, pas de lui. La grande classe!»
«On a passé deux soirées à placoter ensemble; il a tellement aimé Québec, nous confiait Roxane Del de son côté. [...] Il m'a donné confiance pour faire ma musique.»
Ce vent des Fab Four a continué de souffler les 15 et 16 juillet avec les représentations du Liverpool Oratorio à l'église Saint-Roch. L'oeuvre avait été dirigée par Carl Davis, qui l'avait cosignée avec McCartney.
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Céline Dion enchante la place D'Youville
Céline Dion lors de son spectacle offert à la place D'Youville avec l'orchestre Pop Philharmonique.
11 juillet 1989 / Si elle a par deux fois offert de mémorables concerts sur les plaines d'Abraham, Céline Dion ne l'a jamais fait pendant le Festival d'été. La diva peut néanmoins se vanter d'avoir attiré la plus grosse foule de l'événement en 1989, lors d'un spectacle offert à la place D'Youville avec l'orchestre Pop Philharmonique. 
Selon les chiffres avancés par les organisateurs et cités par Le Soleil le 12 juillet 1989, 30 000 curieux - le chiffre de 40 000 avait circulé en début de prestation - sont venus applaudir Céline Dion en cette chaude soirée d'été. En sachant que le site du parc de la Francophonie a été agrandi l'an dernier pour permettre d'accueillir 10 000 festivaliers, l'estimation de foule semble aujourd'hui démesurée, voire un peu farfelue. N'empêche... L'ambiance était semble-t-il au rendez-vous lors de cette rencontre musicale où des succès de Broadway et de Starmania ont été à l'honneur, tout comme quelques titres anglophones de l'album Unison, qui allait paraître quelques mois plus tard et propulser la carrière internationale de la vedette québécoise.  Geneviève Bouchard
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L'opéra de Plácido Domingo pour répondre à Kiss
Le célèbre ténor Plácido Domingo sur les plaines d'Abraham en 2009<strong></strong>
17 juillet 2009 / L'année 2009 en aura été une de hauts contrastes au Festival d'été, en particulier sur les plaines d'Abraham. Après un spectacle carburant aux artifices, signé Kiss, c'était au célèbre ténor Plácido Domingo de fouler la scène, le lendemain. 
La musique classique n'a pas souvent été en vedette sur la plus grande scène du Festival. Or le 17 juillet 2009, on avait trouvé la personne tout indiquée pour faire courir les foules. Pour offrir un programme à la fois relevé et accessible, aussi: Plácido Domingo.
Entouré de la soprano argentine Virginia Tola et de l'Orchestre symphonique de Québec, le célèbre artiste avait donné un concert sans faille, allant du Ô Souverain, du Cid, à Tonight, de West Side Story. Domingo et Tola s'étaient échangé le micro, mais avaient aussi proposé des duos, dont un superbe extrait de L'ami Fritz
Le seul bémol dans cette soirée? La température... Mais personne ne s'était laissé démonter, Domingo le premier, qui n'a pas hésité à faire sauter l'entracte, afin de déjouer la pluie...
Un guerrier
«On n'a pas eu une soirée parfaite, il faisait froid, note le directeur général du FEQ, Daniel Gélinas. Il y avait un gros vent d'est et souvent, les chanteurs ne chantent pas dans ces conditions-là. Lui, il est allé en guerrier, il s'est mis un foulard et il a chanté. Pas juste 20 minutes... Il y avait une fille avec lui, mais il a donné un concert d'une heure trois quarts.»
Le public, venu en grand nombre, avait été d'une écoute exemplaire, démontrant que même sur un site aussi vaste, il est possible d'apprécier une performance subtile et nuancée.
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Une incursion gaspésienne
Ginette Reno et Marc Hervieux ont lancé la version gaspésienne du Festival d'été le 22 juillet 2010.
New Richmond, 2010 à 2012 / En juillet 2010, 2011 et 2012, le Festival international d'été de Québec est sorti de ses «murs» et sa direction a répondu à l'invitation de la mairesse de New Richmond à l'époque, Nicole Appleby. Douze soirées de spectacles ont été tenues au parc de la pointe Taylor, avec une vue sur la baie des Chaleurs.
Mme Appleby avait elle-même répondu à une invitation de Québec. «Le maire Labeaume avait dit qu'il était prêt à collaborer avec les régions, à les aider. J'ai pris la balle au bond. On était en train de relever la ville de la fermeture de la cartonnerie [en 2005]. On avait besoin de cette énergie-là, de cette audace; on a signé une entente historique, créative, innovatrice [...]. Ça a semé la joie, la vigueur et la motivation», dit-elle.
Mme Appleby voulait convaincre Ginette Reno de lancer «son» festival. «Daniel Gélinas ne croyait pas que je réussirais, en m'expliquant qu'elle ne voulait plus chanter à l'extérieur, pour protéger sa voix. Elle a accepté, lors d'une rencontre à Montréal [...]. «Ça me tente. Ce seront mes vacances». Elle venait en famille se reposer, profiter de la bonne bouffe.»
Ginette Reno, Marc Hervieux et le fils de la chanteuse, Pascalin, dirigeant pour l'occasion l'Orchestre symphonique de Québec, ont ainsi lancé la version gaspésienne du festival, le 22 juillet 2010.
«Ça a été magique, enivrant [...]. De plus, Stéphanie Boulay, maintenant des Soeurs Boulay, a été la première à chanter au festival, en faisant quelques chansons en première partie. Stéphanie est de New Richmond. Il pleuvait avant le spectacle. La pluie a arrêté à temps», poursuit Mme Appleby.
Non seulement la pluie a-t-elle arrêté, mais la scène a été enveloppée d'un léger brouillard, donnant naturellement au spectacle de Ginette Reno une atmosphère vaporeuse généralement obtenue avec un artifice d'équipements.
«En trois étés, et 12 soirées, il n'est pas tombé une goutte de pluie pendant les spectacles du Festival», signale Nicole Appleby. Jean Leloup y a aussi offert une performance, au dernier spectacle, en 2012.
40 000 personnes par an
Le Festival d'été de Québec à New Richmond a attiré environ 40 000 personnes par an. Le manque à gagner s'est établi à 700 000 $ en trois ans. L'ex-mairesse aurait été prête à continuer, moyennant une entente plus souple avec Québec.
«Il est normal de déclarer un déficit au début de ce genre d'événement. Nous étions à peu près kif-kif la troisième année. J'aurais continué, mais j'avais décidé de me retirer de la politique municipale en 2013 et il faut un engagement complet du conseil dans ce genre d'événement», dit-elle.  Gilles Gagné (collaboration spéciale)
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L'année des clowns
Le clown Dézo (Jean-Pierre Desaulniers de son vrai nom)<strong></strong>
Juillet 1979 / Les temps sont durs au Festival d'été en 1979. Même que le rassemblement, freiné par des difficultés financières, a bien failli ne pas avoir lieu: quelques semaines avant le début juillet, l'incertitude planait toujours sur la tenue du 12e FEQ. Les festivaliers auront finalement droit à une programmation ficelée «à la hâte», selon le chroniqueur du Soleil Jacques Samson, et réduite à six jours. 
Arrimé avec la fête de la ville de Québec, le FEQ se met donc en branle le 3 juillet. Grâce à une subvention du gouvernement provincial, les organisateurs commencent à développer un modeste volet international en conviant à Québec des artistes de la francophonie. 
Mais en cette année internationale de l'enfant, les amuseurs de rue prennent beaucoup de place sur les sites du Festival. Parmi eux, le clown Dézo (Jean-Pierre Desaulniers de son vrai nom) retient l'attention sur la rue Saint-Jean. Armé de son nez rouge et de ses instruments de musique, l'artiste est devenu un habitué du FEQ après des débuts pour le moins inhabituels. En 1977, le clown, qui faisait «spontanément» son numéro dans le Vieux-Québec avant de passer le chapeau, avait été arrêté par la police, qui l'accusait de «sollicitation illégale». Le FEQ lui a finalement octroyé un permis de travail et un article du Soleil relatant son histoire lui a offert un bon coup de pub, si bien qu'il est souvent revenu, dans les années qui ont suivi, divertir les foules au Festival d'été.  Geneviève Bouchard