Paul «The Butcher» Vachon continue sa vie de nomade aux États-Unis avec sa troisième femme, Dee.

Les derniers vilains: ça fait mal, ça fait très mal... *** 1/2

CRITIQUE / Il est tout de même ironique en mesurant le parcours de Maurice «Mad Dog» et Paul «The Butcher» Vachon que les deux Québécois sont l’incarnation même du rêve américain. Partis de rien, les frères lutteurs ont connu un destin exceptionnel. Et c’est encore mieux raconté par la bouche d’un des principaux intéressés dans «Les derniers vilains», l’attachant documentaire de Thomas Rinfret.

La voix éraillée est reconnaissable entre mille, même à 81 ans. D’autant que Paul Vachon n’a rien perdu de sa verve — son corps courbé et sa motricité réduite racontent une tout autre histoire, cependant. Celle des quelque 600 combats livrés pendant toutes ces années aux quatre coins du monde…

Rinfret aurait pu, pour son premier long métrage, prendre le chemin facile de la biographie classique, en insistant sur l’aspect sport-spectacle de la lutte professionnelle. Il a plutôt opté pour une approche, plus humaine et appropriée à son sujet.

Originale aussi : pour rassembler les morceaux épars de cette vie riche en péripéties en un tout cohérent, le réalisateur et sa coscénariste Annick Charlebois ont imaginé un livre fictif — Les derniers vilains — inspiré des nombreux écrits en anglais de Paul Vachon.

Le documentaire accorde la part congrue au lutteur lui-même. Le prodigieux conteur a alors beau jeu pour raconter d’incroyables aventures. Il enjolive, mais la base est réelle comme en témoigne les archives, judicieusement employées. Mais tel le spectateur qui assiste à un combat de lutte, vaut mieux voir le film avec un peu de crédulité…

Reste que, dans l’ensemble, Les derniers vilains atteste avec rigueur des faits : la formation en lutte classique de la paire, leur ascension vers le titre mondial en duo, la création de la lutte Grand Prix à la télé, les soirées épiques au Forum et au Colisée, mais aussi l’amputation de la jambe de Mad Dog, les deux cancers du Butcher…

Le film offre également une vitrine au destin, plus tragique, de leur sœur Viviane et de la fille de Paul, Luna, montées dans l’arène avec autant de succès que leurs modèles masculins !

Les derniers vilains ne néglige jamais l’aspect humain. Le long métrage met d’ailleurs en parallèle les exploits des Vachon et leur vie menée sous le signe de la liberté avec les années plus ardues du vieillard.

Avec sa troisième femme Dee, il vit modestement, mais vagabonde toujours de foires en festivals pour vendre les livres qu’il a écrits sur sa formidable épopée.

Il y a toutefois eu un prix à payer. L’homme a été un «père absent», soutient son fils André dans Les derniers vilains. Paul Vachon ignore même que celui-ci lui a donné deux petits-fils… La blessure demeure vive.

La lutte s’est avérée un formidable exutoire pour les Québécois dans les années 1970, lorsque les Vachon sont au sommet de leur gloire. Le documentaire le met en relief, sans trop insister.

Il est facile d’y voir les aspects symboliques. Mais on peut aussi apprécier ce remarquable témoignage, parfois drôle, parfois, étonnamment, très touchant, mais jamais ennuyant. Tout en se vautrant dans un bain de nostalgie en écoutant Paul Vachon évoquer les Killer Kowalski, Géant Ferré, Dino Bravo, Gilles «The Fish» Poisson, Édouard Carpentier...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Mad Dog & The Butcher — Les derniers vilains

Genre : Documentaire

Réalisateur : Thomas Rinfret

Classement : Général

Durée : 1h34

On aime : le talent de conteur de Vachon. L’humanité du propos. L’intelligence de la réalisation.

On n’aime pas : —