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<em>Moments silencieux #2</em> de Virginie Mercure, acrylique sur toile, 36 x 36 po, 2020
<em>Moments silencieux #2</em> de Virginie Mercure, acrylique sur toile, 36 x 36 po, 2020

Les espaces habitables de Virginie Mercure et Nathalie Thibault

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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À défaut d’avoir pu déménager dans un local ayant pignon sur rue en novembre, la Galerie a s’est dédoublée et est accessible en visite virtuelle. On peut y voir, sur son site Web, les expositions Moments silencieux de Virginie Mercure et Les distracteurs de couleurs de Nathalie Thibault.

La visite 3D demande un peu de dextérité de la part de l’internaute s’il veut déambuler de manière fluide. Elle a toutefois l’avantage, par rapport à la galerie de photos, de montrer comment les œuvres peuvent interagir et se répondre. Mieux vaut un espace virtuel que pas d’espace du tout.

«Ça donne une bonne idée de comment les tableaux communiquent avec le corps. On retrouve la sensation qu’on a lorsqu’on se trouve face à un tableau», souligne Virginie Mercure.

Nathalie Thibault

Pour réaliser les deux accrochages coup sur coup, et permettre la captation 3D, la galeriste Anne D’Amours et Nathalie Thibault ont dû réfléchir en amont. «Il fallait visualiser et accrocher rapidement, alors que d’habitude, on prend des heures, même des jours pour placer les tableaux», note l’artiste.

La présentation virtuelle est aussi accessible à un plus large public qu’une exposition traditionnelle. Virginie a, par exemple, pu inviter certains de ses contacts en Inde, rencontrés pendant une résidence.

Virginie Mercure

Il y a deux ans, lors de la présentation de son exposition Parades et ripostes, Nathalie Thibault tendait déjà à économiser les gestes, à moins accumuler les couches sur le tableau. Ici, elle poursuit dans la même veine, les gestes sont encore plus rares, plus soigneusement choisis, ou circonscrits.

<em>Les distracteurs de couleurs </em>de Nathalie Thibault

Plutôt que de laisser son esprit vagabonder dans des espaces illusoires, elle fixe son attention sur l’espace concret du tableau.

«J’avais envie de travailler avec des fonds monochromes ou divisés en deux tons. Ça m’oblige à aimer la couleur dominante, à avoir envie de travailler avec elle longtemps, à me l’approprier», explique-t-elle.

<em>Les distracteurs de couleurs (dessin #7)</em> de Nathalie Thibault

Elle travaillait beaucoup au rouleau s’est davantage concentrée sur le pinceau, expose-t-elle : «Mon travail est performatif, dans le sens où c’est vraiment dans l’atelier, dans le moment présent que je manipule la matière et les outils. Cette fois, j’ai utilisé des pinceaux, des fonds pas tout à fait séchés où je pouvais aller gratter la couleur, comme si je dessinais. Ça donne des gestes un peu diffus, qui s’enchaînent.»

<em>Les distracteurs de couleurs (dessin #2) </em>de Nathalie Thibault

Les nombreuses diagonales donnent au regardeur l’impression de faire des allers-retours entre la surface et le fond du tableau. Quant aux fameux «distracteurs» du titre de l’exposition, ce sont certaines taches qui attirent le regard, alors que d’autres, qui servent de repères, permettent de créer des correspondances entre les tableaux.

<em>Les distracteurs de couleurs (dessin #9) </em>de Nathalie Thibault

«Ça fait drôle de dire qu’on est fascinées par des taches, mais c’est ça la vie d’un peintre», note Virginie Mercure. Il y a de nombreuses années que la peintre n’a pas exposé à Québec — notre dernière entrevue remonte à neuf ans, pour l’exposition XYZ à Regart, où elle explorait les isométries.

<em>Moments silencieux #4 </em>de Virginie Mercure, acrylique sur toile, 36 x 60 po, 2020

«J’essayais de susciter un état chez le spectateur et d’une certaine façon, c’est encore ça que j’essaie de faire avec Moments silencieux», note-t-elle.

Sauf que cette fois, on a la forte impression, en lisant le texte qui accompagne l’exposition, qu’elle a construit, en même temps que ses compositions architecturales, colorées, qui marient, géométrie et onirisme, une forme de narration.

<em>Moments silencieux #6 </em>de Virginie Mercure, acrylique sur toile, 36 x 36 po, 2020

«Ça m’arrive devant des œuvres d’art de ressentir une espèce de vide, que l’esprit logique arrête de fonctionner complètement, raconte-t-elle. J’imagine que le personnage, dans mes tableaux, vit ce genre de moments intérieurs.»

<em>Moments silencieux #8</em>, acrylique sur toile, 36 x 36 po, 2020

Elle a mis en scène des moments d’arts visuels, des moments d’architecture et des moments de création. Trois axes complémentaires, nourris par sa résidence à Mumbai et par d’autres impressions, plus fugaces, où le spectateur peut projeter ses propres souvenirs.

<em>Moments silencieux #7</em>, acrylique sur toile, 60 x 36 po, 2020

Techniquement, elle part d’images mentales, crée son dessin par ordinateur, puis peut travailler des mois sur le même tableau. «C’est un travail pictural ambitieux, je trouve», dit Nathalie Thibault, qui s’éblouit des différences et des rapprochements qui se révèlent entre leurs deux pratiques.

Virginie Mercure devrait présenter une exposition à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal en mars. Elle envisage d’y exposer sa colossale sculpture La montagne des mouches, faite en 2017, ainsi que les toiles qu’on voit en ce moment à la Galerie a.

Les expositions Moments silencieux et Les distracteurs de couleurs sont accessibles au galeriea.ca jusqu’au 23 décembre. On peut suivre Virginie Mercure à virginiemercure.com et Nathalie Thibault à www.nathaliethibault.com