Quelques désinscriptions et 800 $ en produits désinfectants plus tard, la saison régulière de l’école de danse Espace Danse a débuté le 28 septembre, trois semaines en retard sur l’horaire habituel. Une semaine et demie plus tard, la Capitale-Nationale tombait en zone rouge et l’école a refermé ses portes. Pour une durée indéterminée.
Quelques désinscriptions et 800 $ en produits désinfectants plus tard, la saison régulière de l’école de danse Espace Danse a débuté le 28 septembre, trois semaines en retard sur l’horaire habituel. Une semaine et demie plus tard, la Capitale-Nationale tombait en zone rouge et l’école a refermé ses portes. Pour une durée indéterminée.

Les écoles de danse s’inquiètent pour leur survie

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Quatre-vingts pour cent des écoles de danse de loisir du Québec sont «dans une situation financière inquiétante qui menace leur survie», selon une étude du Réseau d’enseignement de la danse (RED). Les établissements demandent l’aide du gouvernement afin de garder la tête hors de l’eau, que celle-ci passe par une aide financière ou par la permission de rouvrir leurs portes dès le 29 octobre.

À la fin juin, Le Soleil avait rencontré Marcelle Turgeon dans les locaux de son école de danse Espace Danse, au Centre communautaire de Cap-Rouge. Mme Turgeon était fébrile de rouvrir et d’accueillir ses étudiantes pour les camps d’été. «Ça s’est très bien passé!» lance-t-elle d’emblée. «Les filles ont respecté la distanciation et les mesures. On a eu la coopération des parents. Tout s’est vraiment bien déroulé!»

Quelques désinscriptions et 800 $ en produits désinfectants plus tard, la saison régulière a débuté le 28 septembre, trois semaines en retard sur l’horaire habituel. Une semaine et demie plus tard, la Capitale-Nationale tombait en zone rouge et l’école a refermé ses portes. Pour une durée indéterminée.

«On est un peu dans le désespoir. C’est démoralisant pour tout le monde. […] On est sans voix», confie-t-elle.

Si Mme Turgeon tente de garder un certain optimisme face aux semaines à venir, elle admet que les pertes s’accumulent: «Je vous dirais qu’on a beaucoup de dépenses et pas beaucoup de rentrées d’argent.»

Pour le RED, la situation est critique. Sur les 431 écoles répertoriées par le réseau, plus de 382 se situent en zone rouge. Bien que le contexte varie d’une école à l’autre, les pertes financières liées à la COVID-19 varient entre 10 000 et 80 000 $, estime Véronique Clément, directrice générale du RED.

«Malgré les frais engendrés et les demandes de remboursement de la clientèle, il n’y a eu aucune aide financière versée aux écoles de danse depuis le début de la COVID-19. Nous sommes à la croisée entre trois ministères [économie, culture et éducation], ce qui fait qu’aucun des programmes ne nous permet de nous qualifier pour avoir du soutien», explique Mme Clément.

L’aide de 70 millions $ annoncée la semaine dernière par la ministre déléguée à l’éducation, Isabelle Charest, ne peut s’appliquer qu’à la Fédération Danse Sport Québec qui se concentre davantage dans les compétitions internationales «et non pas dans les cours de ballet, de jazz, etc.», comme le font les écoles de danse de loisir.

Si Marcelle Turgeon de l’école de danse Espace Danse tente de garder un certain optimisme face aux semaines à venir, elle admet que les pertes s’accumulent.

Un cafouillis administratif

Si elles relèvent, en termes de discipline, de la culture, les écoles de danse ont toutefois été fermées, puis rouvertes en même temps que les infrastructures sportives. Une situation que déplore le RED: «Parfois, on est de la culture, parfois on est du sport, mais quand vient le temps d’être financé, on n’est rien de tout ça.»

Juridiquement considérées comme de petites entreprises, quelques institutions ont bien essayé de faire des demandes auprès des programmes du ministère de l’Économie et de l’Innovation, raconte Mme Clément. «Elles se sont fait retourner vers leur fédération sportive — qui n’existe pas, car il n’y a rien qui ressemble à une école de danse dans les cases que les fonctionnaires doivent cocher pour octroyer l’aide», affirme la directrice générale, qui précise que certaines écoles ont toutefois réussi à obtenir la subvention salariale offerte par le gouvernement fédéral.

Selon Véronique Clément, si la situation perdure après le 28 octobre, plusieurs propriétaires choisiront de fermer «parce qu’ils ne voient pas le bout», mais «ce sera aussi un coup dur pour le moral des troupes. Il y a une démotivation à tout faire en virtuel.»

Marcelle Turgeon, comme bon nombre de ses pairs, s’accroche quant à elle à la date du 29 octobre et espère pouvoir rouvrir ses portes dans les plus brefs délais. Parce que, tout comme pour ses étudiantes, «la danse fait partie de [sa] vie».