Comme lectrice, l’écrivaine canadienne-anglaise Emma Hooper est particulièrement friande des oeuvres de Heather O’Neill, Patrick deWitt, Samantha Harvey et Jane Bowles.

Les envoûtantes fables d'Emma Hooper

En seulement deux livres, Emma Hooper s’est imposée comme une figure montante de la littérature canadienne-anglaise. Avec «Etta et Otto (et Russell et James)», paru en 2015, et «Les chants du large», sorti l’an dernier, la romancière de 38 ans invite le lecteur à s’immerger dans des univers poético-magiques où les Prairies et un petit village côtier de Terre-Neuve servent d’écrins à des personnages envoûtants.

Avec sa bouille et sa coupe de cheveux à la Amélie Poulain, Emma Hooper débarque avec enthousiasme pour la première fois au Salon international du livre de Québec, qui débute aujourd’hui, elle dont la seule visite dans la capitale remontait à son adolescence, à l’occasion d’un voyage scolaire depuis son Edmonton natal.

«Je m’ennuyais du froid. Chaque Noël, j’ai l’habitude d’aller voir ma famille à Calgary, mais cette année, je n’ai pas pu le faire», lance, dans les premiers moments de l’entrevue, l’écrivaine qui réside à Bath, en Angleterre, depuis une quinzaine d’années.

Depuis peu, sa prose est disponible pour le public québécois grâce à la collaboration des Éditions Alto de Québec. L’auteure n’est pas sans s’en réjouir puisque Etta et Otto (et Russell et James) renferment ici et là plusieurs mots en français, même si elle-même peine à le parler. «Comme vous le savez, le Canada est un pays bilingue, lance-t-elle en riant, alors c’était important pour moi que le livre ait une âme, un esprit canadien. Le français est pour moi un langage magique.»

L’inspiration de ce premier roman, traduit en une vingtaine de langues, l’écrivaine l’a trouvée en fouillant l’histoire de ses grands-parents maternels. «Certains passages sont véridiques, d’autres non, heureusement...» précise-t-elle.

Etta, 83 ans, décide un jour de quitter son village de la Saskatchewan, à pied, pour pour aller admirer l’océan à Halifax, laissant derrière son compagnon de vie, Otto, ainsi qu’un voisin et ami d’enfance, Russell, secrètement amoureuse d’elle.

Puisqu’elle adore elle-même courir et marcher, la romancière a donné l’occasion à son héroïne d’accomplir le seul «grand exploit» qu’une octogénaire encore solide sur ses deux jambes puisse accomplir. «Elle veut faire quelque chose de grandiose, partir à l’aventure. Elle trouvait important de voir l’océan, de quitter la Saskatchewan où le climat est tellement sec. Marcher était la façon qui faisait le plus de sens pour elle.»

«Mon grand-père a vécu sur une ferme, dans une famille de 15 enfants, poursuit-elle. À l’âge de 20 ans, il a fait la Seconde Guerre mondiale. Quand il est revenu d’Europe, ses cheveux étaient tout blancs. Sans doute en raison du traumatisme et du stress. J’ai appris cela récemment et je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus.»

Ironie du sort, la romancière arbore, malgré son jeune âge, une mèche de cheveux blancs. «Regardez. Ce n’est pas teint. Mon frère en a aussi une semblable.»

Amour des animaux

Le quatrième personnage du titre de ce premier roman, James, est nul autre qu’un… coyote parlant qui accompagne Etta dans son périple transcanadien. À sa façon, l’animal est le pendant allégorique du renard dans Le Petit prince, de Saint-Exupéry.

Les animaux représentent souvent des personnages en soi dans les romans d’Emma Hooper. C’est le cas dans Les chants du large (Our Homesick Songs), où un ours polaire fait office d’indicateur des changements climatiques, dans un village de pêcheurs confronté à la disparition inexpliquée des poissons.

«J’adore les animaux, même si je ne possède ni chat ni chien. Ils sont plus honnêtes, ils ne mentent pas et ne cherchent pas à manipuler. À leur façon, ils sont des vecteurs de vérité. James (le coyote) représente aussi le lien entre la nature et les humains.»

Quand elle n’est pas à pianoter à son ordinateur, la jeune romancière joue de l’alto, un instrument qu’elle a apprivoisé très jeune. La semaine dernière, elle a d’ailleurs profité de son séjour à Québec pour présenter un spectacle alliant musique et lecture publique au Morrin Centre, dans le Vieux-Québec.

«J’ai trouvé l’instrument idéal pour m’exprimer. C’est peut-être cliché, mais vous êtes plus près de vos émotions quand vous faites de la musique. Le langage des mots et des notes est très différent. Je ne saurais m’en passer. Quand je ne sais pas quoi écrire, je joue; quand je ne sais pas quoi jouer, j’écris.»

Inquiète du Brexit

Après avoir quitté le Canada en 2004 pour l’Angleterre, où elle a mené à terme un doctorat en écriture créative avant d’enseigner à l’Université de Bath, Emma Hooper a choisi de s’installer en permanence au royaume d’Elisabeth II. L’éventualité d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, le fameux Brexit, risque toutefois de changer ses plans.

«Je surveille les nouvelles régulièrement. Si jamais le Brexit passe, je vais déménager à Montréal. Beaucoup de mes amis artistes y sont déjà installés. C’est un endroit magnifique, accessible, où le gouvernement encourage les arts et la culture.»

Emma Hooper sera au Salon international du livre de Québec jeudi de 19h à 20h; vendredi, de 13h à 14h et de 18h à 19h; samedi, de 11h à 12h et de 15h à 16h, et dimanche, de 11h à 12h et de 14h à 15h.

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MERCREDI AU SALON DU LIVRE

  • 12h30 Discussion sur le thème du harcèlement et de l’intimidation chez les jeunes avec Lyne Vanier, psychiatre et auteur de 33 romans jeunesse.
  • 16h Rencontre d’auteur avec le président d’honneur du Salon du livre, Yasmina Khadra.
  • 21h30 Spectacle Québec la muse : jazz et poésie, avec la participation de Louise Desjardins, Mathieu Simoneau, Nora Atalla et Carl Bessette. La partie musicale est assurée par le Trio Michel Côté. L’événement est repris tous les soirs jusqu’à samedi, à la Maison de la littérature, avec des artistes différents. Entrée libre.